Depuis lundi, les Etats africains s'attèlent à concrétiser le concept d'accès universel au traitement, à la prévention et au soutien des millions de personnes qui vivent avec le VIH sur le continent, en se donnant des objectifs précis et réalisables d'ici 2010.
«L'initiative [de] l'accès universel est une opportunité pour tous les Africains qui doit leur permettre de disposer d'un ‘package’ financièrement abordable [pour lutter contre la propagation du sida]», a rappelé lundi le docteur Luis Gomes Sambo, directeur du Bureau pour l’Afrique de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS/AFRO), lors de l’ouverture de la réunion de Brazzaville.
Organisée par l’Union africaine avec le soutien de l’OMS/AFRO et du Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida), cette rencontre réunit jusqu’à mercredi dans la capitale congolaise quelque 200 participants venus de tout le continent, représentant les gouvernements, les partenaires internationaux, et, dans une moindre mesure, les organisations non-gouvernementales et les personnes vivant avec le VIH.
L’ambition affichée par les organisateurs de la réunion est de discuter des stratégies à adopter pour réaliser cet objectif d’accès universel défini en 2000 par les Nations unies dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui, dans le cas de la lutte contre le sida, visent à stopper et inverser la tendance à la propagation du VIH d’ici à 2015.
Car en dépit de l’augmentation des financements internationaux alloués ces dernières années à la lutte contre le sida en Afrique subsaharienne, le continent le plus lourdement touché par l’épidémie, 3,2 millions de nouvelles infections au VIH et 2,4 millions de décès liés au sida y ont été enregistrés en 2005, ont rappelé les organisateurs de la rencontre de Brazzaville.
Par ailleurs, l’objectif du «3 fois 5», trois millions de personnes sous traitement antirétroviral (ARV) d’ici fin 2005, n’a pu être atteint : en décembre 2005, environ un million de personnes en attente de ces traitements en bénéficiaient dans les pays en développement.
Seule une personne infectée au VIH sur dix reçoit des ARV aujourd’hui en Afrique subsaharienne et une femme enceinte sur cinq a accès aux programmes de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant, alors que les femmes représentent les trois quarts des personnes infectées par le virus sur le continent dans la classe d’âge des 15-24 ans.
«Il faut reconnaître que la lutte contre le sida doit être différente aujourd’hui, le combat que nous avons mené et que nous menons n’a certainement pas produit les fruits qu’on escomptait», a reconnu le docteur Michel Sidibe, directeur de l’appui aux pays pour l’Onusida.
Les raisons de cet échec sont imputées à la pauvreté, à la fragilité des systèmes de santé, à la faiblesse des structures financières permettant d’absorber et d’utiliser les financements, ainsi qu’au manque de réel engagement politique des pays.
«Nous devons désormais prendre en ligne de compte les obstacles qui nous ont empêché d’atteindre les objectifs fixés antérieurement, pour ... définir un processus d’accélération à l’accès universel», a plaidé Bience Gawanas, commissaire aux Affaires sociales de l’Union africaine.
Pendant longtemps, la stratégie de lutte contre le sida préconisée à l’échelle internationale consistait à définir des politiques globales, puis à tenter de les appliquer dans les différents pays, une tendance qui a montré ses limites car elle s’est souvent révélée inadaptée aux réalités locales.
«La lutte contre le sida apparaît comme un simple slogan parce que les politiques adoptées ne reflètent nullement la réalité du terrain», a analysé le représentant d’une ONG tchadienne, qui a requis l’anonymat.
Pour parvenir à mettre en oeuvre cette stratégie de l’accès universel, il faut donc encourager les initiatives nationales et les harmoniser avec les politiques internationales car il n’est pas possible de développer une riposte isolée des stratégies mondiales, a estimé le docteur Sidibé.
Les acteurs locaux de la lutte contre le VIH insistent également sur la nécessité d’un plus grande engagement des Etats africains eux-mêmes, selon le docteur Mariam Djélo Barry, secrétaire exécutive du Comité national de lutte contre le sida en Guinée.
Cet avis est partagé par le docteur Manto Tshabalala-Msimang, ministre sud-africaine de la Santé. «Au cours de cette réunion, tous les pays, quelle que soit leur taille, doivent prendre l’engagement de mettre en oeuvre leurs propres moyens».
En 2001, à l’occasion d’un sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine consacré au VIH/SIDA à Abuja, au Nigeria, les dirigeants du continent s’étaient engagés à allouer 15 pour cent de leur budget annuel au secteur de la santé, afin de lutter contre le sida.
Cinq ans plus tard, selon un récent rapport de l’Union africaine, seul «un tiers des pays ont consacré 10 pour cent ou plus de leur budget national au secteur de la santé», le Botswana étant cité comme le seul pays à avoir respecté ses engagements, tandis que le Nigeria, le Burundi et l’Ethiopie figurent parmi les ‘plus mauvais élèves’, avec respectivement quatre, trois et deux pour cent.
Les organisateurs de la rencontre de Brazzaville ont donc invité les pays à profiter de cette réunion pour prendre des engagements politiques forts, à quelques semaines du sommet des chefs d’Etat sur le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme prévu à Abuja en mai, et de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies sur le VIH/SIDA, début juin.
Pour lire l’entretien avec Michel Sidibé de l’Onusida