Les moyens de prévention actuellement à l’étude, comme les vaccins et les microbicides, ne seront pas disponibles avant plusieurs années, alors que les premières études menées en Afrique sur la question de la circoncision semblent indiquer que chez les hommes ayant subi une ablation du prépuce, le risque de transmission du virus serait réduit de manière significative, ont rappelé des scientifiques lors de la conférence.
Ces experts ont exhorté la communauté internationale à prendre des actions urgentes pour développer ces recherches et ainsi s’assurer que cette opération, qui sauverait des vies sans pour autant nécessiter de gros investissements financiers, puisse être proposée à une large échelle.
Plusieurs pays africains ont déjà pris des initiatives en se fondant sur les résultats d’une étude menée par l’agence nationale (française) de recherche sur le sida (ANRS) en Afrique du Sud. Selon ces résultats, publiés l’année dernière, la circoncision semblerait réduire jusqu’à 60 pour cent les risques de contamination au VIH/SIDA.
La Zambie et le Swaziland ont tous deux lancé des programmes nationaux de circoncision masculine, au moment où la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) présente, dans un nouveau rapport, la circoncision comme «une intervention chirurgicale unique qui réduit pour toujours les risques biologiques.»
D’autres pays, comme l’Afrique du Sud, attendent la publication des résultats des études qui sont actuellement conduites au Kenya et en Ouganda avant de mener une action.
Lors de la conférence de Toronto, le docteur Robert Bailey de l’Université de l’Illinois a fait une présentation générale des tests qui sont effectués depuis deux ans au Kenya. Les résultats finaux ne seront toutefois pas disponibles avant septembre 2007, a-t-il précisé.
Il a noté qu’au cours des 12 premiers mois de l’étude, la moitié des participants circoncis avaient indiqué utiliser plus régulièrement des préservatifs et avoir moins souvent des rapports sexuels avec des travailleuses du sexe.
Des inquiétudes ont été exprimées à plusieurs reprises par des activistes, ces derniers craignant qu’au lieu de considérer la circoncision comme un moyen de protection supplémentaire, les hommes circoncis n’abandonnent l’usage du préservatif et n’adoptent des comportements sexuels à risque.
Les résultats d’une étude menée au Kenya avec le soutien des Instituts nationaux de la Santé, présentés par le docteur Kawango Agot, ont également démontré qu’il n’y avait pas de différence significative dans l’utilisation du préservatif et l’adoption de comportements sexuels à risque entre les hommes circoncis et ceux non circoncis.
Le docteur Kyeen Mesesan de l’Université de Yale s’est fondée sur une simulation mathématique pour évaluer les conséquences des divers programmes de circoncision sur la propagation de l’épidémie dans le bidonville de Soweto, en Afrique du Sud.
Ainsi, sur une population de 823 000 individus, elle a découvert qu’un programme ne s’adressant qu’à 10 pour cent de la population masculine permettait d’éviter 32 000 nouvelles contaminations et de faire passer le taux de prévalence de 17 à 14 pour cent sur une période de 20 ans.
Selon ses calculs, sans les programmes de circoncision, le taux de prévalence aurait atteint les 23 pour cent au cours de la même période.
«Pour l’Afrique du Sud et les autres pays ravagés par l’épidémie, même les programmes de circoncision les plus modestes seraient d’un grand bénéfice, ils permettraient d’éviter de nouvelles infections. Ils devraient donc être mis en place sans attendre», a-t-elle estimé.
A l’occasion du Congrès de Toronto, le docteur James Kahn de l’Université de San Francisco a fait une présentation sur la rentabilité de ces programmes comme méthode de prévention de l’infection au VIH dans les pays d’Afrique sub-saharienne : en se fondant sur les coûts engendrés par les traitements dispensés aux patients porteurs du VIH tout au long de leur vie, le docteur Kahn a souligné que la circoncision permettait d’économiser de l’argent.
Bien que les scientifiques présents au Congrès semblent tous admettre les éventuels avantages que présente cette intervention chirurgicale, aucun d’entre eux n’a abordé les questions logistiques, sociales et culturelles qui pourraient entraver la mise en place de tels programmes.
En effet, pour un grand nombre de groupes ethniques, la circoncision est un rite symbolisant le passage de l’enfance à l’âge adulte, alors que certaines communautés, bien que fortement touchées par le VIH/SIDA, la considèrent comme allant à «l’encontre de la tradition».
Par exemple, dans le royaume du Swaziland, où le taux de prévalence du VIH/SIDA dépasse les 40 pour cent, les traditionalistes rejettent la circoncision, car selon eux, il s’agit d’une coutume pratiquée par leurs voisins, les AmaXhosa, une ethnie d’Afrique du Sud.
D’autre part, tout en reconnaissant que la circoncision, comme outil de prévention, présente des avantages et qu’elle permettrait d’empêcher des millions de nouvelles infections au VIH, les chercheurs de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) craignent que les hommes n’adoptent des comportements sexuels à risque.
L’OMS a en effet souligné que la circoncision à elle seule ne suffisait pas à protéger les hommes contre le VIH au cours d’un rapport sexuel.
«Il est donc essentiel qu’elle [la circoncision] fasse partie d’un ensemble de méthodes de prévention, qui comprend un usage correct et constant du préservatif, un changement de comportement ainsi qu’un service de conseil et de dépistage volontaire», a conclu l’agence des Nations unies.
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