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Pourquoi inclure le VIH dans la réponse humanitaire

Lorsque survient une catastrophe naturelle, un conflit ou une crise majeure dans un pays, les acteurs humanitaires ne pensent pas toujours au VIH comme une priorité à intégrer dans leur réponse d’urgence. Pourtant cette omission peut coûter cher en vies humaines, même dans les pays à faible prévalence, ont plaidé des intervenants à un atelier sur le VIH en situation humanitaire.



Qu’il s’agisse des ouragans et explosions de violence qui ont frappé Haïti au cours des dernières années, du cyclone au Myanmar en 2008, de la crise post-électorale au Kenya cette même année, ou encore de l’insécurité chronique au Tchad, au Soudan ou en République démocratique du Congo, le constat en termes de risque VIH est toujours le même : ces situations aggravent la vulnérabilité des personnes déjà infectées ou affectées par l’épidémie, et augmentent le risque d’exposition des populations à l’infection, a-t-il été rappelé lors de cet atelier organisé par les Nations Unies sous l'égide du Programme des Nations Unies pour le développement les 20 et 21 avril à Dakar, au Sénégal.



Dans le cas des personnes déjà infectées, si une réponse adaptée à leurs besoins n’a pas été planifiée à l’avance dans les zones confrontées à une situation humanitaire, les conséquences peuvent être fatales, notamment pour celles qui suivent un traitement antirétroviral (ARV) a souligné le docteur Ahmed Zouiten, chargé du VIH en situation humanitaire auprès de l’Organisation mondiale de la santé, et modérateur de l’atelier.



L’exemple de la crise alimentaire au Niger en 2005 a été mentionné. « Certains enfants [séropositifs] déjà sous ARV [dans leur zone d’origine] ont été déplacés vers des centres nutritionnels », a noté M. Zouiten : la mise à disposition de médicaments n’ayant pas été prévue dans la réponse d’urgence au niveau de ces centres, bon nombre de ces enfants ont arrêté leur traitement pour une durée allant jusqu'à quelques semaines.



Or, une fois commencé, un traitement ARV ne peut être interrompu sous peine de mettre la vie du patient en danger ou de lui faire développer des résistances, qui nécessitent le recours à des médicaments plus rares et plus coûteux. Même si le taux de séroprévalence au Niger est relativement faible, en n’intégrant pas le VIH dans la réponse humanitaire, « quels problèmes a-t-on induit ? », a demandé M. Zouiten.



Même lorsque le VIH est pris en compte au moment de la réponse d’urgence, l’absence de planification en amont, entre autres en matière de formation des personnels humanitaires, peut anéantir les efforts déployés pour continuer à offrir un soutien aux personnes infectées. Le cas de camps de déplacés où, croyant bien faire, des personnels avaient créé une file spéciale pour la distribution de vivres aux personnes vivant avec le VIH, a été cité : par peur de la stigmatisation, les patients ne sont pas venus chercher leurs rations alimentaires. « L’action était là, mais pas la planification, il n’y a donc pas eu de résultats », a dit M. Zouiten.



Quand le VIH est pris en compte









« ...L’action était là, mais pas la planification, il n’y a donc pas eu de résultats... »

A l’inverse, lorsque les acteurs de la lutte contre le sida sont bien structurés et que le VIH a été pris en compte à l’avance et inclus dans les plans de contingence, la situation est beaucoup moins difficile à gérer, même en cas de crise majeure, ont souligné plusieurs intervenants.



Le cas du Kenya a été cité lors de cet atelier, qui réunissait des spécialistes de l’urgence et du VIH issus d’agences des Nations Unies et d’organisations internationales. Les violences qui ont suivi l’élection présidentielle fin 2007 dans ce pays d’Afrique de l’Est ont forcé un demi million de personnes à fuir, parmi lesquelles des milliers de patients infectés au VIH.



Conscients de l’effet potentiellement déstabilisateur du scrutin, de nombreux acteurs humanitaires avaient établi des plans de contingence, qui intégraient le VIH, dans un pays où 7,4 pour cent de la population adulte vit avec le virus.



Bon nombre de patients sous traitement ARV ont reçu avant les élections un stock de deux mois à trois mois de médicaments, contre un mois en temps normal. La carte sanitaire ayant été mise à jour, les patients ont par ailleurs été informés de la localisation des différents centres de traitement sur le territoire, tandis que des organisations ont distribué à leurs patients des recharges téléphoniques pour faciliter les contacts en cas de troubles, a noté M. Zouiten.



Lorsque les violences ont explosé, différents systèmes, prévus par les acteurs humanitaires dans leurs plans de contingences, ont été activés : une antenne radio a été ouverte pour diffuser les informations aux patients, des cliniques mobiles ont été mises en place dans les régions où les centres de traitements étaient devenus inaccessibles. De même, des poches de sang sécurisé ont été transportées par voie aérienne dans les zones où les blessés affluaient.



Bien que l’ampleur de la crise ait largement dépassé les prévisions établies par les acteurs humanitaires, cette préparation en amont a permis de limiter l’impact de la crise sur des populations aussi vulnérables que les personnes vivant avec le VIH : dans la région d'Eldoret, dans l'ouest du pays, seuls sept pour cent des patients sous ARV ont connu une interruption de traitement d’une durée de deux à trois mois, selon M. Zouiten.



L’atelier de Dakar a été l’occasion pour le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) et le Programme commun des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA) de présenter aux participants les outils, approches et ressources mis à la disposition des acteurs humanitaires pour leur permettre d’intégrer le VIH dans leurs interventions, à la fois dans les phases immédiates, puis de transition et de relèvement, comme détaillé dans les Directives concernant les interventions relatives au VIH/SIDA dans les situation d’urgences, élaborées par le Comité permanent inter-organisations (IASC). 



Les intervenants ont invité les participants à davantage « penser VIH » dans leurs interventions humanitaires. « Un accident d’exposition [au VIH] par le sang ou la violence ne peut attendre. Ne pas assister une personne [séropositive] à continuer son traitement durant une situation de crise peut représenter une violation des droits [humains] », a dit M. Zouiten. « Les acteurs humanitaires pensent à sauver des vies. [Inclure le VIH dans les interventions d’urgence] sauve des vies ». 



ail/

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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