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S’assurer que les ARV arrivent jusqu’aux patients

Des sommes considérables sont consacrées à l’achat d’antirétroviraux (ARV) en Afrique de l’Ouest et du centre : pourtant, les défaillances des systèmes nationaux de distribution des médicaments font que de nombreux patients séropositifs n’en bénéficient pas, ont noté des intervenants à la 15ème Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (ICASA) à Dakar, au Sénégal.

Entre 2001 et 2005, le nombre de patients à bénéficier d’ARV en Afrique subsaharienne a été multiplié par 16, a rappelé une étude sur l’« Evaluation des systèmes de gestion des achats et des stocks de médicaments antirétroviraux en Afrique de l’Ouest et du centre », réalisée par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’organisme français ESTHER (Ensemble pour une solidarité thérapeutique en réseau) et l’Organisation mondiale de la santé.

Environ la moitié des financements internationaux injectés dans la lutte contre le sida sont aujourd’hui consacrés à l’achat d’intrants –ARV, réactifs de dépistage, médicaments contre les infections opportunistes- a noté Eric Mercier, conseiller régional VIH/SIDA de l’UNICEF, en présentant cette étude lors d’une session d’ICASA, qui réunit quelque 5 000 délégués du 3 au 7 décembre dans la capitale sénégalaise.

En dépit de ces avancées significatives, les médicaments disponibles n’arrivent pas toujours jusqu’aux patients, en partie parce qu’avec l’explosion des besoins, les systèmes nationaux de gestion et d’achat des stocks (GAS), souvent déjà peu performants, se sont retrouvés confrontés à une charge de travail supplémentaire sans pour autant avoir les moyens de la gérer.

Ces défaillances ont pour conséquence un gaspillage des ressources et le désespoir pour des milliers de gens, car au-delà du besoin vital que représentent les ARV pour les patients infectés, ces médicaments « ont une charge émotionnelle forte, il est important qu’ils soient disponibles tout le temps », a noté Karim Diop, de la division IST/VIH/SIDA du ministère sénégalais de la Santé, lors de la session.

Multiplicité des acteurs

Pour M. Mercier, les problèmes rencontrés dans les systèmes GAS en Afrique de l’Ouest et du centre sont « très similaires dans beaucoup de pays : ce qui varie, c’est leur intensité ».

L’un des principaux problèmes concerne « le fractionnement des chaînes d’approvisionnement et la [multiplicité des] intervenants, qui ne sont pas coordonnés. Cela créé une perte d’efficacité et des difficultés à identifier les responsabilités en cas de problème », a-t-il dit.

Le manque de coordination des acteurs, dont certains interviennent parfois hors du cadre national et sans considération pour les réglementations en vigueur dans le pays, a pour effet de déstabiliser la chaîne de distribution : des problèmes que la République démocratique du Congo connaît, a témoigné son ministre de la Santé, lors de la session.

« Nous avons une multiplicité d’acteurs qui montrent un enthousiasme exubérant à nous aider, mais qui nous posent en même temps des problèmes parce que nous ne maîtrisons pas ce qu’ils commandent et ce qui rentre dans le pays », a-t-il expliqué. « Nous avons un circuit normal de distribution, nous essayons de coordonner et de normaliser [les acteurs de la chaîne d’approvisionnement], mais le problème est de savoir si les partenaires sont prêts à accepter un contrôle de l’Etat ».

Des besoins mal identifiés

Un autre obstacle majeur est le manque de fiabilité dans la quantification des besoins, les pays ayant des difficultés à évaluer l’augmentation des besoins liée à l’élargissement de l’accès aux traitements.

Cet obstacle est l’un des principaux facteurs responsables des destructions de médicaments périmés et des ruptures de stocks, des problèmes parfois longs à résoudre en raison entre autres du manque de flexibilité des procédures d’approvisionnement et de recours aux commandes d’urgence.

