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Emigration et VIH/SIDA, causes de la pénurie d’infirmières

«Le Swaziland est sur le point de mourir. Que la dernière infirmière de garde veuille bien éteindre les lumières.» Telles sont les deux phrases manuscrites que l’on peut lire à la clinique de Manzini, une ville commerciale ravagée par le sida, à 35 kilomètres au sud-est de Mbabane, la capitale swazie.

Cette petite note empreinte de sarcasme fait allusion à la pénurie d’infirmières à laquelle le Swaziland est confronté et aux raisons pour lesquelles les infirmières préfèrent s’expatrier et proposer leurs services ailleurs.

«Les conditions de travail, l’absence de matériel de base pour soigner correctement les patients et personnes mourantes, tout cela est démoralisant», a confié une infirmière âgée de 28 ans, qui a requis l’anonymat. «Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est très dur de voir les gens mourir sans rien pouvoir faire parce que vous n’avez pas les médicaments ou les moyens [de les soigner].»

Des salles mal éclairées et vétustes, un manque de matériel, une pénurie généralisée de médicaments due au fait qu’aucun contrat d’approvisionnement n’a été signé cette année sont autant de raisons qui poussent les infirmières à quitter le Swaziland pour l’Europe, les Etats-Unis ou l’Afrique du Sud, un Etat voisin, où elles espèrent être mieux rémunérées.

Dans la salle d’urgence de l’hôpital Raleigh Fitkin Memorial de Manzini, un enfant hurle de douleur alors qu’une infirmière lui enlève des points de suture à un doigt.

«Ici, je n’ai pas les ciseaux adaptés, on en trouve seulement dans le service pédiatrique», a regretté l’infirmière, qui est obligée d’utiliser des ciseaux trop grands pour enlever la fine pellicule de peau qui entoure la plaie de l’enfant.

Dans un rapport intitulé ‘Les infirmières du service public au Swaziland: la pénurie peut-elle être comblée?’, publié par Human Resources for Health, un journal médical disponible sur Internet, avec le soutien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les auteurs Katharina Kober et Wim Van Damme ont indiqué que «le service de santé public du Swaziland était confronté à une forte pénurie de professionnels de la santé - 44 pour cent des postes de médecins, 19 pour cent des postes d’infirmières et 17 pour cent des postes d’aides-soignantes étant inoccupés. Selon nos recherches, l’émigration et le VIH/SIDA sont les principales causes de cette pénurie de travailleurs sanitaires.»

D’après les estimations du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (Onusida), le taux de prévalence du VIH/SIDA au sein de la population swazie âgée entre 15 et 49 ans, s’établit à 33,4 pour cent, soit le taux le plus élevé du monde. Le Swaziland est la dernière monarchie absolue d’Afrique sub-saharienne. Il compte un million d’habitants, dont les deux tiers vivent avec moins de deux dollars par jour.

Selon les conclusions du rapport, «la migration des travailleurs et l’enjeu lié au VIH/SIDA menacent doublement le système de santé du Swaziland. Si ces deux éléments ne sont pris sérieusement en considération, 44 pour cent des postes d’infirmières seront inoccupés, dans le secteur public, d’ici 2010.»

Les infirmières de St Theresa, une clinique située en banlieue de Manzini, gérée par l’Eglise catholique romane et financée par le gouvernement, ont tenu une réunion de crise la semaine dernière, après n’avoir pas reçu de salaire régulier, voire aucun, au cours des deux derniers mois.

«Il est très difficile de faire notre travail, dans les conditions que vous voyez», a déclaré une infirmière. La salle d’attente est meublée de quelques bancs en bois et le système de ventilation ne permet pas de combattre la chaleur suffocante de l’été.

Depuis que le pays connaît un taux de croissance nul, aucun nouvel emploi n’a été créé dans le secteur de la santé depuis 20 ans, et ce malgré l’apparition du VIH/SIDA au milieu des années 1990. Selon les estimations de l’OMS, le Swaziland compterait 3 726 professionnels de la santé.

«Sur les 944 postes d’infirmières disponibles dans les secteurs public et missionnaire, seuls 758 sont occupés. Le ratio infirmière/patients dans ces secteurs est donc de l’ordre de 70 pour 100 000. Et le nombre officiel de postes d’infirmières est largement insuffisant compte tenu de la charge de travail dans le secteur de la santé», a indiqué le rapport rédigé par Mme Kober et M. Van Damme.

