«L’Union européenne ne peut simplement pas accepter ce verdict», a dit Johannes Laitenberger, son porte-parole, cité par l’agence américaine Associated Press. M. Laitenberger a précisé que Bruxelles n’avait pour l’instant décidé d’aucune mesure contre la Libye, mais qu’elle réfléchissait à des «actions appropriées» et «n’exclu[ai]t rien».
Les familles des 426 enfants -dont 52 sont décédés- infectés par le virus à la fin des années 90 lors d’une campagne de vaccination à l’hôpital de Benghazi, dans le nord du pays, ont laissé éclater leur joie à l’annonce d’un verdict condamné par plusieurs organisations des droits de l’Homme, comme Amnesty international, et de nombreux pays, à commencer par la Bulgarie. Les autorités palestiniennes ont demandé au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi d’intervenir dans cette affaire.
«Avec le plus grand respect de l’appareil judiciaire libyen, nous exhortons le président Kadhafi à user de ses pouvoirs présidentiels pour annuler la condamnation à mort», a dit Saëb Erekat, conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas, cité par l’agence de presse Reuters.
Incarcérés depuis 1999, les accusés, qui ont toujours clamé leur innocence, avaient déjà été condamnés à mort en 2004, avant que la justice libyenne n’ordonne un nouveau procès suite à des révélations de torture commises sur les prévenus pendant leur détention et face aux multiples pressions de la communauté internationale, qui réclamait un procès équitable et la libération des six soignants.
Plusieurs rapports scientifiques internationaux -le dernier paru dans la revue britannique Nature début décembre- ont formellement établi que l’apparition du virus était antérieure à l’arrivée des accusés en 1998 et qu’elle était due aux mauvaises conditions d’hygiène qui régnaient à l’hôpital.
Ces études n’ont pas été évoquées lors de l’audience de lundi, la Libye rejetant en bloc ces conclusions. Tripoli réclame à la Bulgarie et à la communauté internationale des compensations financières, une éventualité dont la Bulgarie et ses partenaires ne veulent pas entendre parler, estimant qu’un tel accord reviendrait à reconnaître «la culpabilité d’innocents».
En décembre 2005, la communauté internationale a en revanche soutenu la création d’un fonds de solidarité, notamment pour assurer les soins des enfants infectés à Benghazi dans des hôpitaux européens. Près de 250 de ces enfants ont été, ou sont encore, soignés en Europe.
Selon Ali Omar Hassnaoui, ministre libyen de la Justice cité par Reuters, les six condamnés ont la possibilité de faire appel dans un premier lieu auprès de la Cour suprême. Le principal avocat des accusés a affirmé que ces derniers feraient appel de leur nouvelle condamnation.
Des experts cités par les agences de presse ont expliqué qu’en refusant d’intervenir, le président Kadhafi prendrait le risque de compromettre l’amélioration de ses relations avec l’Occident, après des années de rupture. Mais un assouplissement de sa position pourrait à l’inverse lui attirer les foudres de ses concitoyens et notamment des familles des enfants de Benghazi, une région considérée comme un foyer de dissidence contre son régime.
Mardi, le Conseil international des infirmières (CII) et l’Association médicale mondiale (AMM) ont estimé que le refus des autorités libyennes de reconnaître l’état de délabrement de son système de santé ouvrait la porte à des drames similaires à celui de Benghazi.
«Combien d’enfants mourront encore dans les hôpitaux libyens pendant que le gouvernement ignore la racine du mal?», ont demandé les deux organisations dans un communiqué conjoint.
En 1998, une première épidémie d’infections nosocomiales (contractées dans un établissement de soins) à l’hôpital pédiatrique de Benghazi avait déjà alerté les autorités libyennes, qui avaient fait part, début 2000, d’une multiplication par 10 des cas d’infection au VIH parmi les jeunes garçons.
Selon le Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida), la majorité des personnes vivant avec le VIH en Libye, des utilisateurs de drogues injectables pour la plupart, a été infecté lors d’échanges de seringues lors de consommation d’héroïne, la principale drogue en circulation.
Les dernières statistiques disponibles émanant du programme national de lutte contre le sida évaluent à plus de 23 000 le nombre de personnes qui vivaient avec le VIH/SIDA en 2003, sur une population de 3,6 millions d’habitants, un chiffre qui devrait augmenter compte tenu du peu d’actions mises en place pour contenir l’épidémie parmi les consommateurs de drogues et leurs partenaires, a dit l’Onusida.
Selon l’agence onusienne, la stigmatisation et le déni de l’infection doivent être considérés comme un obstacle à l’extension des programmes de prévention et de traitement des groupes à risque en Libye.
ail/ab
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