Une université privée chrétienne du Nigeria s’est attiré les foudres des activistes et des responsables de la santé suite à la mise en oeuvre d’une politique qui oblige les étudiants à subir des tests de dépistage du VIH et de grossesse.
Depuis le début de l’année, les étudiants en licence et les nouveaux inscrits à l’Université de Covenant, à Otta, une localité proche de la mégapole portuaire de Lagos, dans l’Etat d’Ogun, dans le sud du pays, doivent subir un test de dépistage du VIH obligatoire, dans le cadre d’un programme appelé « Total Man » (L’homme entier).
L’université explique avoir instauré cette mesure afin que ses diplômés soient des êtres éduqués aux valeurs morales élevées. Les étudiantes enceintes qui ne sont pas en mesure de prouver que leur mariage est juridiquement reconnu sont menacées de suspension ou d’expulsion.
L’année dernière, l’Université de Covenant, qui est considérée comme le meilleur établissement du secteur tertiaire privé du Nigeria, a adopté un code de comportement très strict : tous les étudiants doivent vivre sur le campus, et n’ont pas le droit entre autres d’utiliser des téléphones portables.
« Compte tenu de l’ampleur de la décadence morale au sein de notre société, l’Université de Covenant est déterminée à s’assurer de l’intégrité de ses diplômés avant de les relâcher dans la société. Ces derniers doivent être dignes d’un point de vue académique et moral », a déclaré le révérend David Oyedepo, de Living Faith Church, à qui appartient l’université.
Les activistes de la lutte contre le sida et les responsables du gouvernement ont fustigé la politique de l’université et ont prévenu que l’application d’une telle politique pouvait entraver les efforts visant à lutter contre le vaste problème national de la stigmatisation et de la discrimination liées au VIH.
Fin août, la Commission universitaire nigériane (NUC en anglais), organisme national de réglementation des universités, a invité l’Université de Covenant à apporter des éclaircissements, car selon elle, cette politique est injustifiée.
Le professeur Ignatius Uvah, secrétaire exécutif adjoint de la NUC, a rappelé que l’Université de Covenant était tenue de respecter les conventions nationales et internationales en matière de VIH/SIDA, selon lesquelles les tests de dépistage du VIH doivent être volontaires.
D’après des communiqués de presse, le responsable des relations publiques de la NUC, Alhaji Ibrahim Yakassai, aurait annoncé que l’affaire serait réglée « très prochainement ».
Le Comité national de lutte contre le sida (NACA) a également condamné les tests obligatoires de dépistage du VIH auxquels sont soumis les étudiants et a souligné que « conformément aux directives nationales en matière de conseil et de dépistage du VIH, le test de dépistage doit être effectué avec l’accord tacite de l’individu. Le test de dépistage est un acte volontaire, confidentiel et proposé dans le cadre d’un programme comprenant des conseils pré et post-dépistage. »
Des propos contradictoires
Bien que l’Université de Covenant ait précédemment déclaré que seuls les étudiants dont les résultats des tests de dépistage du VIH et de grossesse étaient négatifs obtenaient un diplôme, Emmanuel Igban, porte-parole de l’université, a dit que les tests étaient des exercices de routine visant à déterminer l’état de santé des étudiants.
« Les media se trompent, ce n’est pas vrai qu’un étudiant dont les résultats du test de dépistage du VIH sont positifs n’obtient pas de diplôme », a expliqué Emmanuel Igban dans une déclaration publiée suite à l’important tollé suscité par la politique de l’université.
Pour Bisi Ladipo-Salami, de BAOBAB, un groupe d’activistes engagés dans la défense des droits des femmes, le test de dépistage obligatoire est une violation des droits fondamentaux des étudiants. Elle a rappelé qu’il n’existait aucune loi interdisant aux élèves séropositifs et/ou enceintes d’obtenir un diplôme.
« Selon nous, les droits fondamentaux de tous les Nigérians, quelque soit leur religion, sont non négociables et nous n’acceptons aucune violation des droits des jeunes, sous n’importe quelle forme », a-t-elle poursuivi.
Princess Olufemi-Kayode, directrice exécutive du groupe de défense Media Concern for Women and Children, a salué l’Université de Covenant pour ses efforts visant à préserver les valeurs morales de ses étudiants.
Cependant, elle a ajouté que l’université devrait veiller à mieux comprendre les droits de l’homme en matière de VIH/SIDA, car « le virus peut se contracter de diverses façons et non pas uniquement par voie sexuelle, comme semble l’indiquer l’université. »
Malgré ces critiques, le révérend David Oyedepo pense que les étudiants doivent être guidés afin d’être protégés contre une éventuelle infection à VIH ou une grossesse non intentionnelle, car par le passé, certains étudiants s’étaient adonnés à « des activités sexuelles répréhensibles. »
« Il s’agit d’une situation très difficile qui nécessite l’adoption de toutes les démarches possibles si nous voulons nous assurer que les diplômés qui sortent de notre établissement soient capables de garantir un meilleur avenir à notre pays », a-t-il conclu.
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