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Le VIH, un adversaire coriace pour les forces armées

En Afrique, lorsque les jeunes décident de rejoindre les rangs de l’armée, ils doivent se soumettre à divers tests, et notamment de plus en plus souvent au test de dépistage du VIH : s’ils apprennent qu’ils sont séropositifs, leur éventuelle carrière militaire est alors fortement compromise.

Selon les activistes, si un soldat est séropositif, il peut tout simplement « faire une croix sur sa carrière », dans la mesure où il a peu de chance d’être déployé dans des opérations de maintien de la paix ou d’être envoyé en formation à l’étranger.

De nombreuses armées africaines se heurtent à un dilemme : la préparation aux combats d’un côté, et le respect des droits des soldats d’un autre.

Les lourdes conséquences de l’épidémie sur l'armée sont connues. Par exemple, au cours des deux décennies de guerre contre les rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur, les forces de défense ougandaises ont essuyé plus de pertes à cause des ravages du sida que des combats.

En Zambie, on estime que les maladies liées au VIH/SIDA ont causé plus de décès au sein de l’armée depuis 1983 que toutes les opérations militaires réunies, y compris la sanglante guerre d’indépendance.

Le Rwanda, qui a exclu de ses rangs les recrues séropositives depuis les années 1990, considère l’importante mise en place de services de conseil et de dépistage volontaire du VIH comme un accomplissement clé de son programme de lutte contre l’épidémie au sein de l’armée.

En effet, 70 pour cent des forces armées rwandaises ont subi un test de dépistage du VIH. Actuellement, le taux de prévalence au sein de l’armée s’élève à 4,5 pour cent, a indiqué le docteur Charles Murego, directeur des services médicaux du ministère de la Défense.

Plus de 1 000 soldats séropositifs et leurs familles sont inscrits au programme militaire de soins et de traitement.

En revanche, en Zambie, 17 pour cent seulement du corps militaire a subi un test de dépistage volontaire du VIH.

« Le conseil et le dépistage volontaire ne marchent pas dans notre système militaire, nous devons nous pencher sur un dépistage obligatoire ou systématique », a déclaré le général de brigade Joseph Banda, lors d’une conférence sur l’élargissement des services de prévention du sida, organisée fin juin à Kigali, la capitale rwandaise.

Vers un dépistage obligatoire

Joseph Banda a indiqué aux participants de la conférence organisée par le Plan d’urgence du président George Bush contre le sida (Pepfar) que l’armée zambienne obligeait ses soldats à se faire dépister avant d’être déployés dans des missions de maintien de la paix ou d’être envoyés en formation dans des pays qui exigent que les forces de défense se fassent dépister avant de les accueillir.

En outre, le commandement des services peut également décider de faire subir un test de dépistage obligatoire aux soldats auxquels il envisage d’accorder une promotion ou d’assigner des tâches spécifiques.

« Nous ne devrions peut-être pas parler de test obligatoire. C’est trop fort, nous devrions plutôt dire test systématique, un terme plus poli, plus convivial. Ainsi, les soldats accepteraient plus facilement de s’y soumettre », a-t-il dit à IRIN/PlusNews.

Les forces de défense zambiennes élaborent actuellement une nouvelle politique de lutte contre le sida, et envisagent de faire subir un test de dépistage du sida obligatoire à leurs membres lors d’une visite médicale annuelle.

« Ainsi, nous pouvons immédiatement prendre en charge ces personnes et les intégrer rapidement aux systèmes de gestion avant que leur état de santé ne se détériore », a dit M. Banda.

A l’inverse, « si nos programmes dépendent uniquement des centres de conseil et de dépistage volontaire, très peu de gens se présenteront et les personnes ne viendront que lorsqu’elles seront malades, c’est-à-dire quand nous ne pourrons plus les déployer et elles compromettront la préparation au combat des forces de défense », a-t-il poursuivi.

Une préparation au combat à n’importe quel prix ?

M. Banda a utilisé à plusieurs reprises l’expression « la préparation au combat », représentant selon lui l’objectif principal visé par le dépistage obligatoire des recrues.

Les analystes ont estimé que la politique visant à exclure les recrues séropositives n’avait pas été soigneusement étudiée par les armées des pays d’Afrique.

Martin Rupiya, du programme sur le secteur de la défense de l'Institut d'études de sécurité d’Afrique du Sud, a indiqué, dans une récente étude, que la politique adoptée par de plus en plus d’armées africaines était une « pratique rudimentaire » qui présentait de graves lacunes.

Il a expliqué que les résultats d’un test de dépistage du VIH ne devaient pas être considérés comme décisifs. En effet, alors que certains patients peuvent se trouver dans la « période fenêtre », d’autres recrues séropositives dont le taux de CD4 – qui permet d’évaluer la résistance du système immunitaire – est supérieur 200 sont médicalement aptes à rejoindre les rangs de l’armée.

Une recrue doit subir un test de dépistage du VIH/SIDA régulièrement, durant une période de 180 jours, et présenter un taux de CD4 inférieur à 200, ainsi qu’une charge virale –la quantité de virus présente dans l’organisme- supérieure à 100 000, avant de pouvoir être exclue des forces armées, a-t-il ajouté.

Cependant, Martin Rupiya a estimé que très peu d’armées africaines « avaient les moyens, le temps et le savoir-faire technique pour effectuer de tels tests complets. »

« Les preuves scientifiques concernant le dépistage du VIH chez les éventuelles recrues contredisent la position actuellement adoptée par les Etats et les institutions », a-t-il écrit.

Cependant, dans un pays comme la Zambie où les forces de défense manquent cruellement de fonds, les preuves scientifiques ne reçoivent souvent pas l’attention qu’elles méritent.

« Quand vous recrutez un soldat [séropositif], vous devez dès le début vous en occuper; vous devez mettre en place des structures pour cette recrue », a dit M. Banda. « Vous devez lui faire subir régulièrement des tests de dépistage afin de mesurer son taux de CD4, vous devez lui prescrire des ARV [antirétroviraux] lorsque son état de santé le requiert, vous devez surveiller son régime, lui fournir des suppléments alimentaires et veiller aux endroits où vous le déployez, car vous ne pouvez pas le déployer n’importe où ».

« Dans ces circonstances, pourquoi vouloir hériter d’un problème que l’on peut éviter d’avoir ? », a-t-il conclu.

kn/oa/he/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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