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Pas de papiers ? Pas de traitement

Lorsqu'elle a quitté le Zimbabwe pour se rendre à Johannesbourg, Linda* savait qu'elle était malade, mais elle ignorait qu'elle était séropositive. Après avoir passé des mois à dormir dans un parc, son état de santé ne cessant de se détériorer, elle a fini par rassembler son courage et a subi un test de dépistage du VIH dans une clinique du centre-ville.

« J'ai dû attendre deux semaines avant de recevoir les résultats, et je n'ai reçu aucun service de conseil », a confié Linda.

« L'infirmière qui m'a annoncé les résultats m'a dit : 'Voici vos résultats, vous êtes séropositive, vous pouvez partir et mourir. Vous n'avez pas de papiers, nous ne pouvons donc pas vous aider' », a-t-elle poursuivi.

Johannesbourg, la ville la plus importante et la plus riche d'Afrique du Sud, attire de nombreux individus habités par l'espoir d'une vie meilleure, depuis la découverte de l'or il y a plus d'un siècle. En effet, des immigrants de tout le continent africain, parmi lesquels de nombreux fuient les conflits et la pauvreté, continuent d'arriver en masse dans la « cité de l'or ». Cependant, leurs rêves sont souvent brisés.

« Lorsque je suis arrivée ici, j'espérais trouver un emploi et pouvoir m'occuper de mes enfants, notamment celui-ci qui est porteur du virus mortel [VIH] », a déploré Linda, qui a émigré à Johannesbourg il y a cinq ans.

« Je m'étais dit : 'va t'installer à Johannesbourg, car c'est la ville de l'or'. Mais ce n'est pas facile de trouver cet or, même si tu creuses, et continues de creuser, tu ne le trouveras jamais », a-t-elle regretté.

Pour les immigrants sans papiers comme Linda, Johannesbourg peut se révéler être un endroit hostile. En effet, certains quartiers du centre-ville comme Hillbrow, où près de la moitié des habitants ne sont pas d'origine sud-africaine, sont surpeuplés et luttent contre des taux élevés de pauvreté et de criminalité. En outre, les nouveaux arrivants sont confrontés à la méfiance de la population locale, à des situations d'exploitation – lorsqu'ils parviennent à trouver un emploi -, ainsi qu'à un accès limité aux services publics de base.

L'accès aux soins de santé, un droit rarement reconnu

La Constitution sud-africaine reconnaît l'accès aux soins de santé comme un droit pour « tous ». Cependant, en réalité, cet accès est limité pour certaines personnes comme Linda qui ne peuvent se procurer des papiers d'identité. En Afrique du Sud, les établissements de santé publics sont obligés de prodiguer des soins d'urgence à toute personne qui en a besoin. En outre, les immigrants clandestins peuvent généralement subir un test de dépistage du VIH et recevoir gratuitement certains traitements de base contre les infections opportunistes. En revanche, lorsqu'il est question de thérapie antirétrovirale (ARV), le seul traitement permettant de prolonger la vie des personnes porteuses du VIH, ils sont habituellement éconduits.

Selon les résultats d'une étude menée l'année dernière par le Programme d'études sur les migrations forcées à l'Université de Witwatersrand, sur l'accès des immigrants aux ARV, les établissements de santé publics envoient les ressortissants étrangers séropositifs vers des organisations non-gouvernementales (ONG) qui leur fournissent des traitements, créant ainsi un « système de soins à double vitesse ».

En septembre 2007, le ministère de la Santé a adressé des instructions selon lesquelles les réfugiés et les demandeurs d'asile – avec ou sans papiers – avaient droit de recevoir gratuitement un traitement ARV. Cependant, d'après les chercheurs ayant participé à l'étude, ces instructions ne sont pas suivies par les commis, les réceptionnistes et les infirmières qui agissent souvent comme gardiens des services de santé publique.

« Les employés de première ligne ne semblent pas avoir compris les directives, ils agissent comme si la politique de leur établissement leur demandait d'éconduire les gens. Beaucoup d'employés trouvent cela frustrant », a affirmé Jo Veary, une des chercheurs.

Linda a fini par trouver un abri, où elle a entendu parler d'un groupe de soutien pour immigrants séropositifs, dirigé par Mthwakazi Arts and Culture, une ONG qui porte principalement assistance aux immigrants zimbabwéens. Mthwakazi Arts and Culture a envoyé Linda à Nazareth House, une mission catholique située dans le quartier de Yeoville qui, avec le financement du Plan d'urgence du président George Bush contre le sida (Pepfar), distribue des ARV à toute personne en ayant besoin, peu importe son statut juridique. La mission accueille quelque 800 patients, dont la majorité n'est pas d'origine sud-africaine.

