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La sécurisation des dons sanguins encore précaire

Les transfusions de sang testé et sécurisé dans le Sud Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), sont un privilège auquel tous les habitants de cette région particulièrement marquée par la guerre n’ont pas accès, notamment ceux vivant en zone rurale.

Malgré un relatif retour au calme depuis la signature d’un accord de paix fin 2002, l’insécurité demeure dans l’est du pays, une région considérée comme l’une des principales portes d’entrée des conflits à répétition qui ont déchiré le pays pendant près d’une décennie et fait, directement ou indirectement, entre trois et quatre millions de victimes.

Les autorités sanitaires provinciales attribuent plus de 80 pour cent de cas d’infection au VIH aux relations sexuelles non protégées, mais elles reconnaissent le rôle du sang dans la propagation du virus en RDC, en dépit de l’absence de statistiques fiables évaluant avec précision l’importance de ce moyen de contamination dans le pays.

Cruciale dans un contexte de violences persistantes où les besoins en sang sont plus importants qu’en temps de paix, la sécurisation des transfusions sanguines ne peut pourtant être garantie que dans certaines structures en milieu urbain.

L’hôpital de référence de Panzi à Bukavu, la capitale de la province du sud Kivu, reçoit en majorité des victimes de violences sexuelles, en grand nombre selon les médecins, des blessés de guerre et des femmes enceintes venues accoucher –des patients tous susceptibles d’avoir besoin de sang.

Selon le docteur Denis Mukwege Mukengere, directeur de cet hôpital, «tout le sang que nous avons dans notre banque est testé pour le VIH et l’hépatite virale B».

L’hôpital dispose également de consommables (seringues, matériels à usage unique), de produits désinfectant et stérilisant, d’un réfrigérateur pour conserver le sang à température constante et éviter la prolifération des bactéries, et d’un générateur pour alimenter la structure en électricité, un équipement indispensable dans une ville confrontée quotidiennement à de multiples coupures de courant.

L’assistance d’ECHO, le bureau humanitaire de la commission européenne, qui fournit à l’hôpital de Panzi essentiellement des matériels médicaux, et le soutien d’autres partenaires permettent à la structure de réaliser de bonnes prestations, y compris dans le secteur de la transfusion sanguine, a affirmé le docteur Mukengere.

L’hôpital de Panzi et l’hôpital général provincial constituent les deux principaux points d’approvisionnement en sang «sûr» pour les autres structures hospitalières de la province du Sud Kivu.

Les lots de sangs testés et sécurisés par la banque de l’hôpital général sont dispatchés auprès des structures de santé des zones périphériques de Bukavu pour répondre aux besoins en sang des populations isolées dans les campagnes et trop pauvres pour se rendre dans les hôpitaux de référence.

Parallèlement, le Mouvement des universitaires pour la santé et l’environnement (MUSE), l’une des principales agences partenaires de l’inspection provinciale de la santé du Sud Kivu, mène des activités d’information et de sensibilisation et réalise depuis trois mois un projet de centre d’informations sur le VIH/SIDA et d’éducation à la santé de reproduction.

Les zones rurales, les plus défavorisées

Selon le programme national multisectoriel de lutte contre le sida (PNMLS), le taux de prévalence du VIH dans la province serait largement supérieur au taux national estimé à quatre pour cent, en grande partie à cause de l’utilisation massive et systématique des violences sexuelles comme arme de guerre par les militaires, miliciens et autres groupes armés qui continuent à écumer l’est du pays.

Les zones rurales ont été les plus touchées par ces violences liées à la guerre ; les autorités et les acteurs de la lutte contre le SIDA en RDC estiment que les taux d’infection au VIH y sont aussi élevés, voire davantage, que dans les centres urbains.

Selon Alfred Bulakali, coordinateur exécutif du MUSE, «dans les zones enclavées du Sud Kivu, il y a d’énormes difficultés pour s’assurer que tous [les patients] qui sont transfusés reçoivent du sang sécurisé».

De nombreux malades nécessitant une transfusion sanguine en zone rurale se contentent du sang qu’il peuvent trouver sur place, sans pouvoir s’assurer de la qualité des lots, par manque d’alternative et d’informations.

«La sensibilisation des populations vivant en zones rurales sur les différentes modes de contamination du sida, surtout en ce qui concerne la transfusion sanguine est très limitée. La persuasion de cette catégorie de la population n’est pas aussi chose facile», a confié Patrick Nyamatomwa, chargé du développement au sein de l’Association de promotion de santé en milieu rural, une ONG locale.

Un constat qu’a également fait M. Bulakali. «Il ne s’agit pas seulement que les institutions médicales, comme [Panzi et] l’hôpital général provincial, mettent en place une banque de sang testé par rapport au VIH/SIDA et d’autres infections, mais encore faut-il que la population sache qu’elle ne doit consommer que ce sang», a-t-il suggéré.

Si les deux grandes structures hospitalières de Bukavu semblent mieux loties que les autres en matière de transfusion sanguine, elles ne sont pas pour autant à l’abri : selon le docteur Mukengere, le principal problème auquel est confronté l’hôpital est de pouvoir fournir du sang à une population de 600 000 habitants, sans compter les zones rurales, en l’absence de donneurs bénévoles en nombre suffisant dans une région frappée par la pauvreté.

«De temps en temps [notre] banque de sang souffre parce que les donneurs exigent qu’on leur achète des remontants [boîtes de lait, sucre, et même de l’argent] alors que telle n’est pas la règle», a indiqué M. Mukengere. «Nous n’avons pas de ressources pour faire face à ces demandes donc parfois les donneurs [potentiels] refusent de donner leur sang.»

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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