Alors que l’industrie de la pêche en Afrique se trouve de plus en plus menacée par le VIH/SIDA, les efforts déployés pour s’attaquer à l’épidémie dans ce secteur restent largement insuffisants, s’alarment des professionnels de la pêche.
Stephen Hall, directeur du Centre mondial de la pêche (World Fish Centre), un centre technique et scientifique international basé en Malaisie, a prévenu que si les pays du continent voulaient que ce secteur continue à produire des bénéfices économiques, il fallait s’attaquer au VIH/SIDA.
«La situation maintenant c’est qu’à la fois les ressources et les personnes qui les fournissent sont en danger... et la situation empire», a-t-il dit cette semaine lors d’un atelier international organisé à Lusaka, la capitale zambienne, sur «le VIH/SIDA dans le secteur de la pêche en Afrique».
Une étude menée en 2004 dans une vingtaine de communautés vivant sur les rives de plusieurs lacs situés à la frontière congolaise et au bord du lac Victoria, qui s’étend sur les territoires ougandais, kenyan et tanzanien, en Afrique de l’Est, a montré que «24 pour cent des pêcheurs du lac Albert étaient séropositifs [en 2004], tandis que le taux de prévalence était seulement de quatre pour cent dans les villages agricoles des alentours».
D’après ce document citant des statistiques relevées avant 2002, les districts situés sur les rives du lac Victoria affichent les taux de prévalence les plus élevés d’Ouganda, où le sida reste la première cause de décès chez les hommes de 15 à 49 ans, selon les Nations unies, et où le secteur de la pêche emploie 700 000 des quelque 17 millions d’habitants.
L’industrie de la pêche en Ouganda représente 12 pour cent du produit intérieur brut (PIB) et un cinquième des exportations du pays, selon les statistiques du gouvernement.
Il est aujourd’hui reconnu que la forte mobilité et le style de vie risqué des pêcheurs a contribué à la hausse des taux de prévalence du VIH dans ce secteur.
D’après le docteur Janet Seeley, de l’université d’East Anglia dans l’est de l’Angleterre, les équipages de bateaux de pêche sont généralement constitués d’hommes jeunes, âgés de 15 à 35 ans, travaillant dans un environnement qui valorise la prise de risque.
Eloignés de chez eux pendant de longues périodes, avec un nombre limité de références familiales ou autoritaires, ils se sentent plus libres de s’engager dans des pratiques sexuelles à risque, a analysé le docteur Seeley.
Mais elle a tenu à préciser que les acteurs de la pêche n’avaient pas tous des comportements sexuels à risque. Elle a aussi mis en garde contre les stéréotypes visant les femmes qui travaillent dans cette industrie, regrettant que leur rôle important dans ce secteur soit parfois réduit à celui de «partenaires sexuelles».
Les relations sexuelles commerciales, cependant, sont une réalité, et dans les situations où les femmes sont en compétition pour les produits de la pêche –depuis la préparation des poissons jusqu’à la vente sur le marché local- le principe «poisson contre relations sexuelles» n’est pas inhabituel, a reconnu le World Fish Centre dans un document rendu public lors de la réunion de Lusaka.
En dépit des études soulignant l’urgence d’agir pour limiter la propagation du VIH dans le secteur halieutique, les personnes travaillant dans cette industrie continuent à être marginalisées et à avoir un accès aux services de santé et du VIH/SIDA très limité.
A Nouadhibou, par exemple, le principal port du nord de la Mauritanie, une grande majorité de marins – dont certains passent jusqu’à 45 jours en mer- n’est pas informée des modes de transmission du virus, selon les acteurs locaux de la lutte contre le sida.
Pourtant, à l’exception de quelques opérations de sensibilisation organisées dans les écoles de pêche, ces populations de marins ne sont pas ciblées par les campagnes de prévention de l’épidémie, ont poursuivi ces responsables associatifs.
Au Malawi, où le secteur de la pêche représente quatre pour cent du PIB et emploie plus de 300 000 personnes, le gouvernement commence timidement à essayer de freiner la propagation du VIH/SIDA.
«La communauté de la pêche a été exclue, il y a de nombreuses organisations travaillant dans la lutte contre le sida au Malawi mais malgré cela, il se passe toujours très peu de choses dans ce secteur», a dit à PlusNews Chikondi Pasani, coordinateur du programme de lutte contre le sida au département malawite de la pêche.
Selon M. Pasani, l’industrie de la pêche du pays commence à ressentir l’impact du VIH/SIDA.
L’épidémie a contribué à amener le secteur de la pêche à adopter des techniques de pêche efficaces à court terme mais qui ont finalement un impact très destructeur sur les ressources naturelles, a prévenu Seeley.
Parce que les pêcheurs sont devenus trop faibles pour aller pêcher en haute mer, de plus en plus de campagnes de pêche se déroulent en eaux peu profondes, où se reproduisent les poissons. L’impact d’une multiplication des campagnes de pêche dans ces zones pourrait donc être considérable à long terme, a-t-elle prévenu.
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