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Les dentistes de rue augmentent le risque VIH et hépatite

Tenant fermement sur sa joue droite un morceau de glace dans un mouchoir, Saleem Jawad, 34 ans, a l’air plutôt satisfait. De temps en temps, il se tourne pour cracher un peu de sang avant de siroter un verre d’eau froide posé à côté de lui.

Saleem, mécanicien, vient de se faire extraire une molaire à Lahore, la capitale du Punjab pakistanais, situé dans l’est du pays. Le dentiste de rue Siraj Saeed, qui a pratiqué l’opération, a mis la dent qu’il vient d’extraire dans un petit bol en acier, à côté d’une rangée d’instruments posés sur la petite natte tachée sur laquelle il reçoit et traite ses patients.

« Il n’y a plus de problème maintenant. Je vais enfin pouvoir dormir tranquillement et bientôt pouvoir recommencer à manger », a dit M. Jawad à IRIN/PlusNews.

Bien que l’opération - faite sans anesthésie, avec des instruments simples et non stérilisés - qui s’est déroulée au bord de la route ait été douloureuse, il est probable que ceux qui ont recours aux services de ces ‘dentistes de rue’ s’exposent à des problèmes bien plus graves.

Des études récentes menées au Pakistan ont montré que les coiffeurs, dentistes et autres médecins qui pratiquent au bord des routes ont un rôle à jouer dans l’augmentation rapide de certaines maladies telles que l’hépatite ou le VIH/SIDA.

« Lorsque les mêmes instruments sont utilisés pour différents patients à la suite, et que pour les nettoyer, ces instruments sont simplement plongés dans de l’eau, il y a de fortes chances pour que toutes sortes de maladies soient transmises, y compris le sida », a dit Fahd Anwar, un dentiste pakistanais qui travaille aux Etats-Unis.

Le docteur Anwar, qui envisage de retourner au Pakistan, a souligné que le pays connaissait une pénurie de médecins qualifiés, ce qui favorise le développement de ce genre de pratiques.

Selon les statistiques établies par le gouvernement pakistanais en 2006, il y aurait dans le pays 6 761 dentistes pour une population d’au moins 155 millions de personnes – ce qui représente approximativement un dentiste pour 23 000 patients.

Ce ratio s’est légèrement amélioré lors de la dernière décennie, mais le nombre de médecins qualifiés reste dramatiquement bas.

Aussi, les médecins qualifiés travaillent-ils dans des cliniques privées et peuvent pratiquer des honoraires élevés, pendant que les hôpitaux publics manquent souvent de moyens et ont une liste d’attente très longue.

« Je sais que les gens disent qu’on peut devenir malade en allant voir ce genre de dentistes. J’ai vu une émission à la télé sur le sujet, et aussi quelque chose sur le fait de faire bouillir les instruments », a dit M. Jawad.

Pour en savoir plus sur le VIH/SIDA au Pakistan
(en français et en anglais)
 Ce n'est pas en ignorant l'existence du VIH/SIDA que l'épidémie disparaîtra
 Lonely truck drivers face HIV/AIDS threat
 Taboo heightens risks for male sex workers
 Drug injecting refugees vulnerable to HIV infection
Mais lui et le prochain patient du dentiste, Umar Gul, qui vient de la province nord-orientale du Pakistan, s’accordent tous deux sur ce point : « Les gens comme nous ne peuvent pas se permettre d’aller dans des cliniques privées pour se faire soigner par des docteurs qualifiés ».

Les ‘dentistes de rue’ prennent entre 0,8 et trois dollars, alors que consulter un dentiste professionnel reviendrait à plus de huit dollars. Les soins dans les hôpitaux publics peuvent entraîner des frais encore plus élevés.

Ces coûts sont bien au-dessus des moyens de la plupart de la population pakistanaise qui gagne à peine 100 dollars par mois.

Aussi, chaque année, des milliers de personnes se rendent chez ce genre de médecins dont l’expérience se réduit à un apprentissage sur le tas, ou consiste à avoir pris des cours ou des conseils auprès de certains de leurs aînés.

De plus, bon nombre d’entre eux ne se préoccupent que très peu des conditions d’hygiène dans lesquelles ils opèrent, passant outre les impératifs de stérilisation ou les problèmes de contamination liés au VIH/SIDA.

« Ces choses dépendent de la volonté d’Allah, pour notre part, nous faisons ce que nous pouvons », a dit M. Saeed. « Je lave mes instruments tous les matins avec du savon ».

Hépatite et VIH/SIDA

Avec un taux de prévalence de l’hépatite estimé par la Pakistan Medical Association à presque 11 pour cent -un chiffre qui tend à augmenter- ce genre de pratiques joue un rôle indéniable dans la propagation de cette maladie qui, comme le VIH/SIDA, touche chaque année des centaines de personnes, selon les spécialistes.

Le Pakistan est arrivé, selon la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au stade ‘d’épidémie concentrée’. Le Programme national pakistanais de lutte contre le VIH/SIDA (NACP) a officiellement confirmé que seul 3 198 cas de VIH/SIDA avaient été recensés à travers le pays, mais les spécialistes du NACP confirment cependant que « ce chiffre pourrait s’avérer être plus élevé ».

S’entretenant avec IRIN/PlusNews, Naveeda Shabbir, du NACP, a indiqué que le taux de séroprévalence de la population était en-dessous de 0,1 pour cent ; mais elle a ajouté que ce taux était plus élevé chez certains groupes spécifiques, tels que les utilisateurs de drogues par injection (IDUs, en anglais).

Selon l’OMS, le nombre de personnes infectées par le VIH au Pakistan s’élèverait à 85 000.

'' Lorsque les mêmes instruments sont utilisés pour différents patients à la suite, et que pour les nettoyer, ces instruments sont simplement plongés dans de l’eau, il y a de fortes chances pour que toutes sortes de maladies soient transmises, y compris le sida ''
Des épidémies ont été observées parmi les IDUs, dans la vile de Larkana, située dans la province de Sindh, ainsi que dans d’autres grandes villes.

Ce taux de prévalence élevé des maladies infectieuses sexuellement transmissibles, le nombre considérable des travailleurs du sexe tant masculins que féminins, des conditions d’hygiènes inadaptées lors des transfusions sanguines, un taux d’alphabétisation extrêmement bas ainsi qu’une faible prise de conscience de l’épidémie du VIH mettent le Pakistan aux premières loges des pays à risques.

Suivant la campagne anti-VIH qui a duré un mois, le directeur national du NACP Asma Bokhari a indiqué que dans certains districts du Punjab, la réutilisation des seringues sales a été désignée comme étant un facteur déterminant dans la propagation du virus, et que « la pratiques d’actes médicaux à risques » menaient à de graves conséquences.

En dépit de cela, à travers le Lahore et les autres grandes villes du Pakistan, les dentistes – comme les coiffeurs, qui traditionnellement percent aussi les furoncles, les médecins pour les oreilles ou des charlatans – continuent de s’adonner à leurs pratiques dangereuses.

Leur nombre est inconnu, mais il est estimé à quelques dizaines de milliers. A l’heure actuelle, toutes les campagnes menées sur ce problèmes se sont avérées vaines, et ce malgré des risques évidents.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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