Les bars situés le long des routes, les chauffeurs routiers et les travailleurs du sexe ont longtemps été considérés comme l’une des combinaisons les plus dangereuses pour la transmission du VIH, les routiers étant souvent accusés de propager le virus. Mais une étude présentée à la XVII Conférence internationale sur le sida au Mexique suggère que les chauffeurs sont mal connus.
Des études menées le long de certains des axes routiers les plus fréquentés en Afrique de l’Est ont révélé que les routiers ne constituaient souvent qu’une petite partie des clients sur les aires de stationnement.
Alan Ferguson, un chercheur de l’organisation non gouvernementale de recherche Constella futures, basée aux Etats-Unis, est membre d’une équipe qui s’est intéressée à la vulnérabilité face au VIH le long de l’axe routier entre le port kényan de Mombasa et la capitale ougandaise, Kampala. Leurs recherches ont révélé que le long de cette route, seuls 30 pour cent des clients des travailleuses du sexe étaient des chauffeurs routiers.
De même, une étude similaire, menée le long de la route principale entre Kampala et Juba, au Sud-Soudan, a montré que ces routiers constituaient 28 pour cent des clients de travailleurs du sexe. Les autres clients venaient de tous horizons, depuis les hommes d’affaires locaux aux enseignants en passant par les travailleurs sanitaires.
M. Ferguson a estimé qu’il était temps que les programmes de prévention explorent « au-delà » des chauffeurs routiers et qu’ils impliquent les communautés évoluant autour des aires de stationnement.
En Afrique de l’Ouest, les communautés qui vivent autour des postes frontières sont aussi vulnérables au VIH que les routiers et les travailleuses du sexe, a noté le docteur Justin Koffi, directeur exécutif du Projet Corridor Abidjan-Lagos, une initiative régionale de lutte contre le sida le long de l’axe routier entre les grandes villes portuaires ivoirienne et nigériane, financée par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, avec le soutien d’autres partenaires.
D’après M. Koffi, des études ont révélé que les taux de prévalence du VIH au sein des communautés frontalières étaient deux fois plus élevés que les moyennes nationales, mais que les programmes de sensibilisation sur le VIH dans ces zones restaient pourtant faibles.
Les familles des chauffeurs routiers sont aussi oubliées dans les programmes actuels de prévention, a noté le docteur Asif Altaf, de l’International transport workers federation. « Que se passe-t-il pour les familles ? La femme qui revient à la maison ? Ces programmes doivent prendre en compte le facteur familial, sinon le cycle [de transmission du virus] continuera », a-t-il prévenu.
La vie d’un chauffeur routier
Les routiers sont néanmoins toujours vulnérables. L’étude de Constella futures a révélé que le long de la route entre Mombasa et la frontière ougandaise, environ 2 400 camions en moyenne étaient garés la nuit à proximité de 39 « points chauds », qui attiraient quelque 5 600 travailleurs du sexe.
M. Ferguson a noté que dans la mesure où certains chauffeurs avaient pris conscience du risque d’avoir des relations sexuelles occasionnelles non protégées, certains avaient opté pour des relations sexuelles avec des partenaires semi-régulières le long de la route. Comme cela implique un certain niveau de confiance et d’intimité, l’utilisation du préservatif est moindre.
Des études ont révélé qu’un nombre significatif de travailleurs des transports routiers continuaient à avoir des relations sexuelles occasionnelles non protégées, en dépit de la conscience des risques. Des niveaux élevés de fatalisme résultant de la dangerosité de leur métier, des abus répandus d’alcool et de substances, et la stigmatisation de ce groupe, sont des explications possibles pour ce comportement.
Elizabeth Mataka, l’envoyée spéciale des Nations Unies pour le sida en Afrique, a mis en garde contre la tentation d’accuser les chauffeurs routiers d’être responsables de la propagation du VIH. Ce sont les conditions difficiles de travail de ces routiers qui les rend vulnérables au virus, a-t-elle noté.
M. Altaf a confirmé que les chauffeurs routiers ne bénéficiaient pas de conditions de travail convenables, étant mal payés et travaillant seuls et loin de chez eux pendant de longues périodes.
Les longues périodes d’attente forcée aux frontières, le temps d’obtenir le feu vert des douanes pour le chargement, constituent un autre facteur contribuant à la vulnérabilité de ce groupe. En Afrique de l’Ouest, par exemple, ces délais aux frontières vont de quelques jours à quelques mois.
Dans ces conditions, les relations sexuelles –« un phénomène physiologique normal »- sont un moyen de faire passer le temps, a dit M. Altaf.
« Je suis du Bangladesh et les gens là-bas disent que les routiers sont mauvais parce qu’ils boivent toujours de l’alcool… Mais qu’est-ce qu’on a d’autre ? », a-t-il demandé. « Quand on est sur la route, il n’y a que les relations sexuelles le long de la route, et les bars le long de la route ».
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