Les programmes VIH/SIDA « taille unique » laissent d’immenses lacunes dans la réponse globale à l’épidémie, et une meilleure compréhension des particularités de l’épidémie dans chaque pays est essentielle pour réussir à prendre le pas sur la pandémie.
« Des informations nous parviennent et montrent des épidémies différentes selon les pays, et des épidémies variées à l’intérieur même des pays », a dit Susan Kasedde, de l’équipe régionale Afrique australe et de l’Est du Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA. « La faiblesse des analyses sur l’évolution des épidémies mène à une mauvaise orientation stratégique et à des erreurs permanentes dans l’allocation des ressources ».
Cette nouvelle approche potentielle de lutte contre l’épidémie a été évoquée lors de la 4ème Rencontre des décideurs sur le VIH (HIV Implementer’s meeting) organisée à Kampala, la capitale ougandaise.
Au Ghana, par exemple, la prévalence du VIH au sein de la population générale est estimée à deux pour cent, mais elle se situe largement au-dessus de 70 pour cent chez les travailleurs du sexe. Près des trois quarts des hommes séropositifs ghanéens ont contracté le virus via une relation avec des travailleurs du sexe, mais moins d’un pour cent des financements est alloué à la lutte contre le sida dans ce milieu.
Mme Kasedde a estimé qu’il était important d’examiner les tendances à la fois au sein de la population générale mais aussi parmi les groupes spécifiques, afin d’évaluer d’où les prochaines infections allaient probablement arriver et de combler les lacunes dans les programmes existants. « Nous devons poser la question de ce qui devrait être fait, pas de ce qui est fait ».
D’après l’Initiative des Grands Lacs contre le sida (GLIA, en anglais), financée par la Banque mondiale, les six pays de cette région de l’Afrique –Burundi, République démocratique du Congo, Kenya, Rwanda, Tanzanie et Ouganda- ont échoué à protéger certains de leurs groupes les plus exposés au risque d’infection.
Certaines des populations les plus vulnérables, absentes de manière incompréhensible des programmes nationaux de lutte contre le sida, sont les chauffeurs routiers, les pêcheurs et femmes travaillant autour de la pêche, les militaires, les travailleuses du sexe, les réfugiés et déplacés, les femmes et filles victimes de violences sexuelles, et les prisonniers.
« Des groupes de populations ont clairement des pratiques sexuelles à haut risque, occupent des emplois où ils sont mobiles, sont en contact avec des personnes mobiles, ou sont exposés à la violence et aux conflits, et ont par conséquent un taux moyen de prévalence du VIH plus élevé que la population générale dans la région des Grands Lacs », a noté le GLIA dans une analyse des données épidémiologiques parmi les populations vulnérables, publiée en janvier 2008.
Dans les pays où certains groupes spécifiques ont été identifiés comme les vecteurs clés d’une épidémie concentrée, une plus grande importance doit être donnée à la population générale et à l’analyse des passerelles possibles entre ces groupes les plus à risque et le reste de la population.
« En Ukraine, nous savons que les utilisateurs de drogues injectables, les travailleurs du sexe et les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes sont les principaux vecteurs de l’épidémie, mais il reste de grosses zones d’incertitude », a dit Ana Shakarishvili, de l’ONUSIDA en Ukraine. « Il y a un manque d’études concernant le comportement sexuel de la population en général, et alors que nous savons que la transmission du virus par voie hétérosexuelle est en hausse, il y a peu d’études d’incidence ».
Comme les épidémies nationales évoluent, les programmes créés pour les enrayer doivent suivre le même chemin. En Afrique australe et de l’Est, par exemple, il est devenu de plus en plus clair que la circoncision masculine contribuait à réduire le risque d’infection chez l’homme dans le cadre de relations hétérosexuelles, mais l’expansion des programmes de circoncision a été lente dans de nombreux pays de la région.
« En Ouganda, nous savons maintenant que le plus grand nombre d’infections se produit dans le cadre de relations stables, de mariages, donc il faut donner plus d’importance à la prévention dans le cadre de ces relations », a plaidé Flavia Kyomukama, du Forum national des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Ouganda.
Les décideurs présents lors de la rencontre ont aussi été exhortés à ajouter « le visage manquant des enfants » à leurs programmes VIH, les statistiques montrant que les programmes destinés aux enfants sont toujours sous-financés ; à l’échelle mondiale, moins de cinq pour cent des enfants ayant besoin de traitements antirétroviraux en reçoivent.
La rencontre était organisée par le Plan d’urgence du président américain George Bush contre le sida (PEPFAR), le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la Banque mondiale et des agences des Nations Unies, pour permettre à ceux qui élaborent les programmes VIH/SIDA de partager leurs idées, leurs réussites et d’analyser les tendances mondiales de l’épidémie et de la réponse au fléau.
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