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Le théâtre de rue, une nouvelle arme pour lutter contre le VIH/SIDA

[South Africa] National AIDS rogramme, South Africa. UNAIDS
South Africa has one of the highest rates of HIV infection
A l’heure de pointe, des centaines de banlieusards affluent sur le pont qui mène à la station de métro de Oakmoor pour rentrer à Tembisa, dans la banlieue de Johannesbourg. Soudain des éclats de voix se font entendre et l’éventualité d’une bagarre imminente détournent plusieurs personnes de leur chemin. Un cercle se forme autour du drame qui est en train de se jouer, dans lequel un mari accuse sa femme d’avoir une aventure avec l’un de ses collègues parce qu’il les a vus descendre ensemble du train. Bousculé par le collègue en question, le mari hurle qu’il sait que ses soupçons sont fondés parce que la nuit précédente, sa femme lui a demandé d’utiliser un préservatif. Menaçant, il s’avance vers sa femme mais l’ami de cette dernière s’interpose. Les deux hommes commencent à s’empoigner et à échanger des insultes. Parmi les badauds, certains rient nerveusement, d’autres marmonnent leur désapprobation, mais personne ne bouge. Finalement, des chauffeurs de taxi interviennent pour mettre fin à la dispute et disperser la foule. La scène était jouée par des acteurs du groupe de la chaîne de la jeunesse, YCG, une organisation non-gouvernementale (ONG) basée à Tembisa, et qui utilise le théâtre de rue, ou ‘d’embuscade’, pour éduquer les communautés locales sur le VIH/SIDA, la violence conjugale et l’égalité des sexes. “Cette fois-ci ça s’est bien passé, sauf que nous n’avons pas eu le temps de distribuer les préservatifs”, a commenté Nkosana Dlwati, qui, à 20 ans, est le directeur du groupe. “Personne n’a essayé d’intervenir, ce qui montre tout simplement à quel point la violence est banale ici”, a ajouté Themba Skosana, coordinateur de YCG. Après cette première performance, la troupe d’acteurs et de médiateurs descend la rue et recommence à jouer la même scène devant un foyer de travailleurs, uniquement des hommes. Ils parviennent cette fois-ci à geler l’action en cours pour révéler que la dispute est fictive. Parmi les badauds, certains, déçus, s’en vont, mais d’autres s’attardent pour discuter avec le groupe YCG. Ils acceptent les préservatifs qu’on leur tend gratuitement. Skosana demande à certains d’entre eux comment ils réagiraient si leur femme leur demandait d’utiliser un préservatif. “Je penserais qu’elle a une maladie”, répond l’un d’entre eux. “Je ne peux pas satisfaire ma femme si je porte un préservatif”, dit un autre. Interrogés pour savoir si la scène a eu un impact sur eux, un homme répond: “Ca m’a informé et ça m’a fait réfléchir”. Dan Sebetha, le fondateur de YCG, a créé le groupe en 1996 avec l’idée d’utiliser ses compétences d’acteur acquises à l’école pour combattre le crime. Le thème a ensuite évolué vers la lutte contre le VIH/SIDA. Suite à un partenariat établi avec l’ONG internationale ‘Engender Health’ en 2001, les questions d’égalité des sexes ont été intégrées dans les campagnes de sensibilisation de l’ONG. Sebetha a eu l’idée d’utiliser le théâtre comme outil pédagogique après avoir constaté à quel point les prédicateurs réussissaient à capter et à conserver l’attention des passagers des trains sur les trajets longues distances. “Après avoir vu ces prédicateurs dans les trains, on a voulu les imiter... et croyez-moi, ça marche”, a-t-il dit. George Chauke, l’actuel directeur de YCG, a reconnu que la méthode pouvait être un outil très efficace. “Quand on envahit la rue avec ce genre d’embuscade, on retient l’attention des gens”, a-t-il constaté. YCG est constitué d’un noyau dur de 13 membres mais il recrute d’autres acteurs, danseurs, poètes et rappeurs, en majorité des jeunes issus des écoles locales. Les 10 à 20 minutes que dure la pièce se fondent généralement sur un scénario de base assez simple, dont le seul impératif est de garantir la sécurité des acteurs. Ces derniers ont ensuite recours à l’improvisation, en fonction des réactions du public, l’imprévisibilité étant la nature-même du ‘théâtre d’embuscade’. “Parfois le public dit ‘non ce n’est pas comme ça’ et il intervient dans la dispute pour montrer comment il voit les choses”, a expliqué Chauke. “Cest une manière de provoquer les gens et de les amener à se poser des questions”. Le groupe a reçu une formation, au cours d’ateliers ‘Les hommes comme partenaires’ (MAP), organisés par Engender Health, dont le but est de montrer en quoi les stéréotypes et les inégalités entre les sexes peuvent mener à des relations malsaines, à la violence conjugale et au VIH/SIDA. “Je n’avais pas beaucoup d’estime pour moi-même, pas beaucoup de confiance en moi non plus”, a raconté Themba Skosana, qui a abandonné l’école en 2003. “Mais j’ai vu à quel point les médiateurs du MAP étaient positifs et confiants. Maintenant je défends l’égalité des sexes et j’aide toujours [ma mère] à la maison”. Sebatha a décrit la formation de MAP comme un élément qui a changé sa vie. “J’étais injurieux avant, mais après avoir assisté à ces ateliers j’ai réalisé à quel point j’avais tort”. YCG joue des scènes de ‘théâtre embuscade’ partout où il est possible de rassembler de larges foules : les stations de métro aux heures de pointe, les files d’attente de taxi ou les foyers de travailleurs, avec l’ambition d’investir prochainement les shebeens, des débits de boissons. Des partenariats établis récemment avec le réseau MAP d’Engender Health ont ouvert la voie à ‘l’exportation’ de ce type d’animations originales hors des banlieues.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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