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Faim et sida, un cercle vicieux

Après plusieurs jours de débats intenses sur les dernières avancées scientifiques en matière de prévention et de traitement du VIH/SIDA, les experts réunis à l’occasion du XVI Congrès international sur le sida à Toronto, au Canada, se sont penchés jeudi sur l’une des principales causes de la propagation de l’épidémie en Afrique: la faim.

Stuart Gillespie, directeur du ‘Réseau régional sur le sida, les moyens de subsistance ruraux et la sécurité alimentaire’ (RENEWAL), un projet mené par l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) de Washington, a rappelé que l’insécurité alimentaire rendait l’organisme humain plus vulnérable au VIH en affaiblissant le système immunitaire.

D’autre part, a-t-il ajouté, cette insécurité peut inciter les populations à migrer vers des régions dont certaines affichent des taux de prévalence plus élevés, ou à se prostituer - dans de telles situations, les femmes se trouvent particulièrement exposées au VIH.

Par conséquent, les familles touchées par l’épidémie sont entraînées dans une spirale infernale : leurs ressources financières s’épuisent et la main d’œuvre agricole disparaît.

Selon les résultats d’une étude menée au sein de 15 900 foyers d’Afrique australe, présentés par Robin Jackson de l’unité lutte contre le VIH/SIDA du Programme alimentaire mondial (PAM), les familles affectées par le VIH sont plus susceptibles de connaître la faim que les autres.

En effet, elles sont contraintes à emprunter de l’argent et doivent souvent vendre leurs biens. En outre, les foyers dirigés par des femmes sont ceux qui sont les plus exposés aux problèmes d’insécurité alimentaire.

Dans de nombreux pays d’Afrique, les femmes ne jouissent pas des droits à la propriété et à l’héritage, par conséquent, elles et leurs enfants sont plus vulnérables au VIH, à la pauvreté et à la malnutrition que le reste de la population, a rappelé Gabriel Rugalema, de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Leonider Amollo Akeye, fondateur de GROOTS, une organisation communautaire au service des populations rurales kényanes, a expliqué que les femmes qui avaient perdu leur mari des suites du sida devaient souvent supporter un second coup dur lorsque les membre de leur belle famille leur confisquaient leurs terres et leurs biens.

GROOTS travaillent avec les chefs locaux et tentent de convaincre ces derniers d’intervenir en faveur des femmes.

En vue de lutter contre la propagation de l’épidémie et l’insécurité alimentaire, la FAO travaille avec les gouvernements afin de modifier la loi qui interdit l’accès des femmes à la propriété. Dans les pays où cette loi en toujours en vigueur, la FAO a proposé des formations aux organisations non gouvernementales (ONG), pour que ces dernières puissent offrir aux femmes un soutien juridique.

Des écoles agricoles ont été également créées par l’agence onusienne, pour que les orphelins du sida puissent avoir la possibilité d’assimiler les techniques agricoles que leurs parents n’ont pas eu le temps de leur inculquer.

Grâce à ces écoles, la FAO s'efforce de ne pas se limiter à des interventions à court terme (distribution d’aide alimentaire et de compléments nutritionnels), mais au contraire d'assurer la sécurité alimentaire à plus long terme en aidant les communautés affectées à relancer la production agricole et à mettre en place de nouveaux moyens de subsistance.

Les autres initiatives de sécurité alimentaire et de responsabilisation économique des personnes porteuses du virus sont pour la plupart des initiatives communautaires de petite envergure.

Par exemple, l’organisation Swaziland Positive Living (Swapol) aide les personnes séropositives du Swaziland à travailler les champs à des fins personnelles et commerciales. Cependant, elle se heurte à certaines difficultés en termes de priorités de financement.

«Les bailleurs veulent nous donner de la nourriture, mais ce que nous voulons nous, c’est pouvoir faire pousser la nourriture», a déclaré Siphiwe Hlophess, co-fondatrice de Swapol.

Des programmes de plus grande envergure doivent être mis en place d’urgence, mais n’apparaissent pas comme une priorité aux yeux des gouvernements et des bailleurs de fonds.

«Aujourd’hui encore, les bailleurs ne veulent pas toujours admettre que la sécurité alimentaire est essentielle si l’on veut lutter contre l’épidémie», a déclaré Gabriel Rugalema. «C’est la raison pour laquelle nous menons des opérations uniquement dans sept pays – de plus grands investissements sont nécessaires dans ce domaine», a-t-il déploré.

Les politiques nationales et internationales de lutte contre le VIH doivent désormais reconnaître l’existence du lien qui unit l’épidémie de VIH/SIDA et l’insécurité alimentaire.

Stephen Lewis, l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies pour le VIH/SIDA en Afrique, qui a animé la seule session sur ce sujet lors du Congrès de Toronto, a souligné qu’aucune action n’avait été menée afin d’appliquer la déclaration des Nations unies qui prévoyait «[l’accès de] tous à une nourriture saine et nutritive … dans le cadre d’une riposte globale au problème du VIH/SIDA.»

Cette déclaration a été signée par 150 pays, lors de la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies sur le VIH/SIDA (Ungass) qui s’est tenue en juin dernier à New York, au siège de l’organisation.

Cependant, un grand nombre de gouvernements n’a toujours pas mis en place d’interventions à court terme. Par exemple, dans certains pays, les patients sous thérapie antirétrovirale (ARV) ne reçoivent toujours pas de compléments nutritionnels.

Les médicaments ARV doivent être administrés avec de la nourriture pour éviter les effets secondaires toxiques. Or, dans beaucoup de pays d’Afrique, les personnes séropositives ne peuvent se permettre un vrai repas par jour.

Au Kenya, ne recevant aucune aide alimentaire, les malades sont parfois contraints à vendre leurs médicaments contre de la nourriture, ont dénoncé à plusieurs reprises les media locaux.

Selon Festus Ilako, chef des programmes de la Fondation africaine pour la recherche médicale, basée au Kenya, le lien qui existe entre la sécurité alimentaire et le VIH/SIDA a été en grande partie ignoré.

Les pays doivent se conformer à la déclaration des Nations unies, et les objectifs doivent être surveillés, a-t-il affirmé.

«Tant que nous ne ferons pas cela, [la lutte contre l'épidémie] sera difficile», a-t-il conclu.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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