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Comment améliorer une des « pires formes de travail »

Au Togo, une agence d’emploi du secteur privé qui forme, place et défend les travailleurs domestiques a fait savoir qu’elle tentait d’améliorer les conditions de travail notoirement abusives des employés de maison.



En octobre 2007, le gouvernement togolais a classé le travail domestique parmi les pires formes de travail et interdit aux moins de 18 ans de travailler comme employés de maison.



Sylvestre Assiah, le fondateur de l’agence d’emploi, a expliqué à IRIN que davantage de familles cherchaient des travailleurs domestiques à Lomé, la capitale, et qu’il devenait donc de plus en plus essentiel de réguler ce système informel, fondé sur les recommandations des familles.



« Les femmes sont plus nombreuses à rejoindre leurs maris en travaillant hors du foyer, et elles ont besoin d’aide pour faire le ménage et s’occuper des enfants. Les filles des villages, venues en ville pour chercher du travail, ne manquent pas. Mais il n’y avait pas auparavant de manière sûre de mettre en contact l’employeur et l’employée, c’est pourquoi le travail domestique était si dangereux. Personne ne s’occupait des travailleurs ».



Il y a dix ans, M. Assiah a ouvert son agence de placement pour les travailleurs domestiques, un bureau à peine assez grand pour y disposer un secrétaire, un ventilateur et trois chaises, et dont l’enseigne porte le nom « Agence Welcome ».



Exploitation



De nombreux parents originaires de la campagne envoient leurs enfants vivre chez des membres de leurs familles qui habitent en ville et aideront leur progéniture à aller à l’école et à trouver du travail, un système connu dans le pays sous le nom de « confiage » (du verbe confier).



En contrepartie, les enfants se chargent des corvées domestiques, sans rémunération aucune. Mais selon Phillipe Kodko Yodo, directeur de la branche togolaise de l’organisation non-gouvernementale (ONG) CARE International, cette vieille tradition donne parfois lieu à des abus : « Nous avons découvert des cas d’enfants séparés de leurs familles qui travaillaient comme aides domestiques non rémunérés dans des conditions semblables à l’esclavage, victimes de coups, de viols et de privations ».



Selon les estimations de CARE, 60 000 familles font appel aux services de travailleurs domestiques à Lomé et aux alentours. D’après les études menées en 2005, CARE a estimé que pas moins de 400 000 filles, jeunes pour la plupart, étaient victimes d’exploitation par le travail domestique, chaque année au Togo.



A en croire Human Rights Watch, les agents de recrutement seraient eux-mêmes impliqués dans l’exploitation et le trafic des jeunes filles. Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail des enfants dans le monde, les filles de moins de 16 ans sont plus nombreuses à travailler dans le service domestique que dans tout autre domaine d’activité.



Mais M. Assiah, agent de recrutement, a expliqué à IRIN que son agence de placement pour travailleurs domestiques visait à aider ces derniers. « Personne n’est responsable lorsqu’un travailleur est envoyé par la famille ...Notre agence rend des visites mensuelles pour s’assurer que tout va bien et pour intervenir en cas de problème ».



Pour être placés, les clients de l’Agence Welcome, des femmes pour la plupart, signent un contrat d’un an et suivent trois jours de formation professionnelle ; cette formation comprend un bref programme d’alphabétisation, une majorité d’entre eux n’ayant pas été formellement instruits, un débat sur les droits et les devoirs des travailleurs domestiques et une présentation sur l’épargne. En échange, les clients se voient garantir un salaire minimum, deux jours de congé par mois, et une visite de suivi de l’agence sur leur lieu de travail, une fois par mois. 









« ...J’entends encore que certaines de mes sœurs [les travailleuses domestiques] ne dorment que quelques heures par nuit, ne sont ni payées, ni nourries régulièrement, et subissent des sévices sexuels... »

A la question « pourquoi les familles paieraient-elles une commission de 10 dollars par travailleur domestique, 24 dollars de frais annuels et au moins 20 dollars par mois au travailleur quand elles peuvent obtenir les mêmes services gratuitement par l’intermédiaire des membres de leurs familles qui vivent dans les villages ? », M. Assiah a répondu : « Personne n’est responsable quand un travailleur est envoyé par la famille, et les familles doivent attendre qu’un [travailleur] arrive du village ; or, les arrivées sont sporadiques. Notre agence rend des visites mensuelles pour s’assurer que tout va bien et pour intervenir en cas de problème ».



Avec le soutien de CARE, l’agence a amélioré le processus d’inscription pour mieux assurer le suivi des travailleurs. Elle offre désormais une formation de trois jours. L’agence a également créé un syndicat de travailleurs domestiques en juin 2007, qui a élu Clarisse Bilai, une travailleuse de 29 ans, comme première secrétaire générale.



L’adhésion est gratuite et automatique pour les personnes placées par l’agence.



Mme Bilai a indiqué à IRIN que les autres membres du syndicat et elle-même signalaient à l’agence les cas de maltraitances dont ils avaient vent, même au sein de familles ne comptant pas parmi les clients de l’agence.



En 2008, selon M. Assiah, le directeur de l’agence, sept de ses travailleurs ont déclaré avoir été victimes de maltraitances, notamment de viols, infligées par leurs employeurs. L’agence leur a trouvé d’autres employeurs. En outre, grâce à l’assistance téléphonique de l’agence et aux recommandations de la communauté et du syndicat, l’agence a dit avoir aidé plus de 70 travailleurs non-affiliés à celle-ci à quitter des foyers violents.



Mais pour Mme Bilai, représentante du syndicat, il reste beaucoup à faire :

« J’entends encore que certaines de mes sœurs [les travailleuses domestiques] ne dorment que quelques heures par nuit, ne sont ni payées, ni nourries régulièrement, et subissent des sévices sexuels. Les gens nous mentent en nous disant qu’ils nous paieront à la fin de notre contrat, et puis ils refusent ».



M. Assiah, le directeur de l’agence, a indiqué à IRIN qu’il recevait plus de deux fois plus de demandes de la part de familles souhaitant engager des travailleurs domestiques qu’il n’avait d’employés disponibles. En 2008, l’agence a dit avoir placé 680 travailleurs dans 500 foyers.



Les foyers attendent en moyenne trois mois pour obtenir un travailleur.



« En raison des nombreux cas de maltraitances signalés par les travailleurs domestiques, un phénomène encore d’actualité, malheureusement », a expliqué M. Assiah, « il est difficile de convaincre les recrues que cela peut être un moyen viable, digne et noble de sortir de la pauvreté ».



pt/np

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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