Le système de santé inondé par les immigrants?

Pour Linda, le chemin jusqu'au traitement a été long et tortueux. En outre, compte tenu de leur état de santé, tous les immigrants porteurs du virus ne disposent pas d'autant de temps.

Plus de 1 000 personnes sans-abri, des immigrants zimbabwéens pour la plupart, viennent passer la nuit à l'église méthodiste du centre-ville de Johannesbourg.
« La majorité d'entre eux sont séropositifs, certains sont très faibles. Je dois vous avouer que beaucoup de personnes sont mortes du sida », a déploré l'évêque Paul Verryn.

Selon Paul Verryn, les expériences des immigrants séropositifs qui tentent de recevoir des soins varient considérablement en fonction des établissements vers lesquels les malades se tournent. Par exemple, d'après les témoignages de ces individus, l'hôpital public de Johannesbourg serait l'un des établissements le plus susceptible d'éconduire les patients sans papiers ou de pratiquer des prix prohibitifs.

Sagie Pillay, le directeur de l'hôpital, a déclaré à IRIN/PlusNews que les ressortissants étrangers sans papier n'étaient pas éconduits, mais qu'ils devaient payer lorsqu'ils recevaient des soins non urgents.

« Quinze pour cent de nos patients sont étrangers, et leur nombre ne cesse d'augmenter, nous devons donc être vigilants. Dans toute l'Afrique, les systèmes de santé s'effritent, donc si nous annonçons que nous prodiguons des soins gratuitement, toute l'Afrique viendra ici », a-t-il estimé.

En se fondant sur ses recherches, Mme Veary a indiqué que la notion selon laquelle les ressortissants étrangers à la recherche de traitement inondaient le système de santé sud-africain était erronée. En effet, la plupart des immigrants interrogés dans le cadre de l'étude n'ont découvert leur séropositivité qu'une fois arrivés en Afrique du Sud.

Toujours selon les résultats de l'étude, l'idée selon laquelle les conditions de vie instables des immigrants exposent la vie de ces derniers à un « risque de fuite » et qu'en conséquent, il n'est pas conseillé de leur faire débuter une thérapie ARV est également fausse.

« Un grand nombre d'entre eux sont arrivés en Afrique du Sud il y a longtemps, ils y sont bien établis et veulent que leur état de santé s'améliore », a dit Mme Veary.
« Nous avons découvert que le niveau d'observance était environ le même chez les étrangers qu'au sein des Sud-Africains.

Les Zimbabwéens représentent le plus important groupe d'immigrants clandestins à Johannesbourg. Le marasme économique que connaît actuellement le Zimbabwe a entraîné des pénuries de commodités de base, un taux d'inflation le plus élevé au monde, un taux de chômage atteignant les 80 pour cent, ainsi qu'un système de santé en décrépitude qui ne parvient à prescrire des ARV qu'à 91 000 patients sur les 321 000 qui en ont besoin, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

D'après Paul Verryn, sur les milliers de Zimbabwéens qui défient les barrières, traversent les rivières et se cachent au fond de camions pour se rendre à Johannesbourg chaque mois, peu tentent l'aventure à la recherche d'un meilleur système de santé.

« Un grand nombre d'entre eux sont là, car ils sont menacés politiquement. Certaines émigrent car ils ne peuvent joindre les deux bouts, notamment au Zimbabwe, pour des raisons financières », a-t-il rappelé.

Une longue attente

Wilson Moyo* est arrivé à Johannesbourg en 2006, laissant derrière lui une vie confortable en tant qu'employé de bureau au Zimbabwe. Il a décidé d'émigrer après avoir eu le sentiment que ses activités politiques mettaient sa vie en danger. Peu après son arrivée en Afrique du Sud, il a décidé de subir un test de dépistage, non pas parce qu'il se sentait malade, mais parce qu'il voulait être « en mesure de se protéger ».

« La meilleure chose à faire était se battre, suivre un traitement et continuer à mener une vie normale. Mais j'étais face à un problème : comment avoir des papiers pour recevoir un traitement »
Après avoir appris sa séropositivité, il a été envoyé à la clinique de Hillbrow où on lui a demandé ses papiers.

« Lorsque j'ai répondu que je n'avais pas de papiers, et on m'a dit 'va les chercher'. Je n'ai pas donné davantage d'explications, parce que je savais que je ne pouvais m'en procurer nulle part », a-t-il expliqué.

« J'étais déçu, parce que j'avais réfléchi à [la maladie] et que j'avais pensé que le chemin ne s'arrêtait pas là, que la vie continuait en dépit du VIH. La meilleure chose à faire était se battre, suivre un traitement et continuer à mener une vie normale. Mais j'étais face à un problème : comment avoir des papiers pour recevoir un traitement », a-t-il confié.

