Les personnes qui vivent et circulent le long de l’axe routier entre la Côte d’Ivoire et le Nigeria ont de moins en moins le choix : avec les messages de sensibilisation sur le VIH/SIDA largement diffusés via les médias ou lors d’événements ponctuels, ignorer le risque VIH et les moyens de s’en protéger devient un défi presque impossible à relever.
« Il y a quelques années, je n’aurais jamais pu penser qu’il était si facile de se faire dépister [pour le VIH], tant il est difficile de parler du sida dans notre contexte », a dit Madeleine Abboh, coiffeuse à Hillacondji, localité béninoise située à la frontière avec le Togo, à l’occasion de la troisième édition de la ‘Caravane pour la vie’, une opération itinérante de sensibilisation sur le VIH/SIDA organisée chaque année par le Projet Corridor Abidjan-Lagos dans les cinq pays traversés par l’axe routier qui relie la Côte d’Ivoire au Nigeria, via le Ghana, Togo et Bénin.
Comme beaucoup d’autres habitants ou habitués de cet axe routier long de 825 kilomètres entre Abidjan et Lagos, les capitales économiques ivoirienne et nigériane, qui voit passer chaque année 47 millions de personnes, Mme Abboh a profité de l’événement pour se faire dépister au VIH : entre 2005 et 2007, plus de 79 000 personnes ont fait de même.
« Avant, quand quelqu’un allait faire le dépistage [du VIH], les gens pensaient qu’il avait déjà le sida. Avec l’impulsion du [projet Corridor], la mentalité a changé », a affirmé Harvey de Hardt-Kaffils, responsable de l’information, éducation et communication de l’Organisation du Corridor.
Lancé en 2003 sous l’impulsion de la Banque mondiale, ce projet régional, financé depuis 2007 par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a pour ambition de venir en appui aux programmes nationaux de lutte contre le sida dans les cinq pays traversés par l’axe routier en portant ses efforts sur les zones frontalières, souvent négligées, et les populations que la mobilité liée la route rend particulièrement vulnérables au VIH – routiers, travailleurs du sexe, forces de sécurité, commerçants, voyageurs et habitants, femmes et jeunes.
Au total, environ 800 000 personnes ont été sensibilisées sur l’épidémie et sur les infections sexuellement transmissibles (IST) depuis le début du projet, selon un rapport d’audit, et fin 2007, plus de 18 millions de préservatifs avaient été distribués.
La radio, un media privilégié
Tous les moyens ont été utilisés pour parvenir à toucher les groupes cibles, notamment les messages transmis via les médias : au total, près de 5 900 spots radio et 50 télévisés ont été produits et diffusés sur les stations partenaires du projet, ainsi que des émissions destinées aux populations vulnérables.
« Avec les émissions, des gens ont pris peur. A Hillacondji, des travailleuses du sexe ont abandonné leur activité car elles n’ont plus de clients, et des propriétaires de chambres closes ont été obligés de fermer », a dit Jean Discipline Adjomassokou, responsable des médias de masse pour le projet Corridor.
Les radios partenaires sont encouragées à diffuser les émissions le plus souvent possible, afin que les populations « cibles puissent avoir une chance de les suivre à tout moment de la journée, selon leurs activités », a expliqué M. Adjomassokou.
« Parfois, en suivant ces émissions, les gens identifient des voix d’amis et de proches qui ont prodigué des conseils. Ainsi ils prennent le message au sérieux et [commencent] à changer de comportement », a-t-il ajouté.
Et l’effet est parfois immédiat, comme l’a raconté un automobiliste. Cet homme, qui a requis l’anonymat, a raconté qu’un jour, alors qu’il était en plein acte sexuel avec une relation de passage dans sa voiture, garée non loin de la frontière entre le Bénin et le Nigeria, son poste radio resté allumé s’est mis à diffuser une émission dans laquelle animateurs et invités insistaient sur l’importance du port du préservatif en cas de rapport ‘douteux’.
« J’ai eu honte et je n’ai plus continué l’acte, [j’ai] cessé d’être en érection », a-t-il raconté à IRIN/PlusNews. « Quelques jours après, j’ai commencé à sentir des problèmes au niveau de mon sexe. Lorsque je me suis rendu à l’hôpital, le médecin m’a [dit] que c’était un cas de blennorragie [une IST] ».
« J’ai compris que j’étais chanceux et que j’aurais pu attraper le sida si ma partenaire occasionnelle avait eu le virus. Depuis ce jour, j’ai renoncé aux rapports sexuels non protégés avec des partenaires de circonstances », a-t-il affirmé.
Ces émissions de radio ont aussi permis à Claudine*, propriétaire d'un petit restaurant à Hillacondji, de comprendre de quoi certaines de ses employées étaient vraisemblablement décédées, et de chercher des solutions pour protéger les autres.
Le projet Corridor travaille aujourd’hui sur 22 sites, contre huit au départ, et a étendu son action au-delà des zones frontalières. « Ce que beaucoup de gens nous ont reproché, il y a quelques années, c’était de nous limiter aux frontières », a expliqué M. de Hardt-Kaffils.
« On nous a demandé d’élargir notre champ, ce que nous avons fait, mais cela reste insuffisant, nous devrions aller au-delà », a-t-il estimé, tout en rappelant que le mandat du projet ne concernait pas les grandes villes.
*Un nom d’emprunt
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