Selon les estimations des chercheurs, sur les 758 infirmières travaillant dans les secteurs public et missionnaire, 288, soit 38 pour cent, seraient séropositives. En outre, 29 d’entre elles, soit dix pour cent des infirmières séropositives, seraient mortes en 2005. Toujours d’après les chercheurs, entre trois et quatre pour cent de l’ensemble du personnel infirmier succomberait à des maladies liées à la pandémie chaque année.

Un métier de plus en plus difficile

Cependant, la pénurie d’infirmières est davantage liée à l’émigration qu’au VIH/SIDA. Le rapport révèle que sur les quelque 800 infirmières que compte le Swaziland, une centaine quitte chaque année le pays. Les deux écoles d’infirmières présentes au Swaziland forment entre 80 et 90 élèves par an et une vingtaine de diplômées sort chaque année de l’école d’aides-soignantes.

Bien que ces centres de formation reçoivent des centaines de demandes d’inscription par an, peu d’étudiants suivent en réalité cette formation, car le ministère de la Santé et des Affaires sociales n’octroie pas suffisamment de bourses d’études et le personnel enseignant, les services pour les étudiants ainsi que les cours pratiques font défaut.

La formation de base dure trois ans, mais la plupart des élèves font une année d’études supplémentaire afin de suivre une spécialisation de sage-femme, ou deux années en vue d’obtenir un diplôme en sciences infirmières.

«J’ai terminé l’école d’infirmières et j’ai tout de suite commencé à travailler, comme toutes mes camarades. Quand j’ai débuté à l’hôpital public de Mbabane [le plus grand établissement hospitalier du pays], j’ai vu quelqu’un mourir car il n’y avait pas les médicaments nécessaires. A mon avis, c’est pour cela que les infirmières quittent le Swaziland pour des ‘contrées plus accueillantes’. En outre, l’épidémie de VIH/SIDA rend notre travail encore plus difficile», a affirmé l’infirmière.

Le rapport de Mme Kober et M. Van Damme révèle que 80 des patients reçus dans les services médicaux et pédiatriques des hôpitaux publics souffrent de maladies liées au VIH/SIDA.

«Les médecins d’un hôpital missionnaire ont estimé qu’ils consacraient entre 20 et 30 minutes à chacun de leur patients, lors des visites quotidiennes, contre une moyenne de cinq minutes il y a cinq ans. Ceci s’explique par le nombre croissant de patients en phase terminale dont l’état de santé requiert des soins continus. Ainsi, la demande en services sanitaires est plus importante aujourd’hui et les professionnels de la santé se disent submergés de travail et exténués», ont indiqué les auteurs du rapport.

En 2005, les infirmières swazies ont bénéficié d’une augmentation de salaire, mais les mauvaises conditions de travail demeurent. Ainsi, à l’hôpital public de Mbabane, 21 infirmières ont démissionné durant le mois où l’augmentation de salaire a été décrétée.

Lors d’une précédente visite au Swaziland, Katharina Kober et Wim Van Damme avaient découvert que sur les 1 481 postes que proposaient les établissements sanitaires publics et missionnaires du pays, seuls 1 184 étaient en réalité occupés ; 297 postes, ou 20 pour cent de la totalité des postes, étaient vacants.

Afin de lutter contre la pénurie d’infirmières qui sévit actuellement au Swaziland, le ministère de la Santé a exhorté le ministère de la fonction publique à lever l’interdiction de recruter des infirmières étrangères, qui seront payées par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

L’autre solution consisterait à distribuer gratuitement des médicaments antirétroviraux (ARV) aux personnes séropositives. Bien qu’ayant rencontré quelques problèmes cette année, la distribution de traitements ARV permettrait de réduire le nombre de patients séropositifs reçus dans les établissements hospitaliers et d’apporter secours aux infirmières séropositives.

«Personne ne veut aborder le sujet, mais les infirmières ont peur de l’épidémie de VIH/SIDA qui ravage le Swaziland. Nous nous trouvons sur la ligne de front, et il est facile pour certaines d’entre nous de fuir le danger», a souligné une infirmière. «Pour travailler comme infirmière aujourd’hui au Swaziland, il faut faire preuve de dévouement et d’un grand sens du patriotisme», a-t-elle conclu.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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