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Le préservatif féminin : l’enfant maudit de la prévention du VIH

Le préservatif féminin, actuellement l’unique méthode de prévention du VIH maîtrisée par les femmes, est rarement mis à la disposition des femmes qui en ont besoin.

Selon les activistes de la Conférence internationale sur le sida de Mexico, qui ont attribué cette lacune à une mauvaise commercialisation et à des investissements insuffisants, cette promotion insuffisante du préservatif féminin a compromis les efforts de prévention du VIH déployés dans le monde.

« Lorsque nous avons découvert le préservatif féminin pour la première fois, il était commercialisé aux travailleuses du sexe, aux femmes dans les bars, et à d’autres femmes considérées comme exposées au risque de contracter le VIH ou dont les mœurs étaient perçues comme légères », a expliqué Gladys Chiwome, du Women and AIDS Support Network du Zimbabwe, qui promeut l’utilisation du préservatif féminin dans ce pays d’Afrique australe.

« Dès lors, les femmes qui ne pensaient pas courir de risque, comme les femmes mariées, étaient et sont toujours réticentes à l’utiliser ».

Farah Karimi, directrice d’Oxfam-Novib, la branche hollandaise de l’association caritative internationale britannique, a déclaré à la presse que 28 millions de préservatifs féminins avaient été distribués dans le monde en 2007, contre 11 milliards de préservatifs pour hommes.

Le coût unitaire d’un préservatif féminin, a-t-elle ajouté, est 18 fois plus élevé que celui d’un préservatif pour homme. « Même ici, à la conférence, le sac fourni par les organisateurs de la conférence à tous les délégués contenait cinq préservatifs pour hommes, mais un seul pour femme », a-t-elle fait remarquer.

Tandis que les décideurs et les bailleurs continuent à penser que le peu de fonds investis dans les préservatifs féminins s’explique par une faible demande, selon Mme Karimi, c’est en fait l’inverse : si davantage de gouvernements achetaient plus de préservatifs féminins, s’ils étaient plus nombreux à promouvoir davantage de programmes de distribution de préservatifs féminins et à investir davantage dans le développement d’une version moins coûteuse de ce préservatif, la demande grimperait en flèche.

« Le préservatif pour hommes a fait l’objet d’une communication très intensive, par le biais de la publicité, de l’éducation scolaire et du plaidoyer ; on a besoin que les mêmes efforts soient déployés pour le préservatif féminin », a-t-elle observé.

''Le préservatif pour hommes a fait l’objet d’une communication très intensive, par le biais de la publicité, de l’éducation scolaire et du plaidoyer ; on a besoin que les mêmes efforts soient déployés pour le préservatif féminin''
Selon Mme Chiwome, en raison de ce manque d’accès aux préservatifs féminins, l’on conseille souvent aux femmes de les laver et de les réutiliser, une pratique qui a des conséquences préoccupantes en matière de santé et d’hygiène, particulièrement dans les régions rurales où les populations n’ont pas facilement accès à l’eau salubre.

Les rares femmes du Zimbabwe qui ont réussi à mettre la main sur des préservatifs féminins s’en sont dites satisfaites. « Elles se sentaient plus confiantes, plus assurées et épanouies dans leur sexualité », a rapporté Mme Chiwome.

Dans une société où, selon la dynamique des pouvoirs entre les sexes, les femmes n’ont souvent guère leur mot à dire dans leurs relations sexuelles, Mme Chiwome a souligné qu’il était nécessaire d’équiper les femmes non seulement en préservatifs féminins, mais aussi en leur donnant les capacités nécessaires pour négocier leur utilisation.

« Les femmes et les filles ont besoin d’avoir la capacité de dire à leurs partenaires sexuels "si tu ne vas pas mettre le tien, je vais mettre le mien" », a convenu Mary Robinson, ancienne présidente de la république d’Irlande et présidente honoraire d’Oxfam International.

Pour Mme Robinson, assurer aux femmes un accès facile et à prix abordable à des préservatifs féminins est une question de droits humains. « Il s’agit de donner le droit aux femmes d’avoir accès à une protection et de faire des choix par elles-mêmes. Les écoles devraient enseigner aux garçons et aux filles ce qu’est le préservatif féminin mais, malheureusement, la plupart ne le font pas », a-t-elle déclaré.

« Les investissements dans la prévention pour les femmes sont axés sur les vaccins et les microbicides, qui n’existent pas pour l’instant et n’existeront peut-être pas pendant quelques années encore. Les femmes ne peuvent pas attendre qu’ils soient créés : elles ont besoin d’une protection, aujourd’hui », a conclu Mme Karimi.

kr/ks/he/nh/nr


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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