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Eviter l’explosion du sida au retour de la paix

Après des années de conflits marqués par des violences sexuelles massives, la République démocratique du Congo (RDC) réalise aujourd’hui que le retour de la paix risque de s’accompagner d’une explosion de l’épidémie de VIH/SIDA si les efforts de lutte ne sont pas intensifiés et mieux coordonnés. Selon le Programme national de lutte contre le sida (PNLS), la RDC comptait en 2005 près d’1,2 million de personnes vivant avec le VIH, soit environ quatre pour cent de sa population, avec des disparités régionales importantes dans cet immense pays de 2,2 millions de kilomètres carrés –presque aussi vaste que l’Europe de l’Ouest- qui partage des frontières avec neuf pays d’Afrique centrale et australe. Un taux de séroprévalence apparemment stable sur les 10 dernières années, mais que les acteurs de la lutte contre le sida en RDC attribuent surtout à un relatif équilibre entre le nombre important de décès liés au sida, près de 100 000 en 2005, et celui tout aussi inquiétant de nouvelles infections, 155 000 cette même année, qui touchent principalement les jeunes, les femmes et le milieu rural. «Le taux de prévalence, c’est l’arbre qui cache la forêt, je ne pense pas que l’épidémie soit en voie de stabilisation, au contraire : une épidémie très active, explosive même, est plus probable», a estimé Pierre Somse, coordonnateur du Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida) en RDC. Car après des années de conflits civils et régionaux, le pays est à genoux. La plupart des infrastructures, notamment sanitaires, ont été détruites ou désertées par leurs personnels, surtout dans les zones rurales, souvent inaccessibles par la route, où le taux d’infection au VIH est estimé à 4,1 pour cent en moyenne, selon le PNLS. «Les villages sont l’épicentre de l’épidémie», a résumé M. Somse. «Les zones rurales ont été les plus affectées par le conflit, par les mouvements de populations, de militaires, et par les exactions, surtout les violences sexuelles, subies par les habitants de ces zones, où l’ignorance sur l’épidémie est la plus grande et l’accès aux soins le plus difficile». Ces violences qu’ont subies des dizaines de milliers de personnes, surtout des femmes et des fillettes, ont eu un impact incontestable sur la propagation du virus : d’après le PNLS, 20 pour cent des victimes de viols ont été infectées au VIH. La propagation du VIH, une retombée de la paix ? «Nous avons un réel problème de gouvernance, le viol c’est un problème d’autorité de l’Etat, de sécurité, au-delà de toute guerre. Le sida n’est que le bout de la chaîne», a analysé le docteur Jo Bakualufu Ntumba, chargé du suivi et évaluation de l’ONG congolaise Action communautaire sida/Amocongo, qui soutient plus de 8 000 enfants infectés ou affectés par le VIH et leur famille à travers le pays. Selon lui, «nous sommes victimes de la grandeur de notre pays, le gouvernement est loin des gouvernés, dans la province du Katanga [sud-est de la RDC], par exemple, Kalémie [au nord de la province] est à 1 000 kilomètres de la capitale provinciale Lubumbashi». Or, avec la pacification politique du pays et le retour prévisible des déplacés et des réfugiés, qui quittent des zones urbaines ou reviennent des pays voisins affichant des taux d’infection élevés pour regagner des zones rurales appauvries, «l’une des retombées de la paix risque d’être la propagation du VIH s’il n’y a pas une réponse vigoureuse», a ajouté M. Somse. Considérée dans les premières années qui ont suivi l’apparition de l’épidémie comme l’une des plus actives en Afrique, la lutte contre le sida en RDC a été considérablement affaiblie par la guerre.
