Catherine Wanjiku est une enseignante non-voyante du district de Thika, dans le centre du Kenya, qui a été dépistée positive au VIH en 2001. Elle a raconté, lors d'une récente rencontre avec la presse sur le thème VIH et handicap, les difficultés qu’elle avait rencontré à accéder aux services VIH/SIDA.
« Je suis mère de six jeunes hommes, et veuve –mon mari est décédé en 1996. Lorsque je suis tombée très malade en 2001 et que l’hôpital local n’a pas réussi à diagnostiquer ce qui n’allait pas, j’ai demandé à mes enfants de m’emmener à l’hôpital national Kenyatta [le plus grand hôpital de référence du Kenya, à Nairobi, la capitale].
« J’ai été hospitalisée, et bien qu’on m’ait fait toute une série d’examens et que j’aie continué à demander, personne ne voulait me dire ce que j’avais.
« Un jour, j’ai entendu deux infirmières parler alors qu’elles s’éloignaient de mon lit pour se diriger vers la porte. C’est marrant, les gens pensent que parce que je ne vois pas, je n'entends pas, ou que je n’ai jamais eu d’éducation.
« Une des infirmières a demandé à l’autre ‘‘qu’est-ce qu’elle a ?’’ et l’autre lui a répondu ‘‘elle est séropositive’’. Le problème est que nous étions deux dans la chambre, donc je ne savais pas si elles parlaient de moi ou de l’autre patiente.
« Finalement, juste avant d’être libérée, plusieurs médecins sont venus me parler. Je me souviens de l’un d’entre eux en particulier –c’était le pire. Il m’a dit que j’étais très malade et qu’il n’y avait aucun remède pour ce que j’avais. Il a dit que je devrais rentrer chez moi et partager mes biens entre mes enfants parce qu’il n’y avait aucune chance que je puisse vivre au-delà de six mois.
« Quand je suis rentrée à la maison, j’en ai parlé à mon fils aîné. Il m’a dit qu’il savait déjà –les médecins à Kenyatta le lui avaient déjà dit.
« A ce moment-là, les médicaments n’étaient pas gratuits, donc mes enfants se sont cotisés pour me soutenir. Les médicaments étaient très chers –ils coûtaient 15 000 shillings [245 dollars] par mois. Au moins, aujourd’hui ils sont gratuits –je les reçois au centre de soins de l’hôpital de Thika.
« J’ai eu du mal à gérer [ma situation], mais finalement, on m’a encouragée à en parler publiquement parce que de nombreuses personnes handicapées souffrent en silence. Mes enfants ont protesté au début, mais maintenant ils sont habitués à ce que tout le monde connaisse mon statut.
« J’en ai aussi parlé aux enseignants à l’école, j’ai plaisanté avec eux, maintenant... quand ils m’ennuient, je leur dit d’arrêter de réveiller mon virus.
« A la maison, cela a été difficile. Je suis la seule femme, et il se trouve que je suis devenue handicapée, et en plus séropositive –quelle femme désespérante ! Mais j’ai dit à mes frères que je serais toujours la seule soeur qu’ils puissent avoir, donc qu’ils devaient s’y faire et m’accepter comme je suis.
« Bien que cela ne soit pas facile, la vie doit continuer et je continue à me battre. La première fois que je suis allée faire mon test CD4 [qui évalue la résistance du système immunitaire], il était à 64, maintenant il est à 585 ! »
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