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L’accent mis par les USA sur l’abstinence freine la lutte contre le sida

[Uganda] Abstinence messages have replaced billboards promoting condom use along Kampala's streets. [Date picture taken: April 2006] Richard Lough/IRIN
The government maintains that its policy has never shifted from ABC
L’accent mis par les Etats-Unis sur la promotion de l’abstinence dans les pays bénéficiaires de leur aide contre le sida a réduit l’efficacité des programmes de lutte contre l’épidémie, selon un rapport américain. La loi autorisant la création du Plan d’urgence du président Bush contre le sida (Pepfar), votée en 2003, recommandait que 20 pour cent des fonds accordés dans le cadre de ce plan soient consacrés à la prévention. A partir de 2006, un tiers de ce budget prévention doit servir à promouvoir l’abstinence avant le mariage. Pour répondre à ces exigences, certains pays parmi les 15 bénéficiaires de l’aide américaine -- dont 12 en Afrique -- ont été contraints de réduire ou d’amputer d’autres programmes de lutte contre le sida, a révélé le rapport du ‘Government Accountability Office’ (GAO), l’organe du Congrès américain chargé de contrôler les dépenses de l’Etat. Dans certains pays, ce sont les programmes de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant (PTME) qui ont pâti de ces exigences, tandis que d’autres Etats, confrontés à une pénurie de préservatifs, n’ont pu réapprovisionner le marché local, ont constaté les auteurs du rapport publié mardi. «La loi de 2003 a permis d’augmenter de manière significative l’engagement des Etats-Unis dans la lutte contre le sida, mais répondre aux exigences de la loi a présenté des défis constants [pour les pays bénéficiaires]», a dit ce document d’une centaine de pages, qui ne cite jamais nommément les pays en question. «Ces restrictions peuvent limiter la capacité des pays à développer des programmes de prévention adaptés aux réalités locales», a-t-il poursuivi. Jodi Jacobson, directrice exécutive de l’ONG américaine Center for health and gender equity (CHANGE), dont la mission est de surveiller les effets des politiques internationales des Etats-Unis dans les domaines de la santé et du genre, a dit ne pas être surprise par les conclusions du rapport. «[Ce document] confirme ce que nous disons depuis plus de deux ans: ces restrictions requièrent que les programmes de prévention soient conçus de façon à être conforme à l’idéologie de l’administration Bush plutôt qu’à répondre aux réels besoins de prévention des populations et des individus les plus exposés au risque d’infection», a dit Mme Jacobson. Le modèle de prévention de l’infection au VIH par voie sexuelle le plus répandu dans le monde est celui dit du ‘ABC’ pour ‘Abstinence, fidélité ou préservatif’. Mais de nombreux activistes de la lutte contre le sida reprochent à l’administration américaine de mettre progressivement l’accent sur ‘AB’ -abstinence avant le mariage, puis fidélité- comme seul moyen de se protéger de l’infection par voie sexuelle, au détriment du ‘C’. Entre 2004 et 2006, le budget du Pepfar consacrée à la prévention du VIH/SIDA a augmenté de près de 55 pour cent, pour atteindre 322 millions de dollars, a noté le GAO. Parallèlement, la part de ce budget consacré à des programmes de prévention de la transmission du virus par voie sexuelle autre que l’abstinence a diminué: les crédits alloués aux programmes incluant la promotion du préservatif sont passés de 65,8 à 61,6 millions de dollars. Enfin, les fonds destinés à promouvoir la sécurisation des transfusions sanguines sont passés de 53,3 à 50 millions de dollars, tandis que ceux dédiés à la PTME ont à peine augmenté (de 66,3 à 67,5 millions de dollars), a précisé le rapport. Les recommandations de la loi n’avaient pas de caractère obligatoire avant 2006, mais le Bureau américain de coordination de la lutte contre le sida (OGAC, en anglais) créé en 2004 pour veiller au respect de la politique américaine dans ce domaine, a fortement incité les pays bénéficiaires du Pepfar à l’appliquer avant cette date, et même au-delà des restrictions de la loi, ont constaté les rapporteurs. Ils ont cité le cas de pays qui consacraient 37 pour cent de leur budget prévention à la seule promotion du modèle ‘AB’. Cependant, certains pays bénéficiaires avaient la possibilité de demander à être exempté des exigences de la loi, sous certaines conditions: en fonction du type d’épidémie –généralisée ou concentrée- auquel ils sont confrontés, ou encore du montant de l’aide américaine qu’ils reçoivent. Le rapport a ainsi cité l’exemple d’un pays ayant demandé –et obtenu- cette exemption, arguant que respecter les restrictions imposées par la loi l’aurait conduit à diviser par quatre son budget alloué à la PTME. Mais de manière générale, la plupart des pays bénéficiaires du Pepfar ont reconnu que répondre à ces exigences les avaient obligés à limiter leurs interventions dans d’autres domaines, comme la prévention de la transmission du virus par voie sexuelle parmi les groupes particulièrement exposés à l’infection, tels que les militaires, les travailleurs du sexe, les chauffeurs routiers ou encore les couples sérodiscordants. Interpellé à plusieurs reprises au cours des derniers mois sur les restrictions imposées aux pays bénéficiaires, le Pepfar s’est défendu de toute volonté idéologique. Ainsi, a plaidé un officiel américain cité par le rapport, les femmes n’ayant pas toujours la possibilité de négocier des relations sexuelles protégées, l’abstinence est le message le plus efficace pour prévenir l’infection, particulièrement chez les jeunes filles. Des arguments qui sont loin de faire l’unanimité. Réagissant à la publication du rapport, Barbara Lee, membre démocrate du Congrès américain qui a participé à la concrétisation du Pepfar, a regretté que l’administration Bush fasse de la lutte contre le sida «un instrument politique». «Nous devrions nous fonder sur des éléments scientifiques, pas idéologiques, pour combattre cette pandémie», a-t-elle déclaré dans un communiqué, affirmant qu’elle allait prochainement déposer une proposition de loi en ce sens.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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