Cette approche pourrait permettre de travailler plus efficacement. « Confier aux organisations humanitaires la tâche de dispenser les traitements peut ne pas être une stratégie durable à long terme. En effet, que se passera-t-il lorsque le financement... [de] l’organisation humanitaire ... qui fournit le traitement sera interrompu ? » s’est interrogé Jamal Mohammed, responsable régional de la Corne de l’Afrique au sein d’Oxfam International, une organisation humanitaire basée au Royaume-Uni.
Selon les participants de la conférence, bien que les ONG et d’autres acteurs du secteur privé fassent un travail admirable, ils devraient laisser aux gouvernements le soin de dispenser les traitements et se concentrer sur d’autres aspects des soins associés au VIH/SIDA, tels que le renforcement de la sensibilisation, le dépistage et les services de soutien psychosocial.
Les participants ont par ailleurs suggéré que les ONG allouent une partie de leurs ressources à l’amélioration des établissements de santé publics, afin de leur permettre de dispenser des traitements, tandis que les gouvernements devraient former davantage de personnel et augmenter les salaires afin de retenir le personnel dans le système de santé publique.
Des systèmes parallèles qui mettent à mal les soins médicaux publics
« Lorsque vous créez des systèmes de traitement parallèles – l’un dirigé par des ONG, l’autre par les gouvernements – cela signifie, dans la plupart des cas, que les ONG débauchent le personnel le plus qualifié des institutions publiques, car elles sont en mesure de leur offrir des salaires plus élevés ; par conséquent, les institutions gouvernementales restent en sous effectif », a indiqué Ruth Masha, coordinatrice nationale de la lutte contre le VIH/SIDA au sein d’ActionAid Kenya, une ONG qui lutte contre la pauvreté.
En Inde et en Éthiopie, le gouvernement fournit essentiellement les traitements, et laisse les ONG prendre en charge les autres aspects de la gestion du VIH. « En Éthiopie, par exemple, les ONG peuvent effectuer des tests de dépistage et orienter les patients, mais l’administration des ARV [antirétroviraux] incombe exclusivement au gouvernement ; ce système fonctionne bien pour eux », a commenté M. Mohammed, d’Oxfam.
Selon Alex Mito, travailleur de la santé à l’échelle communautaire et originaire du Kenya, la plupart des patients atteints du VIH/SIDA dans les régions rurales de l’ouest kenyan préfèrent obtenir leurs ARV auprès d’établissements de santé dirigés par des ONG, du fait des avantages complémentaires dont ils bénéficient.
« Certaines ONG fournissent des rations alimentaires, et parfois même une aide financière aux personnes qui suivent leurs programmes thérapeutiques, ce qui n’est généralement pas le cas dans les établissements publics », a-t-il précisé.
Investir dans la santé publique
Pour qu’un tel système fonctionne de manière efficace, les gouvernements africains devront revoir leurs systèmes d’approvisionnement en médicaments afin de limiter les ruptures de stocks et autres problèmes liés à l’approvisionnement. Au Kenya et en Ouganda, par exemple, le manque d’efficacité a entravé la fourniture de médicaments indispensables aux patients atteints du VIH et de la tuberculose, ce qui s’est traduit par des pénuries dans les établissements de santé publics.
Des investissements accrus dans le système de santé publique sont essentiels pour garantir l’expansion réussie du traitement antirétroviral en Afrique, ont affirmé des orateurs, un objectif qui pourrait être concrétisé si les gouvernements respectaient leur engagement de 2001, à savoir allouer au minimum 15 pour cent du budget national à la santé.
D’après le Réseau régional sur l’équité sanitaire en Afrique australe (EQUINET), un réseau d’organismes de recherches, d’organismes de la société civile et du secteur de la santé, les pays africains concentrent moins d’un pour cent des dépenses consacrées à la santé dans le monde, alors qu’ils représentent 25 pour cent de la charge de morbidité mondiale.
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