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Les femmes veulent une plus grosse part du gâteau

Après avoir passé jour et nuit pendant des semaines à préparer un projet de demande de fonds d’un montant de 50 millions de dollars au Fonds Global pour la lutte contre le VIH/Sida, la Malaria et la Tuberculose, des activistes Swazi ont découvert à leur grande surprise que leur projet, destiné à aider les femmes à lutter contre le sida, avait été supprimé du dossier de demande de fonds du pays. Elles en étaient abasourdies.

« Personne n’a pu nous dire qui avait pris la décision de le supprimer, mais quelqu’un nous a dit que les questions de genre n’étaient pas une priorité nationale », a dit Siphiwe Hlophe, de l’organisation non-gouvernementale (ONG) Vivre Positivement (Positive Living), qui vient en aide aux personnes séropositives.

Jusqu’à l’année dernière, les femmes étaient considérées comme mineures par la loi du petit royaume pauvre du Swaziland, qui affiche un taux d’infection au VIH de 33 pour cent, le plus élevé du monde.

Mme Hlophe s’exprimait lors de la première Conférence mondiale des femmes sur le VIH/SIDA qui s’est tenu à Nairobi, au Kenya, jusqu’au 7 juillet. L’un des thèmes principaux de la conférence a été la question des ressources consacrées aux femmes, étant donné que la lutte contre le sida est intimement liée à la lutte pour les droits de la femme.

En effet, dans la plupart des pays, il y a plus de femmes infectées au VIH que d’hommes, et des études ont démontré que l’inégalité des genres était un facteur important dans la propagation du virus.

Cependant, il n’est pas facile d’obtenir des fonds destinés à la promotion des droits de la femme, et le Fonds mondial est un exemple. Selon l’Association pour les droits de la femme dans le développement (AWID, en anglais), il était le deuxième des 20 principaux bailleurs de fonds des organisations de femmes en l’Afrique subsaharienne en 2005.

Créé en 2002, le Fonds mondial compte aujourd’hui 136 pays membres. A ce jour, il a récolté sept milliards de dollars et accordé 400 subventions. Cette année il a déboursé environ un milliard de dollars pour de nouveaux projets, en plus des deux milliards pour des projets existants.

Les pays en développement font des demandes de fonds une fois par an à travers leur Instance de coordination nationale (CCM, en anglais), qui reçoit des propositions de tous les acteurs de la lutte contre le sida du pays, et dont les membres sont élus parmi les représentants des secteurs privé et public, ONG, milieux académiques, bailleurs de fonds et personnes séropositives.

Un parcours semé d’embûches

Le CCM devrait représenter tous les secteurs travaillant dans le milieu du VIH/SIDA. Et c’est là que les problèmes commencent.

Le gouvernement du Nigeria a choisi les membres de son CCM « de manière qu’il ressemblait à un organisme du gouvernement », même si la pression de la part des activistes a changé cette situation, a dit Rolake Odetoyinbo, directrice de projets du groupe de pression nigérian Positive action for treatment access, dont le siège est situé dans la ville portuaire de Lagos.

« Allez sur le site du Fonds mondial, trouvez la personne qui représente les femmes dans votre CCM, appelez-la et demandez-lui : ‘que fais-tu pour nous, ma sœur ?’. Allez assister aux réunions du CCM comme observateur – ils ne vont pas payer vos frais d’inscription ni de nourriture, mas il faut aller voir ce qui s’y passe », a-t-elle conseillé.

La psychologue Susan Paxton, activiste séropositive du Réseau de personnes séropositives Asie-Pacifique a souligné que dans sa région, les CCM étaient dominés par les hommes et a suggéré que les représentants de la société civile dans les CCM incluent un homme et une femme.

Un autre problème, c’est la complexité des réquisitions pour les demandes de fonds, qui contiennent 150 pages et des questions très détaillées. Même si cette mesure vise à garantir la responsabilisation et le professionnalisme, elle constitue un obstacle pour les petites ONG.

Cette année, la Coalition de femmes du Zimbabwe, organisation qui chapeaute des groupes de lutte pour les droits de la femme, a engagé deux consultants pour une période de trois mois, mais malgré cet effort supplémentaire leur projet n’a pas été retenu.

« C’était une procédure pénible, nous en faisons encore le deuil, mais cela valait la peine », a dit Netsai Mushonga, de la Coalition. L’organisation a gagné de l’expérience, et en plus, le CCM zimbabwéen a accepté d’inclure la question du genre comme thème central des propositions pour 2008.

Une proposition bien réussie est récompensée par une grande somme d’argent qui est utilisé pour des services et programmes destinés aux femmes et jeunes filles vulnérables, tels que des programmes de santé reproductive, des activités génératrices de revenus et d’une plus importante promotion de leurs droits.

« Nous devons faire preuve de créativité afin d’obtenir ce que nous voulons et de maîtriser les outils nécessaires à la demande de fonds. Cela peut être ennuyeux, mais nous en avons besoin pour réaliser des programmes qui apportent un réel changement dans la vie des femmes », a dit Sisonke Msimang, coordinatrice des programmes VIH/SIDA de l’Open society of Southern Africa, membre du Réseau des Fondations internationales Soros qui font la promotion de la démocratie et de l’ascension sociale.

Des ressources aléatoires

« Influencer les financements est fondamental pour la stratégie de la défense des droits de la femme et pour changer le système de valeurs », a dit Zawadi Nyong’o, coordinatrice de l’AWID au Kenya.

Les financements pour les femmes étaient en diminution, a expliqué Mme Nyong’o : l’argent était transféré aux gouvernements et aux budgets nationaux dans le cadre de la politique d’efficacité adoptée par 90 pays lors de la Conférence de Paris en 2005, qui visait à optimiser la procédure de donation et d’assistance.

Une partie de ces fonds était redirigée dans le cadre des droits religieux, et le montant restant était concentré sur des organisations plus grandes et renommées, dans ce que Mme Nyong’o appelé « cercle vicieux ».

« Les petites ONG restent petites, les grandes deviennent encore plus grandes, et il n’y a pas vraiment un juste milieu », a-t-elle dit.

Une étude de l’AWID sur les ONG engagées dans la lutte pour les droits de la femme en 2005 a montré que 37 pour cent d’entre elles avait un budget annuel de moins de 20 millions de dollars.

Environ la moitié des ONG interrogées a déclaré recevoir moins de financement qu’il y a cinq ans ; pour à peine un quart d’entre elles les financements ont augmenté, et pour les autres, la situation est restée inchangée.

Selon Adeleye Fayemi, directrice exécutive du Fonds africain de développement de la femme, l’avenir des financements des programmes sur les droits de la femme réside dans la diversification des stratégies employées, ainsi que dans les ressources locales, les gouvernements, le secteur privé et les communautés.

La bataille sera difficile, a-t-elle averti. « La raison pour laquelle nous n’avons pas suffisamment de fonds, c’est que nous essayons de démanteler un système qui est en place depuis des millénaires : le patriarcat », a-t-elle affirmé.

ms/he/dc/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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