« Il est très important de sensibiliser nos prisonniers [au VIH/SIDA]. Tout le monde a besoin de savoir ce qu’est le virus, chaque être humain doit être informé sur l’épidémie », a déclaré Julius Krapus, responsable de la prison de Lodwar.
En règle générale, les campagnes de sensibilisation utilisent des affiches, des brochures et autre support documentaire. Or, le district de Turkana affiche l’un des taux d’alphabétisation les plus bas du Kenya et la plupart des détenus ne savent ni lire ni écrire. En conséquence, la population carcérale n’a pas toujours les moyens de se rendre compte des dangers de la maladie.
Pour pallier cela, la prison de Lodwar a décidé de montrer aux détenus un film retraçant l’histoire de deux collègues qui ont opté pour des modes de vie différents: l’un prend la menace du VIH/SIDA très au sérieux et arrête de courir après les femmes, et l’autre continue d’avoir des comportements sexuels à risque, contracte le virus du sida et contamine son épouse, qui par la suite transmet le virus à leur enfant.
Les quelques prisonniers qui comprennent l’anglais traduisent les dialogues désuets du film aux autres détenus. Le message véhiculé par le court métrage invite certains prisonniers à réfléchir sur leur propre vie.
« Je savais que cela [le VIH/SIDA] existait, mais je ne connaissais pas le mode de transmission », a confié Benjamin Akwono. « Il va falloir que je réfléchisse davantage à mes comportements lorsque je sortirai d’ici et retrouverai ma famille », a-t-il ajouté.
Joseph Abong émet plus de réserves quant à la portée du film.
« Bien que nous ayons vu ce film, certains d’entre nous ne changeront pas de comportements. Les gens ne veulent pas utiliser de préservatifs et ne veulent pas avoir qu’un seul partenaire – c’est notre façon d’être », a-t-il affirmé.
Grâce aux informations qu’ils reçoivent pendant leur incarcération, une fois libérés, les prisonniers peuvent à leur tour sensibiliser les populations des régions isolées du nord du pays, a indiqué Ruth Eripete, conseillère auprès d’un centre de conseil et de dépistage volontaire mobile, géré par Merlin, une ONG internationale d’aide médicale, basée au Royaume-Uni.
En effet, compte tenu de l’état des routes et des conflits ethniques sporadiques, le gouvernement et les agences humanitaires n’ont pas souvent accès aux populations vivant dans le nord du Kenya.
La prison, dont la capacité initiale est de 112 détenus, accueille désormais plus de 300 prisonniers, accusés de meurtres, de vols de bétail ou de larcins. Merlin s’est déjà rendu deux fois à la prison de Lodwar, a sensibilisé les prisonniers au VIH/SIDA et leur a proposé des services de conseil et de dépistage volontaire.
Selon les chiffres avancés par le gouvernement, le district de Turkana afficherait un taux de prévalence du VIH/SIDA de 11,4 pour cent, soit un taux deux fois supérieur à la moyenne nationale.
Le lévirat, une coutume largement répandue qui veut qu’une veuve épouse le frère ou le cousin de son mari, contribue à la propagation de l’épidémie du VIH/SIDA. Au sein des communautés pastorales du district de Turkana, nombreux sont ceux qui croient que le sida n’existe que dans les zones urbaines et qu’ils ne peuvent pas être contaminés, a expliqué Ruth Eripete.
« Nous avons fait tout notre possible pour sensibiliser les gens à cette maladie, mais ils ne veulent pas changer de comportements », a déploré Julius Krapus. « Nous leur disons que la maladie existe, qu’elle est réelle, qu’elle tue, mais ils restent inflexibles. Ils ne croient pas que le sida existe ici et qu’ils pourraient être contaminés », a-t-il conclu.
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