La jeune fille qu’il doit retrouver, Elizabeth Denberu, 20 ans, est aussi fébrile que lui, essayant de choisir quelle robe elle va porter pour son grand rendez-vous nocturne. « J’ai hâte d’entendre ce qu’il va me dire », dit-elle à sa meilleure amie. « Aujourd’hui, on va discuter et rigoler, mais je ne veux rien d’autre de plus ».
Ces conversations, ainsi que, plus tard, le rendez-vous, sont enregistrés et diffusés chaque semaine sur une radio locale éthiopienne, Sheger FM, lors d’un nouveau programme de 30 minutes destiné aux jeunes et intitulé Dagu Addis.
Lors de leur rendez-vous, Yehualshet et Elizabeth jouent le jeu de la séduction mais finissent par être en désaccord sur un point – s’ils doivent ou non s’embrasser à la fin de la soirée. Elizabeth refuse catégoriquement et le laisse en plan.
L’idée est d’encourager les jeunes à discuter des questions liées à la sexualité, la santé de la reproduction, la pression des pairs et le VIH/SIDA dans une culture où parler de tels sujets est généralement tabou.
« Notre cible principale est la catégorie des jeunes âgés entre 15 et 20 ans », a expliqué Liqu Teshome, chargé de communication pour le changement de comportement auprès de l’AIDS resource centre (Centre de ressources sur le sida), une organisation non gouvernementale locale. « Ce groupe se trouve dans la catégorie de population la plus exposée au risque VIH/SIDA ».
Selon une étude du Federal HIV/AIDS prevention and control office (Bureau fédéral de prévention et de lutte contre le VIH/SIDA), publiée en mars 2008, les jeunes, et tout particulièrement les jeunes filles célibataires sexuellement actives, courent un grand risque d’infection au VIH en Ethiopie.
L’étude a également révélé que parmi les jeunes âgés entre 15 et 24 ans, seuls un garçon sur trois et une fille sur cinq possédaient des connaissances complètes sur l’épidémie. « On devrait délivrer un message de qualité à ce groupe. Le principal but de notre programme radio est de retarder le moment de leur première expérience sexuelle », a expliqué M. Teshome.
« Dans notre culture, il n’y a pas tellement de liberté de discussion au sein de la famille », a dit Gashaw Mengistu, coordinateur de l’AIDS resource centre. « Les [jeunes] apprennent la plupart des choses par leurs amis et ce qu’ils entendent peut ne pas être vrai ; si nous leur parlons à cet âge-là, ils ne feront pas de grosses erreurs ».
Une enquête nationale démographique et sanitaire menée en 2005 a montré que 16 pour cent des filles et deux pour cent des garçons étaient déjà sexuellement actifs à 15 ans.
Un forum pour parler librement
Pour attirer l’attention des jeunes et maintenir l’intérêt du programme radio, les producteurs utilisent un mélange de radio réalité, de discussions de groupe entre auditeurs, de témoignages personnels et de jeux.
Abraham Gizaw, âgé d’une vingtaine d’années, est un auditeur assidu qui a aussi participé aux discussions : pour lui, le caractère unique de ce programme permet de continuer à capter l’attention des jeunes.
« Sa liberté de dialogue avec les jeunes différencie [ce programme] des autres émissions radios », a-t-il dit à IRIN/PlusNews. « Ce [programme] donne un large espace aux jeunes pour parler librement de leurs amis, de leurs relations sexuelles et amoureuses ».
« Il n’y a rien dont on ne puisse parler dans [l’émission] Dagu Addis », a dit Fasil Gebreyohannes, le producteur du programme. « Si nous travaillons dur et que nous continuons ainsi, cela aura un impact important ».
La radio Sheger FM diffuse à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, et dans ses environs, touchant une audience d’environ cinq millions de personnes.
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