Selon la loi, les réfugiés et les demandeurs d'asile ont les mêmes droits que les ressortissants sud-africains en matière de gratuité des soins de santé. Bien qu'ils aient parfois des difficultés à exercer ces droits, les demandeurs d'asile qui possèdent des papiers ont généralement accès aux traitements ARV par le biais des établissements publics. Cependant, le problème consiste à se procurer ces papiers.

Le ministère sud-africain de l'Intérieur a quelque 50 000 demandes d'asile à traiter. Chaque jour, des milliers de personnes font la queue à l'extérieur du Bureau de réception des réfugiés à Pretoria, à 50 kilomètres au nord de Johannesbourg. Afin de conserver leur place dans la queue, nombreux sont ceux qui attendent pendant des jours et des nuits, sans accès à l'eau courante, aux toilettes ou à un abri.

« Il m'est arrivé de dormir une fois ici pendant trois jours, sans manger ni me laver », a déclaré Wilson Moyo.

« Le dernier jour, alors que j'étais la huitième personne dans la file d'attente, des gars m'ont poussé, ils voulaient de l'argent. Si je voulais rester dans la queue, je devais leur donner 100 rands, ce que je n'ai pas fait », a-t-il poursuivi.

Un an et demi après avoir appris sa séropositivité, Wilson Moyo a dû consulter un médecin chargé d'établir s'il avait droit à un traitement ARV. Sans abri ni emploi, il a essayé d'amasser suffisamment d'argent en travaillant à la pièce, afin de retourner au Bureau de réception des réfugiés à Pretoria.

« A mon avis, ils pourraient rendre la loi plus souple pour les personnes atteintes de cette maladie », a-t-il estimé.

« Ils devraient faciliter l'accès aux papiers, ainsi nos vies seraient moins difficiles à vivre », a-t-il poursuivi.

Pour une action du gouvernement

En mars 2008, des organisations actives dans le domaine de la lutte contre le VIH/SIDA et de la défense des droits ont conjointement déposé une proposition au Conseil national de lutte contre le sida (SANAC), soulignant la vulnérabilité des immigrants qui ne parviennent à avoir accès aux services et aux informations liés au VIH.

« Nous avons découvert que notre cadre de protection juridique n'était pas appliqué de manière uniforme », peut-on lire dans la proposition.

« Il semblerait que les hôpitaux publics, les cliniques et autres établissements élaborent unilatéralement des politiques qui refusent aux réfugiés l'accès aux services de santé », est-il mentionné.

Les auteurs de la proposition exhortent le SANAC à lancer une campagne visant à sensibiliser les travailleurs sanitaires aux droits des immigrants et aux raisons pour lesquelles ces derniers cherchent refuge en Afrique du Sud. En outre, ils demandent qu'une enquête soit menée afin d'établir les conditions dans lesquelles les immigrants illégaux sont détenus – à l'extérieur des Bureaux de réception des réfugiés et dans d'autres établissements – avant d'être expulsés.
 
La proposition revient sur une descente de police à l'église méthodiste du centre-ville de Johannesbourg, en janvier dernier, au cours de laquelle quelque 500 Zimbabwéens avaient été arrêtés. Toujours selon le même document, un certain nombre de détenus séropositifs n'avaient pas accès à suffisamment d'eau et de nourriture et n'avaient pu prendre leur traitement.

Fatima Hassan, avocate au sein du AIDS Law Project, une des organisations ayant rédigé cette proposition, le ministère de la Santé n'a pas encore accusé réception du document.

En réponse aux questions posées par IRIN/PlusNews sur les droits des immigrants en matière d'accès aux services VIH/SIDA, le docteur Nomunde Xundu, responsable de l'unité VIH/SIDA du ministère de la Santé, a indiqué que le plan stratégique national de lutte contre le VIH était « un programme de prévention, de traitement et de soins destiné aux Sud-Africains, dont les personnes qui se trouvent légalement dans le pays. »

Une réponse qui a laissé Fatima Hassan perplexe. En effet, selon elle, les propos du docteur Nomunde Xundu contredisent à la fois la Constitution et les directives du ministère.

« [Le ministère de la Santé] n'a pas mis en place de secours », a-t-elle souligné. « Ils savent que de nombreuses personnes viennent du Zimbabwe, car il n'y pas d'ARV dans ce pays, mais ils n'ont pas donné aux hôpitaux les fonds nécessaires à la distribution des ARV. »

En outre, l’organisation AIDS Law Project a déposé une autre proposition afin de s'opposer à un projet visant à modifier la loi sur les réfugiés de 1998, et à supprimer ainsi le droit des réfugiés à accès aux services de santé publique.

*Un nom d'emprunt

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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