Caroline Damour, pharmacienne d’ESTHER, qui a participé à l’étude, a noté qu’il était par exemple difficile pour un pays de se faire dépanner par un autre en urgence, d’une part parce que cette pratique suscitait la méfiance des bailleurs de fonds, d’autre part parce qu’aucune ligne de crédit n’était prévue pour cela.

Si la responsabilité des partenaires est importante, celle des pays ne doit pas être occultée. « Il faut que les pays reconnaissent lorsqu’ils sont confrontés à une rupture, parce que souvent on a beaucoup de mal à déclencher [les livraisons d’urgence], parfois le problème met trois semaines à être signalé, et il faut encore du temps pour les [formalités] », a-t-elle dit.

De multiples solutions

Pourtant, ces problèmes peuvent, et doivent, absolument être résolus, condition sine qua non à l’élargissement de l’accès au traitement du VIH/SIDA, a noté l’étude.

« La gestion des ARV est une question complexe, on peut dire que le problème des ruptures est un problème attendu. Mais il est possible de prendre des mesures pour les prévenir, et lorsqu’elles surviennent, il faut comprendre ce qui s’est passé et agir pour en minimiser l’effet », a dit M. Mercier.

Le Sénégal a connu ces difficultés, à une époque où le pays n’avait pas encore réalisé la nécessité de donner la priorité à la chaîne de distribution, a reconnu M. Diop.

Pour y répondre, le Sénégal a intégré la distribution des ARV à son système national, puis régional, de distribution des médicaments essentiels, après l’avoir renforcé, ce qui a permis de répondre à certains problèmes : l’uniformisation de la gestion des stocks, des commandes et des sites de traitement a permis de réduire considérablement les problèmes de ruptures de stocks, notamment dans les régions, et d’avoir une vision plus claire de la situation et des besoins.

Il reste des obstacles à surmonter, a reconnu M. Diop, tels que la transmission des informations au niveau central, la formation des gestionnaires, la communication entre les différents acteurs, l’implication des pharmaciens ou encore les conditions de stockage des ARV, mais le système a montré qu’il pouvait fonctionner. 

Au-delà du VIH 

Confronté à d’importantes contraintes, notamment géographiques et démographiques (plus de 130 millions d’habitants), le Nigeria a au contraire choisi de confier les différentes composantes de sa chaîne de distribution à des partenaires, publics et privés, nationaux et internationaux, sélectionnés pour leurs compétences dans les domaines concernés –sélection des produits, approvisionnement, stockage, distribution.

Si ce modèle ne fait pas l’unanimité parmi ceux qui prônent le renforcement des structures nationales GAS existantes plutôt que la mise en place de systèmes parallèles, il a en tout cas permis au Nigeria d’améliorer la distribution des ARV dans 120 centres de traitement du pays, a défendu Collins Ndukwe, chargé de l’approvisionnement et de la logistique du NACA, l’agence nationale nigériane de lutte contre le sida.

« Nous avons perdu des subventions du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme [en 2006], pour n’avoir pas pu délivrer les médicaments au bon endroit au bon moment. Nous devions nous assurer que cela ne se reproduise pas, et aujourd’hui, avec le système mis en place, nous sommes [très bien notés] par le Fonds mondial », a-t-il défendu.

D’autres pays ont trouvé des solutions originales pour éviter les pénuries, a noté l’étude : le Burkina Faso, par exemple, anticipe l’autorisation des bailleurs pour passer ses commandes, ou encore autorise ses centres de traitement à échanger leurs stocks quand la date de péremption de leurs ARV approche.

Dans tous les cas, les ARV ont finalement permis de révéler les dysfonctionnements des chaînes GAS, qui concernent aussi les autres médicaments : ils peuvent également permettre de les résoudre, a estimé M. Mercier. « Le VIH est une opportunité, à travers [l’apport de financements comme] le Fonds mondial et d’autres, de régler non seulement le problème du VIH mais aussi des questions plus systémiques ».

ail/

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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