DAKAR
La cellule familiale et la communauté ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre la propagation du VIH/SIDA sur le continent africain, ont estimé mercredi les représentants de la prochaine conférence mondiale sur le sida en Afrique.
«Nous croyons que la solution à la prévention, à la prise en charge et au soutien [des personnes vivant avec le virus] se trouve au sein du modèle traditionnel de la famille africaine, qui constitue le ciment de [notre] société», a dit le professeur Femi Soyinka, président de la Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique, la CISMA, plus connue sous son sigle anglais, ICASA.
Le professeur Soyinka s’exprimait lors d’une conférence de presse organisée dans la capitale sénégalaise afin de préparer la 14ème ICASA, qui se tiendra du 4 au 9 décembre à Abuja, la capitale du Nigeria, sur le thème «Famille et VIH/SIDA».
Etablie en 1986 par un groupe de scientifiques africains, ICASA a été créée pour fournir une plateforme de discussion à tous les activistes de la lutte contre la pandémie en Afrique.
Ce forum se tient chaque deux ans dans un pays africain, avec le soutien de partenaires internationaux tels que le programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida. La précédente édition d’ICASA s’était tenue en septembre 2003 à Nairobi, au Kenya, et avait rassemblé plus de 7 000 participants du monde entier.
«La majorité de nos populations attend que la solution vienne ‘d’en haut’, mais elle n’a pas conscience du rôle qu’elle peut jouer à la base de la société», a dit M. Soyinka à PlusNews.
Il faut donc «changer de stratégie» et aller à la rencontre des familles et des communautés pour éduquer les populations et limiter les effets dévastateurs de l’épidémie sur la structure traditionnelle de la société, a-t-il estimé.
«Jeter un enfant à la rue [parce qu’il est séropositif] n’est pas ‘africain’, et pourtant la stigmatisation liée au virus ainsi que le poids économique [de la prise en charge d’une personne infectée] a mené des familles à le faire», a rappelé le professeur Soyinka.
«Nous n’avons pas assez utilisé jusqu’à maintenant notre propre système de valeurs, de solidarité, de soins, pour lutter contre le sida», a-t-il estimé.
Selon lui, les communautés connaissent leur environnement et leurs contraintes culturelles et économiques.
«Il ne sert à rien de dire à un patient de prendre ses médicaments avec un verre d’eau si on ne réalise pas que dans la plupart des villages il n’y a pas d’eau potable et qu’avant de boire l’eau, il faut la faire bouillir», a dit Femi Soyinka. «En étant dans le village, on voit comment faire avec les moyens disponibles».
Il n’y a pas de traitement contre le sida, a-t-il martelé, mais «de nombreux guérisseurs traditionnels, par exemple, connaissent les moyens de soulager la fièvre, la diarrhée ou la toux, associés au virus».
Les dirigeants politiques et religieux ont un rôle à jouer pour donner aux communautés les moyens d’agir, d’où l’organisation cette année, pour la première fois depuis la création d’ICASA, d’un «forum des leaders» pendant la conférence.
«Nous [les Africains] ne nous sommes pas suffisamment impliqués dans la réponse à l’épidémie», a estimé M. Soyinka.
«L’engagement doit se traduire par des actes, on donne l’occasion aux dirigeants de venir rencontrer les personnes ‘de la base’ impliquées dans la lutte contre le sida, en fait, quelque chose que certains d’entre eux ont négligé jusqu’à maintenant», a précisé le président d’ICASA.
Enfin, a dit M. Soyinka, à travers ICASA, «nous voulons reconnaître le rôle central que joue traditionnellement la famille en Afrique pour soutenir et prendre soin de ses membres».
«Nous voulons [que cette conférence] ait un impact sur la famille africaine. Nous espérons des retombées et des changements concrets à ce niveau», a-t-il conclu.
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