Un quart de siècle après l’apparition du sida, les progrès scientifiques et l’engagement financier et politique sans précédent permettent pour la première fois d’espérer vaincre l’épidémie un jour, à condition de redoubler d’efforts, ont plaidé dimanche les intervenants lors de l’ouverture du XVI Congrès international sur le sida à Toronto, au Canada.
«Dans 25 ans, essayons de repenser [à ce XVI congrès international] comme à un tournant dans [la lutte contre] l’épidémie, un moment de l’histoire où nous avons vu une opportunité de résister à la déferlante du VIH et choisi d’agir de manière décisive», a dit le docteur Helene Gayle, co-présidente du congrès, lors de la cérémonie officielle d’ouverture.
Quelque 24 000 participants, responsables politiques, religieux, communautaires, organisations internationales, chercheurs, représentants de la société civile, activistes et personnes vivant avec le VIH venus de 170 pays sont réunis jusqu’à vendredi pour échanger les dernières informations sur la lutte contre la propagation de cette épidémie, qui touche près de 40 millions de personnes dans le monde et a fait 25 millions de morts en 25 ans.
«Bien que nous soyons confrontés à des obstacles [importants] sur la route vers l’accès universel [au traitement et à la prévention du sida], la force est maintenant de notre côté. Nous ne pouvons pas nous permettre de gâcher cette opportunité», a martelé le docteur Gayle, qui s’est dite «optimiste et déterminée» à lutter contre le sida pour qu’il n’y ait pas «de 50ème anniversaire du sida.»
«Passons aux actes», le thème de ce congrès, le plus gros rassemblement jamais organisé sur le sida, se veut un encouragement à redoubler d’efforts, en termes d’engagement politique et financier, de recherche scientifique et de lutte contre la stigmatisation.
«Ce congrès arrive à un moment très spécial», a dit le docteur Peter Piot, directeur exécutif du Programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida. «Il est clair que pour la première fois, nous voyons des résultats dans la lutte. Nous devons normaliser le sida en tant que maladie, mais le maintenir à un niveau exceptionnellement haut sur l’agenda politique.»
Les objectifs définis par les Nations unies en 2001 d’atteindre l’accès universel à la prévention et au traitement du sida d’ici 2015, ne seront réalisables qu’en faisant «travailler l’argent disponible» et avec le concours de tous, ont insisté les intervenants.
«La responsabilité d’en finir avec le sida appartient à chacun d’entre nous, individuellement et collectivement», a dit le docteur Mark Wainberg, co-président de la conférence et président de la commission d’organisation de Toronto. «Avec la connaissance et les outils que nous avons entre les mains pour prévenir et traiter le VIH, l’histoire nous jugera durement si nous ne passons pas aux actes.»
L’orateur le plus applaudi par les milliers de personnes présentes dans le stade couvert de Toronto pour la cérémonie d’ouverture a sans conteste été l’américain Bill Gates, le fondateur de Microsoft, venu avec son épouse Melinda plaider en faveur du développement de moyens de prévention de l’infection au VIH, notamment pour les femmes, qui avec les jeunes, constituent la catégorie de population la plus touchée par l’épidémie.
«Nous avons besoin d’outils pour aider les femmes à se protéger elles-mêmes. Où qu’elle vive, qui qu’elle soit, et quoi qu’elle fasse, une femme ne devrait jamais avoir besoin de la permission de son partenaire pour sauver sa propre vie», a déclaré, dans un tonnerre d’applaudissements, le président de la Fondation Bill and Melinda Gates, qui a fait de la lutte contre le sida sa «principale priorité».
Pour mettre «le pouvoir de prévenir le VIH entre les mains des femmes», il faut accélérer la recherche sur les microbicides et les autres outils de prévention de l’infection, car donner accès au traitement du sida sans mettre l’accent sur la prévention est «tout simplement ingérable», a affirmé le milliardaire, dont la Fondation a annoncé la semaine dernière une contribution de 500 millions de dollars sur cinq ans au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
«La découverte d’un microbicide ou de médicaments pouvant prévenir l’infection au VIH pourrait être la prochaine percée majeure dans la lutte contre le sida», a estimé Bill Gates, qui a par ailleurs alloué 287 millions de dollars en juillet à la recherche vaccinale contre le sida.
Son épouse, Melinda, a plaidé en faveur d’un «plaidoyer plus agressif» pour lutter contre la stigmatisation «cruelle» associée à la maladie et à certaines catégories de populations, telles que les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, les utilisateurs de drogues injectables et les travailleurs du sexe, une stigmatisation qui a rendu la lutte «beaucoup plus difficile» alors que ces populations vulnérables à l’infection constituent «des alliées cruciales» dans la lutte.
Le congrès, qui prendra fin vendredi, doit mettre l’accent sur les progrès de la recherche scientifique, l’implication des communautés et personnes vivant avec le virus, le renforcement de l’engagement politique, les ressources humaines nécessaires à la lutte, et l’accélération vers l’accès universel à la prévention et au traitement du VIH.
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