Le sud du Tchad affiche des taux de prévalence du VIH parmi les plus élevés du pays. Pourtant, à Goré, où vivent des dizaines de milliers de réfugiés venus de République centrafricaine (RCA) voisine, pays le plus infecté par le sida en Afrique centrale, la lutte contre l’épidémie n’en est qu’à ses balbutiements.
Dans les centres de santé des camps d’Amboko et de Dosseye, deux des trois camps installés par le Haut commissariat aux Nations Unies pour les réfugiés (HCR) près de Goré, dans la forêt humide du sud du Tchad, pour accueillir la majorité des quelque 50 000 réfugiés centrafricains au Tchad, les infections sexuellement transmissibles (IST) font partie des pathologies les plus souvent rencontrées par le personnel soignant, avec le paludisme, les infections respiratoires et les diarrhées.
En l’absence d’outils spécifiques de diagnostic des IST, « la prise en charge [des IST] se fait sur la base d’une approche syndromique [fondée sur les signes cliniques] », a expliqué le docteur André Kapend, chargé du VIH/SIDA pour le HCR à Goré. « Les conseils sur le VIH et les préservatifs font aussi partie de la cure ».
En cas de suspicion de VIH/SIDA, les malades sont référés à l’hôpital de district de Goré, la seule structure dans cette zone à faire du dépistage du VIH –sauf lorsqu’il y a rupture de stocks de réactifs, ce qui était le cas lorsque IRIN/PlusNews est passé.
Photo: Anne Isabelle Leclercq/IRIN ![]() |
| Plus de 50 000 réfugiés centrafricains vivent dans quatre camps installés par le HCR dans le sud du Tchad, dont trois se trouvent près de la ville de Goré |
Il n’y a pas de statistiques sur le nombre de personnes infectées au VIH dans les camps, dans la mesure où il n’y a pas de dépistage volontaire du VIH –un service que l'organisation non gouvernementale internationale COOPI, qui gère les centres de santé des camps avec le soutien du HCR, espère mettre très prochainement en place.
Mais il y a des cas de décès suspects, ont noté tous les agents de santé, qui disent avoir identifié des personnes dont ils sont sûrs qu’elles sont infectées mais à qui ils ne peuvent le confirmer, en l’absence de moyens de dépistage.
D’autre part, la tuberculose, l’une des principales infections opportunistes liées au VIH/SIDA, touche de nombreux patients à l’hôpital de Goré, selon l’organisation Médecins sans frontières, qui assure le volet sécurisation des transfusions sanguines dans cette structure délabrée dont le responsable a interdit l’entrée à IRIN/PlusNews.
L’absence de décentralisation des services VIH/SIDA se fait cruellement sentir dans cette région du Logone occidental, où le taux de prévalence du VIH est de 9,8 pour cent, le plus élevé du pays, selon les statistiques officielles de 2005, contre 3,3 pour cent à l’échelle nationale.
Précautions universelles
En attendant de pouvoir offrir un paquet complet de services VIH/SIDA aux réfugiés centrafricains, le HCR et ses partenaires ont mis en place une série de mesures de prévention de l’infection.
| Pour en savoir plus sur le sida au Tchad | |
Des préservatifs sont distribués, avec plus ou moins de succès : en moyenne, les réfugiés reçoivent un peu moins de trois préservatifs par personne et par mois, avec des disparités selon les camps. A Amboko, où vivent quelque 12 000 réfugiés arrivés pour la plupart en 2003, cette proportion atteint 3,7.
« La population ici [dans le camp] est consciente des ravages du sida, les gens viennent des villes et des villages en [RCA], tout le monde en a entendu parler, même un enfant peut répondre à des questions », a dit Roger Djingar, du centre de santé du camp d’Amboko. « Les gens prennent des préservatifs quand on en distribue, ils viennent même en demander la nuit, les hommes comme les femmes ».
Un relatif engouement qu’il est plus difficile de retrouver à Dosseye, où les derniers arrivants, en majorité des Peuls de confession musulmane venus des zones isolées de la RCA, sont ouvertement réfractaires à l’idée de parler de sexualité et d’utiliser des préservatifs : la proportion d’utilisation de cet outil de prévention tombe à 0,5 préservatif par personne et par mois.
« Quand on parle de sexe, rien que le fait de prononcer le mot, les gens ont honte, alors ils se lèvent et ils partent. Ils viennent de la brousse, on ne parle pas de ça, en brousse », a dit Ferdinand Beasmang, un jeune réfugié devenu pair éducateur dans le camp.
Photo: Anne Isabelle Leclercq/IRIN ![]() |
| Les infections sexuellement transmissibles font partie des pathologies les plus souvent rencontrées dans les centres de santé des camps de réfugiés centrafricains dans le sud du Tchad |
L’UNFPA fournit des kits de prophylaxie post-exposition, dits « PEP », qui permettent de limiter le risque d’infection au VIH si la victime est soignée dans les 72 heures suivant le viol. L’agence onusienne a aussi mis en place des comités de lutte contre la violence sexuelle dans les camps de réfugiés.
Car cette violence touche aussi les camps, notamment les femmes en charge de la collecte de bois et d’eau, ont affirmé plusieurs réfugiés. Les femmes Peuls, de par leur mode de vie, sont particulièrement exposées, a noté Aminatou Abdoulaye, une réfugiée centrafricaine de 19 ans.
« Les femmes Peuls veulent aller dans la brousse pour chercher des fagots de bois, et il y en a qui se sont fait attraper parce qu’elles étaient seules », a dit cette jeune mère d’un petit garçon d’un an. « Les autres femmes [réfugiées issues d’autres communautés] sont moins en danger parce qu’elles ne sont pas habituées à être dans la brousse, alors elles n’y vont pas ».
ail/
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