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Interdire les mariages homosexuels, un frein à la lutte contre le sida - activistes

Le projet de loi interdisant le mariage et toute forme de relations entre personnes du même sexe risque de nuire à la lutte contre le sida en marginalisant des populations vulnérables à l’infection au VIH, ont estimé des groupes de défense des droits de l’homme. En janvier, le gouvernement fédéral du Nigeria a présenté un projet de loi visant à interdire «les unions civiles, les mariages, les concubinages ou toute autre forme de relations entre personnes du même sexe». Le texte propose que les contrevenants soient passibles d’une peine de cinq ans d'emprisonnement. La loi, si elle est adoptée, reconnaîtra uniquement le mariage entre un homme et une femme, tel qu’il est défini par l’actuelle législation fédérale sur le mariage, la loi islamique et le droit coutumier. Le projet de loi a reçu le soutien de groupes chrétiens et musulmans qui condamnent l’homosexualité et les relations sexuelles entre personnes du même sexe, considérées comme des pratiques «déviantes» ou «contre nature». «Nous devons non seulement nous assurer que de telles pratiques ne sont pas permises dans notre pays mais également que notre peuple est protégé contre ces actes, car ils peuvent détruire l’homme créé à l’image de Dieu», a estimé le pasteur Ayo Oritsejafor, président de la communauté pentecôtiste du Nigeria. Ce projet de loi a en revanche provoqué un tollé parmi les organisations de défense des droits de l’homme et des homosexuels, qui estiment qu’une telle loi prive les populations de certaines libertés fondamentales. «Le Nigeria est signataire de nombreuses conventions internationales garantissant la liberté d’association», a expliqué Dare Odumoye de Alliance Rights Nigeria (ARN), une organisation de défense des droits des homosexuels qui revendique quelque 10 000 membres dans tout le pays. «C’est pourquoi ce projet de loi constitue, à nos yeux, une violation des droits fondamentaux de l'homme, y compris le droit à la santé qui pourrait être bafoué». En outre, a estimé M. Odumoye, ce texte pourrait contribuer à entraver les efforts déployés pour limiter la propagation de l’épidémie de sida au Nigeria, en marginalisant des populations reconnues comme particulièrement vulnérables à l’infection au VIH –les MSM (Men having sex with men, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes). Bien qu’il n’existe pas d’étude précise sur les taux de prévalence du VIH parmi les MSM au Nigeria, la Commission internationale des droits des gays et des lesbiennes, une organisation basée aux Etats-Unis, estime que les taux d’infection au VIH parmi ces groupes sont généralement quatre à cinq fois plus élevés qu’au sein du reste de la population. Or avec près de quatre millions de personnes vivant avec le virus, soit cinq pour cent de sa population, le Nigeria est le troisième pays au monde le plus lourdement touché par l’épidémie en nombre de personnes infectées, après l’Inde et l’Afrique du Sud. «La politique nationale en matière de lutte contre le VIH/SIDA reconnaît que les MSM sont un groupe à risques et en tant que tel, ils doivent être pris en compte afin de freiner la propagation du virus», a dit M. Odumoye. «Le gouvernement fédéral avait approuvé l’idée d'une étude comportementale des groupes à risques comme les MSM, alors comment peut-il maintenant initier une loi qui rend ce groupe illégal?» Deux MSM sur cinq sont des hommes mariés Une décision d’autant plus dangereuses, selon les défenseurs des droits de l’homme et des homosexuels, que la majorité des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes entretiennent également des relations sexuelles avec des femmes En raison de la stigmatisation liée à l’homosexualité et des risques encourus par les auteurs d’actes définis par la loi comme «contre nature» -la sodomie est passible de 14 ans d’emprisonnement, selon la loi fédérale, et de la peine de mort dans les 12 Etats du nord du pays régis par la Chariah, la loi islamique-, 40 pour cent des MSM au Nigeria sont des hommes mariés, selon l’ARN. Le risque d’infection au VIH des MSM doit donc être également considéré comme un risque de propagation du virus parmi le reste de la population, ont plaidé les activistes opposés au projet de loi. «Si le gouvernement adopte cette loi, les MSM se cacheront et personne ne sera arrêté. Cela n'aidera en aucun cas les campagnes visant à contrôler la propagation du virus», a déploré M. Odumoye. M. Odumoye a dit regretter d’autant plus la décision du gouvernement que ce dernier avait réaffirmé en décembre dernier, lors de la Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles (Cisma) à Abuja, la capitale, la nécessité de renforcer ses efforts de lutte contre l’épidémie au sein des groupes dits vulnérables à l’infection, parmi lesquels les MSM. Mais pour les défenseurs de la loi, interdire toute relation entre personnes du même sexe est avant tout une question de défense de valeurs morales. Pour justifier la proposition de loi du gouvernement, le ministre nigérian de l’Information, Frank Nweke, a évoqué la volonté d’éviter que la tendance mondiale en faveur de la légalisation des mariages entre personnes du même sexe n’atteigne le Nigeria. Un avis que partage le pasteur Oritsejafor. «Pendant trop longtemps, nous avons regardé les cultures occidentales désacraliser nos valeurs sans rien pouvoir faire. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser la situation dégénérer et autoriser les mariages entre personnes de même sexe, rien ne peut justifier une telle pratique», a-t-il dit. Des propos que Leo Igwe, secrétaire exécutif du Mouvement humaniste nigérian, a déploré, regrettant que l’homosexualité soit présentée comme contraire aux coutumes africaines et attribuant le débat controversé sur les droits des homosexuels à ‘l’ignorance, aux a priori et au fanatisme religieux’. «Ce qui est contraire aux moeurs africaines, ce n’est pas l’homosexualité, c’est l’homophobie», a-t-il affirmé. Aucune date n’a été fixée pour l’instant pour l’examen et le vote de ce projet de loi.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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