Map of Democratic Republic of Congo (DRC)
Avec 2,2 millions de km², la RDC est le deuxième plus grand territoire d'Afrique subsaharienne
Le mouvement lancé en 2001 en faveur de l’accès universel à la prévention et au traitement du VIH/SIDA, comme défini par les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies, a permis de redonner une impulsion et d’obtenir un appui conséquent de la communauté internationale, ainsi qu’un engagement politique plus fort de la part du gouvernement congolais. Fin 2004, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a alloué 113 millions de dollars sur cinq ans à la lutte contre le VIH/SIDA en RDC, tandis que la Banque mondiale a voté un financement de 102 millions de dollars pour la période 2005-2009 via le Plan d’action multisectoriel (MAP, en anglais). Des programmes en marche A eux deux, ces bailleurs représentent les trois quarts des sommes investies pour lutter contre l’épidémie dans ce pays de près de 60 millions d’habitants, une mobilisation des ressources sans précédent -même si selon le PNLS, elle ne permet de couvrir que 30 pour cent des besoins de la RDC pour la lutte contre le sida. L’arrivée de ces importants bailleurs de fonds a permis de lancer des programmes de prévention du VIH/SIDA, via entre autres la distribution de préservatifs, de distribution gratuite d’antirétroviraux (ARV) dans plusieurs zones du pays, et de renforcement des capacités des structures de prise en charge et de leurs personnels. En mars 2006, 12 846 personnes bénéficiaient d’un traitement contre le sida, selon le PNLS, sur les quelque 200 000 qui en auraient besoin en urgence. Fin 2005, 73 sites -dont 28 publics- distribuaient des ARV dans 57 zones de santé, sur les 515 que compte le pays, en majorité des centres situés en zone urbaine. L’Etat, de son côté, a traduit son engagement politique par la création en 2004 du Programme national multisectoriel de lutte contre le VIH/SIDA (PNMLS), placé sous la haute autorité de la présidence congolaise. Mais en dépit de ces avancées, les obstacles demeurent importants. La faible mobilisation des ressources internes, identifiée par le PNMLS comme l’un des freins à la lutte, ne permet pas à l’Etat de subvenir aux besoins de santé des populations, notamment en matière de VIH/SIDA : en 2005, la RDC a engagé 3,6 millions de dollars dans la lutte contre l’épidémie, selon le ministère du Budget.
[DRC] An AIDS patient in the public hospital in Kisangani in the Democratic Republic of the Congo (DRC), May 2006. The poorest people receive little help in such hospitals, as health facilities are at a minimum. It is estimated that about a 1,000 people d
Beaucoup de malades sont abandonnés à leur sort dans un pays où 80 pour cent de la population vit avec moins d’un dollar par jour
«La lutte nécessite beaucoup d’argent et il n’y en a pas assez», a reconnu le docteur Augustin Okenge, directeur du PNLS. «Nous devons faire face à tous les problèmes d’infrastructures détruites par la guerre, de ressources humaines limitées, de personnels peu motivés parce qu’ils ne sont plus payés depuis longtemps alors que le sida leur demande un surcroît de travail.» Une coordination embryonnaire D’autre part, le plan stratégique national de lutte contre le sida, élaboré en 1999 pour neuf ans, est obsolète et ne correspond plus aux réalités. «Il faudrait que tous ceux qui viennent puissent s’insérer dans un cadre mais ce n’est pas toujours le cas», a regretté le docteur Okenge. «Le résultat c’est la dispersion des moyens. Chacun vient avec ses projets, les bailleurs interviennent là où ils veulent, pas forcément en accord avec les priorités nationales.» Conséquence, la répartition des interventions est inégale, profitant généralement en priorité aux zones urbaines au détriment des zones rurales. Face à ces obstacles aggravés par l’insécurité qui règne toujours dans certaines régions du pays, notamment à l’est, une véritable coordination et une harmonisation des efforts, idéalement sous la responsabilité de l’Etat, est le seul moyen d’optimiser l’efficacité de la lutte contre le sida, selon les autorités et leurs partenaires. Avec la création du PNMLS, le cadre de la coordination existe désormais, tandis qu’une «feuille de route 2006» a permis de réactualiser en partie le plan stratégique, dans l’objectif de l’accès universel à la prévention et au traitement du VIH/SIDA. Un mémorandum d’accord a été signé en mars entre le PNMLS/projet MAP et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), principal bénéficiaire des financements du Fonds mondial en RDC, pour harmoniser les interventions de la Banque mondiale et du Fonds mondial. Le sida a par ailleurs pour la première fois été reconnu comme un problème humanitaire dans le cadre d’un «Plan d’action humanitaire 2006» soumis aux partenaires de la RDC : le mécanisme de financement du plan, le Pool Fund, a alloué 100 000 dollars à la lutte contre le VIH/SIDA. Des signes dans lesquels les autorités et leurs partenaires veulent voir des raisons d’espérer, à condition de continuer à plaider en faveur d’un engagement accru du gouvernement et d’un soutien croissant des bailleurs de fonds. «Chacun fait encore du sida sa boutique», a dit Pierre Somse. «La coordination est toujours très faible, mais elle promet de s’améliorer.»

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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