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La circoncision et l’infection au VIH de nouveau en question

La circoncision masculine pourrait offrir une certaine protection contre l’infection au VIH mais elle ne suffirait pas à protéger l’homme et la femme, selon les résultats d’une nouvelle étude menée dans la capitale bissau-guinéenne. Cette étude, réalisée de mai 2004 à janvier 2006 sur 1 246 hommes circoncis et 89 non circoncis dans les quartiers de Bandim et de Belém à Bissau, a été menée par le docteur Zacarias José da Silva, médecin du Projet de Santé de Bandim. La différence numérique des deux échantillons reflète la proportion d’hommes circoncis ou non dans le pays. Sur les 1,5 millions d’habitants de Guinée-Bissau, 45 pour cent sont musulmans et adoptent la circoncision comme une pratique sacrée, tout comme les 50 pour cent d’animistes. Les cinq pour cent restants sont chrétiens. A l’issue de l’étude, le taux de séroprévalence des hommes circoncis était de six pour cent contre dix pour cent parmi les hommes non circoncis. Selon le programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida, la circoncision, qui consiste en l’ablation du prépuce, concerne 35 pour cent des hommes dans les pays en développement. L’opération est réalisée pour des motifs religieux, culturels ou médicaux. L’un des arguments avancés par les spécialistes pour expliquer l’intérêt potentiel de la circoncision face à l’infection au VIH est que certaines cellules du tissu interne du prépuce absorbent le VIH neuf fois plus que le tissu du col de l’utérus des femmes. De plus, la partie interne du prépuce possède une superficie muqueuse très fragile aux lésions et, de ce fait, très vulnérable aux infections sexuellement transmissibles et au VIH. Plusieurs études ont été menées ou sont toujours en cours dans plusieurs pays, notamment en Afrique, pour étudier le lien entre la circoncision et le risque d’infection par le virus. Les résultats préliminaires d’une étude menée en Ouganda depuis juillet 2005 sur 300 couples sérodiscordants ont révélé que, dans les couples où l’homme était circoncis, le taux de transmission du virus à la femme était de 30 pour cent inférieur à celui des couples où l’homme ne l’était pas. Une autre étude similaire a démarré en septembre 2005 au Kenya et doit durer deux ans. En Afrique du Sud, des essais réalisés entre 2002 et 2005 par l’Agence nationale française de recherche sur le sida (ANRS) sur 3 000 hommes séronégatifs âgés de 18 à 24 ans a également suggéré qu’il pourrait exister un lien entre la circoncision et la diminution du risque de contamination par le VIH. Ces premiers résultats ont été communiqués aux participants non circoncis de l’étude, qui a été interrompue afin de permettre à ces derniers de choisir s’ils voulaient se protéger ou non. Toutefois, les spécialistes et les chercheurs insistent sur le fait que la circoncision ne doit pas être présentée comme une panacée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs décidé d’attendre la fin de tous les essais en cours avant de se prononcer. Les experts estiment ainsi que recommander la circoncision comme moyen de protection revient à donner aux populations une perception erronée de sécurité, des interprétations hâtives et dangereuses qui ont été confirmées lors de la 13ème conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI), qui s’est tenue en février à Denver, aux Etat-Unis. Selon Thomas Quinn, chercheur à l’université John Hopkins de Baltimore, aux Etats-Unis, un sondage a montré que près d’un tiers des hommes circoncis pensaient pouvoir entretenir des relations sexuelles non protégées avec des partenaires multiples. Pour la majorité des Bissau-guinéens, la circoncision est une représentation fondamentale de la masculinité. «J’ai été circoncis quand j’avais sept ans et, si un jour j’ai des enfants, je les ferai également circoncire, vu que c’est seulement après la circoncision que l’on acquiert la maturité», a expliqué Infali Cassamá, étudiant musulman de 22 ans. Les femmes aussi apprécient la circoncision. Béatrice Cá, étudiante de 22 ans, animiste, a dit avoir entendu dire que les hommes circoncis présentaient moins de risques de contaminer les femmes avec le VIH. «Un homme circoncis est toujours propre, on n’a rien à craindre». Des études ont démontré que les partenaires d’hommes circoncis présentent moins de risques d’avoir un cancer du col de l’utérus ou des infections vaginales tandis que pour les hommes, la circoncision réduisait la probabilité de cancer du pénis et le risque d’infection par des IST. Outre le danger pour les hommes circoncis de se croire à l’abri de l’infection, la circoncision masculine peut également favoriser la transmission du VIH si les instruments utilisés ne sont pas stérilisés ou si elle est effectuée par du personnel non formé. L’infirmière Catarina Baió, du Centre Sida à Bissau, a expliqué à PlusNews que durant les campagnes de prévention, les personnes qui organisent les cérémonies de circoncision sont sensibilisées au fait de ne pas utiliser le même couteau ou la même lame pour plus d’une personne. Mais forte de son expérience de cinq ans dans le domaine du sida, l’infirmière Baió a dit souhaité la diffusion de messages de prudence, «pour ne pas induire les gens en erreur».

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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