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La société civile déçue par le projet de déclaration de l’UNGASS

Le projet de déclaration des Nations unies évaluant les progrès de la lutte contre le sida depuis 2001 et fixant les défis à relever, qui doit être négocié puis approuvé vendredi, est loin d’obtenir le soutien de la société civile, déçue par le manque d’ambition du texte. Dans un communiqué publié jeudi, une coalition d’activistes de la lutte contre le sida représentant plus d’une centaine d’organisations a estimé que le projet de déclaration politique de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies (UNGASS) sur le VIH/SIDA qui se tient du 31 mai au 2 juin à New York «était bien en deçà [nos] attentes à l’heure où 8 000 personnes [meurent] chaque jour du sida dans le monde». Ce projet de déclaration, maintes fois révisé lors des trois jours de rencontre, est le fruit d’un compromis entre des gouvernements, dont certains réputés ‘conservateurs’, et la société civile qui réclame une réponse plus ambitieuse en vue de freiner la propagation de l’épidémie et de prendre en compte les besoins des groupes marginalisés. Plusieurs délégations, parmi lesquelles celles de pays musulmans, d’Amérique latine et des Etats-Unis, sont réticentes -voire s’opposent- par exemple à ce que certaines catégories de population soient nommément mentionnées dans la déclaration finale, comme les travailleurs du sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, ou les consommateurs de drogue. Les délégations de pays dits ‘conservateurs’ voudraient utiliser le terme neutre de «groupes vulnérables» déjà utilisé dans la ‘Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA’ signée lors de l’UNGASS en 2001, qui définissait les buts à atteindre en vue des Objectifs du millénaire pour le développement, à savoir l’accès universel à la prévention et au traitement du sida d’ici 2010, et l’inversion de la propagation de l’épidémie en 2015. Les droits et l’éducation sexuelle des filles sont également des sujets de discorde dans la déclaration de l’UNGASS 2006, ont noté les activistes, alors que l’impact de l’épidémie sur ces jeunes femmes est tel que «les adolescentes pourraient devenir une espèce en voie d’extinction dans certains pays», a dit Peter Piot, le directeur exécutif du Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida). Par ailleurs, les Etats-Unis, soutenus par certains pays musulmans, sont réticents à signer un texte qui définisse des engagements trop précis en matière de financement international de la lutte contre le sida. Le projet initial de texte reconnaît que 20 à 30 milliards de dollars seraient nécessaires au financement mondial de la lutte d’ici 2010. Face à ces réticences, les organisations de la société civile africaine espéraient le soutien de leurs dirigeants, signataires début mai à Abuja, en appui à l’UNGASS, d’une déclaration d’engagement de l’Union africaine (UA) qui fixait entre autres objectifs celui de fournir des traitements contre le sida à 80 pour cent des personnes en ayant besoin sur le continent d’ici 2010. Le Gabon, chargé par l’UA de mener les négociations à l’UNGASS en son nom, a été ainsi accusé par de nombreux représentants de la société civile africaine de tenter de revenir sur les promesses d’Abuja, comme le souhaiteraient certains pays tels que l’Afrique du Sud. Un recul ouvertement critiqué par le Nigeria, le seul pays africain à s’opposer à un tel désengagement. «L’Afrique du Sud bloque la définition d’objectifs, elle ne veut pas être responsable. Elle dit que ce qui importe est la qualité [des services] et non la quantité [des personnes sous traitement]», a déploré Fatima Hassan, membre du groupe de pression sud-africain Treatment Action Campaign. Une analyse partagée par Emma Tuahepa, coordinatrice de l’association namibienne des personnes vivant avec le sida. « [Le projet de] déclaration est très incomplet, et aucun objectif n’a été établi, cela est très décevant. Les gouvernements africains nous laissent tomber [alors que] c’est notre continent le plus touché [par l’épidémie de sida]», a-t-elle déploré. Résultat, «du point de vue de la société civile, le projet de déclaration [de l’UNGASS] est très critiquable. Il s’agit d’une régression par rapport au document de 2001», a souligné Fatima Hassan. Adopter une déclaration qui ne soit pas «vide de sens» Jeudi soir, les activistes de la lutte contre le sida essayaient toujours de convaincre les délégations des pays ‘modérés’ de la nécessité d’utiliser un langage plus courageux dans le projet de déclaration pour obliger les gouvernements à s’engager sur des objectifs précis, seul moyen, selon eux, de franchir une étape importante par rapport à la déclaration de 2001. Il y a cinq ans, la Déclaration était déjà assortie d’une liste d’objectifs chiffrés, comme réduire de 25 pour cent le taux de prévalence du VIH chez les jeunes. Quelques pays ont réussi à atteindre certains des objectifs, aucun n’est parvenu à les atteindre tous. Or, le projet de déclaration 2006 ne vise par exemple «qu’à se rapprocher le plus près possible» de l’accès universel à la prévention, au traitement et au soins du sida d’ici 2010, ont dénoncé des représentants de la société civile. «C’est un moyen de se mettre à l’abri et de ne pas se considérer responsable si l’objectif n’est pas atteint», a déploré Sisonke Msimang, responsable du programme VIH/SIDA auprès d’Open Society Initiative for Southern Africa (OSISA). «Cela nuit à l’UA et au travail qui a été accompli et les pays peuvent voir cela comme une occasion de revenir [sur les engagements pris à Abuja]». Face à ce déferlement de critiques, Michel Sidibé, directeur du département d’appui aux pays et régions de l’Onusida, s’est voulu plus optimiste. «Le monde désire être le plus proche possible de l’accès universel d’ici 2010. C’est une tâche difficile, mais réalisable qui nécessite une meilleure coordination des financements et des services proposés ainsi qu’un système de planification bien financé et fondé sur des données fiables», a-t-il dit. Michel Sidibé a estimé que «les revendications de la société civile» exprimées lors de la conférence constituaient «une avancée» vers la création de partenariats cruciaux à l’échelle des pays, et que l’accès au traitement universel était une occasion de «passer de la gestion de crise à une réponse plus stratégique». Mais pour les ONG et la société civile africaines, l’UNGASS fait preuve d’un manque de vision. Ces organisations exigent que des références aux traitements et des objectifs assortis de délais précis soient mentionnés, pour que des fonds supplémentaires soient débloqués. Elles insistent également pour que les conséquences de la violence à l’égard des femmes et les besoins des consommateurs de drogues et autres groupes vulnérables, y compris les prisonniers et les migrants, soient clairement reconnus. «Nous craignons que la déclaration soit vide de sens, qu’elle ne nous fasse pas progresser», a conclu Sisonke Msimang. Pour de plus amples informations sur l’UNGASS (en anglais)

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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