La quasi-totalité des personnes déplacées dans la région de Pader, dans le nord de l’Ouganda, survit dans des camps surpeuplés grâce aux agences humanitaires pour qui le sida n’est pas toujours une priorité.
«Les conditions de vie ici sont très difficiles : la violence est présente aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du camp», a expliqué Aurélie Desmoulière de l’organisation internationale médicale Médecins sans frontières (MSF), basée dans le camp de Patongo, dans la région de Pader.
«Les sévices sexuels sont courants, les programmes de lutte contre le VIH/SIDA sont inadaptés et les travailleurs sanitaires manquent», a poursuivi Mme Desmoulière.
Depuis près de vingt ans, l’Ouganda est déchiré par un violent conflit opposant l'armée gouvernementale aux troupes rebelles de l'Armée de résistance du seigneur (LRA), qui a contraint environ deux millions de personnes de vivre dans quelque 200 camps de réfugiés internes, répartis dans toute la région.
Compte tenu de l’insécurité qui prévaut dans le nord, cette zone est aujourd’hui la moins développée du pays. Les habitants du nord de l’Ouganda vivent dans la crainte permanente des attaques de la LRA : les rebelles, qui attaquent et torturent régulièrement la population civile, ont enlevé près de 25 000 enfants -- qu’ils utilisent comme soldats, esclaves sexuels ou porteurs.
En outre, la population n’a pas accès à des services sanitaires de qualité, à l’éducation, à l’eau ou à la nourriture. Il n’y a pas de système d’assainissement et les maladies hydriques comme le choléra sont un problème récurrent. Des familles entières vivent dans des cases minuscules en terre n’offrant aucune intimité.
«Les conditions dans lesquelles vit la population du nord de l’Ouganda sont inadmissibles», a affirmé Jan Egeland, coordinateur des secours d’urgence des Nations unies, qui s’est récemment rendu dans les camps de Pader. «Cette situation doit changer, les gens doivent mener une vie meilleure et un plus bel avenir.»
Selon les résultats d’une étude menée par le ministère ougandais de la Santé et ses partenaires, près de 1 000 personnes déplacées meurent chaque semaine dans le nord du pays ; 90 pour cent d’entre elles meurent des suites d’une maladie, notamment du paludisme et du VIH/SIDA.
Un grand nombre de femmes et d’enfants déplacés sont victimes de sévices sexuels. Les résultats d’une enquête menée par le gouvernement et les Nations unies en 2005 ont révélé que près de 60 pour cent des femmes du plus grand camp de Gulu avaient été victimes de violences sexuelles et domestiques.
«Le taux de prévalence du [VIH] dans cette région doit être le plus élevé du pays», a indiqué le docteur Bach Cameron, responsable du centre sanitaire de Patongo, géré par MSF. «Les tests de dépistage menés dans les services de soins prénatals ont indiqué que le taux de prévalence du VIH enregistré parmi les femmes enceintes oscillait entre 14 et 15 pour cent».
Le taux de séroprévalence national est de 6,4 pour cent, mais il dépasse neuf pour cent dans le nord du pays. Malgré la gravité de l’épidémie, la population déplacée n’a pas accès aux services de prévention au VIH/SIDA, de soins et de soutien.
L’insécurité entrave la mise en place de services
Aucune des agences humanitaires qui travaillent dans la région de Pader n’est spécialisée dans le VIH/SIDA. Certaines d’entre elles ont expliqué que, compte tenu de l’urgence, elles ne souhaitaient pas lancer un programme de distribution de médicaments antirétroviraux (ARV) pour l’abandonner en cours de route.
«Lorsque vous lancez un tel programme, vous devez être en mesure de le poursuivre. C’est ce que nous avons fait à Arua [une région du nord-ouest de l’Ouganda moins ravagée par la guerre que le nord du pays], où 7 000 personnes reçoivent des conseils et 2 000 autres suivent un traitement ARV», a souligné Aurélie Desmoulière.
Cependant, elle a indiqué que MSF prévoyait d’ouvrir un centre de conseil et de dépistage volontaire à Patongo et que des ARV seraient fournis gratuitement une fois que la situation sécuritaire le permettrait.
«Les personnes vivant avec le VIH/SIDA ont un accès limité à des services de qualité parce qu’elles vivent dans des camps où l’insécurité est très grande, un environnement difficile pour les services humanitaires», a expliqué le docteur John Ntambi, un travailleur humanitaire du district de Kitgum.
«De toute évidence, le nombre de personnes sous traitement ARV est extrêmement faible par rapport au nombre de ceux qui en ont besoin et par rapport aux autres régions du pays», a-t-il expliqué.
Dans les régions les plus touchées par la guerre – Gulu, Kitgum et Pader qui forment l’Acholiland – les enfants déplacés sont les principales victimes de la crise humanitaire : ils sont exposés aux sévices sexuels et aux enlèvements, ils sont peu éduqués et les services sanitaires pouvant soigner leurs traumatismes et leurs maladies sont rares.
«Le problème auquel ils [les enfants de l’Acholiland] sont confrontés est très grave par rapport à celui auquel doivent faire face les autres enfants du pays. La plupart des personnes au nord vivent dans des camps de déplacés internes et elles n’ont pas accès à l’éducation socio-culturelle qu’offre la société», a souligné le docteur John Ntambi.
Contrairement à Pader, le district de Kitgum accueille plusieurs ONG qui offrent des services de conseil et de dépistage volontaire et des traitements pour les infections opportunistes, voire des médicaments ARV.
Le docteur John Ntambi a précisé que certains programmes de lutte contre le VIH/SIDA, dans le nord de l’Ouganda, commençaient à recevoir des fonds conséquents et que des efforts étaient entrepris afin d’améliorer l’accès au traitement.
Un nouveau programme d’urgence
Elizabeth Madraa, responsable du programme de contrôle du sida du ministère ougandais de la Santé, a reconnu les conséquences désastreuses de la guerre sur les infrastructures sanitaires dans le nord du pays.
Mais à la faveur de la paix relative qui s’instaure dans certaines régions, le gouvernement a démarré des programmes pour revitaliser le système de santé.
«Nous mettons en place un programme visant à proposer des soins complets au niveau des villages. Dernièrement, nous avons organisé une formation pour les infirmiers et les conseillers. D’importantes sommes d’argent ont été investies afin de réactiver ces services», a expliqué Mme Madraa.
Selon le docteur Sam Okwere, directeur des services médicaux auprès du ministère de la Santé, le nouveau programme d’urgence vise à élargir l’accès aux services sanitaires.
«D’ici les six prochains mois, nous voulons multiplier par deux les services médicaux dans la région», a-t-il expliqué, ajoutant que plusieurs organisations des Nations unies participent à ce programme, notamment le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap).
Un projet de 11,8 millions de dollars américains, coordonné par l’Unicef, prévoit d’élargir l’accès aux ARV, de faciliter l’accès aux moyens de prévention, en distribuant notamment des préservatifs, et de proposer des services de conseils aux personnes souffrant de traumatismes.
«D’ici mi-2006, nous voulons que des services soient disponibles dans tout le pays. D’ici la fin de l’année, nous voulons voir des résultats concrets», a conclu Shannon Strothen, de l’Unicef.
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