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Les microbicides s'invitent dans le lit conjugal

La politique en matière de sexualité au sein du couple s’est retrouvée au centre des débats la semaine dernière lors de la quatrième conférence internationale sur les microbicides à New Delhi, en Inde, alors que les chercheurs s’intéressaient à la dynamique des pouvoirs dans les relations sexuelles et son implication pour les microbicides.

L’idée derrière les microbicides a toujours été de donner aux femmes les moyens de se protéger de l’infection au VIH. Mais comment cela marcherait-il dans la réalité, où le pouvoir reste pour l’instant encore majoritairement concentré entre les mains des hommes ?

Selon Ravi Varma, un chercheur travaillant sur la question de la sexualité masculine en Inde, la sexualité est un outil de contrôle et de pouvoir, et les hommes auraient du mal à accepter que quelque chose puisse changer à ce niveau.

M. Varma a présenté les résultats d’une étude dont le but était d’évaluer la réaction des hommes à l’utilisation d’un préservatif ou d’un microbicide. L’étude a révélé que plus de la moitié des hommes interrogés trouveraient « scandaleux » que leur femme puisse leur proposer d’utiliser un préservatif, et un pourcentage encore plus important voyait les femmes qui avaient des préservatifs avec elles comme des « débauchées ».

Il a expliqué que les hommes ne mettaient pas leurs épouses sur le même plan que d’autres partenaires sexuelles, qui seraient autorisées à utiliser des microbicides, alors que leurs femmes n’auraient pas la permission d’utiliser ce moyen potentiel de protection.

Bien que le VIH se transmette principalement via les relations hétérosexuelles dans la majeure partie de l’Afrique et de l’Asie, il n’y a pas de méthode de prévention du VIH contrôlée par les femmes disponible à grande échelle. Le préservatif féminin, le seul outil de prévention du VIH contrôlé par les femmes, est toujours hors de portée de la majorité des femmes qui en auraient besoin.

Un microbicide efficace serait important pour les femmes dont les partenaires refusent d’utiliser le préservatif parce qu’il pourrait –au moins en théorie- être utilisé discrètement, sans que le partenaire masculin en soit informé.

Mais des études menées auprès de femmes impliquées dans des essais cliniques sur les microbicides ont révélé qu’une utilisation discrète et autonome du microbicide pourrait ne pas être réaliste.

La plupart des relations sexuelles sont spontanées, donc insérer le gel secrètement pourrait être difficile. Le désir d’intimité et de partage dans la construction de relations pourrait aussi rendre problématique toute tentative de garder le microbicide caché.

Oliver Mweemba, un chercheur en sciences sociales de l’Université de Zambie, a expliqué que des participantes à des essais avaient dit avoir informé leur partenaire qu’elles utilisaient le gel, parce qu’elles avaient peur que leur partenaire puisse sentir la différence dans la mesure où le vagin était « trop humide ».

Il a souligné que certains hommes avaient réagi positivement, allant même jusqu’à aider leur partenaire à insérer le gel et à leur rappeler de l’utiliser, tandis que d’autres avaient dissuadé leur femme de l’utiliser.

Les craintes des femmes

Au Zimbabwe, des femmes ont exprimé la crainte qu’elles puissent être accusées d’avoir d’autres partenaires si elles utilisaient le gel, et que leur partenaire masculin pourrait voir cela comme un encouragement à être infidèles. « L’homme pourrait penser qu’elle fait quelque chose ailleurs ; où irait-elle chercher cette idée d’utiliser le gel ? », selon les inquiétudes exprimées par des participantes et rapportées par l’étude.

« Alors que les microbicides sont conçus pour être à l’initiative des femmes, la dynamique dans les relations sexuelles ne peut pas être ignorée... elle peut avoir un impact sur l’acceptabilité et l’utilisation du gel », a prévenu Jessica Phillips, du Conseil sud-africain en recherche médicale (MRC).

Mme Phillips a rapporté qu’une étude du MRC avait révélé que les femmes qui informaient leur partenaire de leur utilisation du gel étaient autorisées à l’employer la plupart des fois où elles avaient des relations sexuelles. Les femmes ayant des partenaires compréhensifs étaient davantage susceptibles d’utiliser le gel de manière permanente et de suivre les procédures des essais de manière correcte.

Maniu Chatani, coordinateur du groupe africain de plaidoyer pour les microbicides (African microbicides advocacy group) a elle aussi estimé que l’utilisation d’un gel impliquait idéalement une discussion entre les femmes et leur partenaire, mais a souligné que cela pouvait ne pas être toujours possible.

« Il y a des femmes qui sont dans des situations où elles ne peuvent pas discuter de ces questions, il y a des situations dans lesquelles les femmes n’ont pas la permission de parler de [comment] se protéger elles-mêmes, et nous devons toujours garder à l’esprit que même ces femmes devraient pouvoir être en position d’avoir le choix », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews. « Bien sûr, nous encourageons la discussion, mais quand ce n’est pas possible, nous encourageons toujours l’utilisation ».

Alors que les microbicides pourraient offrir davantage de contrôle aux femmes sur les moyens de se protéger du VIH, les déséquilibres dans l’égalité entre les hommes et les femmes, dans la chambre à coucher et en dehors, demeureront.

« Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’une réponse structurelle, où nous nous penchons sur les questions d’égalité des sexes, où le pouvoir des femmes est renforcé, où les femmes peuvent se protéger elles-mêmes, où les hommes utilisent davantage le préservatif masculin et les femmes peuvent utiliser le préservatif féminin », a conclu Mme Chatani. « Les microbicides pourraient faire partie de ce paquet global ».

kn/ks/he/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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