ABUJA
Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme doit faire face à deux défis : lever suffisamment de fonds pour couvrir les besoins des personnes vivant avec le VIH et s’assurer que l’argent disponible est correctement utilisé.
Plus de 60 pour cent des subventions accordées par le Fonds mondial concernent le continent africain ; elles sont décidées sur la base des propositions faites par les mécanismes nationaux de coordination (ou Country Coordinating Mechanisms, CCMs, en anglais).
A la fin du mois de septembre 2005, le Fonds mondial aura approuvé plus de 1,4 millions de dollars américains de subventions pour l’Afrique de l’ouest et du centre, selon les responsables de l’organisme de financement. Pourtant, seulement 220 millions de dollars ont été déboursés jusqu’à présent.
Une des difficultés réside en effet à contrôler le déroulement des programmes sur le terrain tout en assurant un décaissement rapide des fonds afin de ne pas pénaliser les populations vulnérables.
“Maintenir un équilibre raisonnable est un vrai défi”, a dit Mabingue Ngom, responsable de l’Afrique de l’ouest et du centre au Fonds mondial à Genève.
Lors d’une rencontre entre le Fonds et les CCM des pays anglophones d’Afrique de l’Ouest, la semaine dernière à Abuja, la capitale du Nigeria, M. Ngom, plutôt franc, a prévenu que les résultats obtenus par les CCM étaient ‘mitigés’.
La rencontre de trois jours, qui a réuni huit pays d’Afrique de l’ouest et du centre (Nigeria, Ghana, Liberia, Sierra-Leone, Gambie, Cameroun, Sao Tome et Principe et Guinée Equatoriale), était censée aider les CCM à améliorer leurs compétences et à accélérer l’exécution des programmes subventionnés par le Fonds.
Le Fonds mondial, qui est uniquement un mécanisme de financement, utilise un système d’évaluation des performances pour gérer ses ressources et récompenser les CCM les plus compétents.
Bien que les plans d’actions soient approuvés pour cinq ans, ils sont sujets à évaluation deux ans après leur mise en place : ceux qui n’ont pas exécuté leur programme correctement ne sont pas qualifiés pour la deuxième phase de financement.
Les CCM seront sanctionnés, mais aussi davantage soutenus
A l’occasion de la réunion d’Abuja, M. Ngom a annoncé que le prolongement des financements dans le cadre de la phase 2 “sera impossible dans certains cas”. Il n’a toutefois pas précisé de quels pays il s’agissait.
Afin d’aider les CCM à répondre aux exigences de performance du Fonds mondial, un ‘système d’alerte et de réponse rapide’ (EARS en anglais, pour ‘Early Alert and Response System’) vient d’être mis en place, qui permettra d’identifier et de résoudre le plus rapidement possible les anomalies constatées dans la gestion ou l’utilisation des fonds.
Une première liste de pays est en train d’être complétée, a dit M. Ngom.
“Nous nous engageons à maintenir la maison en ordre, c’est une priorité lors de chaque rencontre des CCM, de l’Afrique à l’Asie”, a dit Doris D’Cruz, consultante pour le Fonds mondial. “Une fois que les CCM ont mis en place les structures institutionnelles et les capacités nécessaires, ils commencent à travailler.”
Les CCM se sont créés en urgence quand le Fonds mondial, qui n’avait alors que quelques mois d’existence, a ouvert un premier appel d’offres en 2002. Ils sont alors nés en milieu urbain, avec des structures gouvernementales sur-représentées et sans que les rôles et les responsabilités aient été bien compris par les membres.
Le Fonds a essayé d’améliorer la gestion des ressources et la transparence des décisions via une série de directives censées éviter les conflits d’intérêt – comme la séparation qui doit nécessairement exister entre le responsable du CCM et le principal bénéficiaire des fonds.
La participation des organisations non-gouvernementales est également essentielle afin de renforcer l’exécution des programmes, selon le Fonds, qui insiste sur le fait que leurs représentants doivent être choisis par la société civile et non pas désignés par les CCM.
Le Fonds encourage aussi la venue des personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Néanmoins, les conditions imposées par l’institution internationale, ainsi que ses procédures opérationnelles, ont pu intimider les membres des CCM, généralement sous-financés, sans grandes capacités pour les tâches administratives ni expérience dans la gestion de l’offre et des équipements.
“Nous aimerions que les choses soient un peu plus faciles – moins de bureaucratie, moins de paperasserie”, a dit à PlusNews le ministre libérien de la Santé, Peter Coleman. “Etre flexible ne signifie pas qu’il faille faire des compromis avec les notions de transparence et de responsabilité.”
Il a reconnu que les “choses avaient changé [au cours des trois dernières années] depuis le temps où le Fonds était très, très dogmatique jusqu’à maintenant, où il est un petit peu plus flexible”, mais il a insisté sur le fait que le but était avant tout de s’attaquer aux trois épidémies responsables de la majorité des décès dans la région.
Compte tenu des responsabilités auxquelles ils doivent faire face, des délégués ont mentionné, à Abuja, le manque de ressources des CCM, souvent incapables de remplir ce rôle de surveillance des épidémies.
Le Fond a reconnu que l’aide dont pourraient bénéficier les CCM dans leur pays respectif n’était pas toujours au rendez-vous, et son secrétariat envisage désormais un soutien financier pour ces structures-clé.
Mais Mme D’Cruz a insisté, cela n’est pas destiné à l’achat de véhicules tout-terrain ni à agrandir les bureaux.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions