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Trouver une solution aux ruptures d’approvisionnement en ARV

Quand Lenny (un nom d’emprunt) a été diagnostiquée positive au VIH, elle a choisi de se procurer ses médicaments antirétroviraux (ARV) à l’étranger – un vote de défiance envers le système indonésien sclérosé d’approvisionnement en ARV. « J’avais entendu par mes amis que les hôpitaux étaient souvent à court d’ARV, donc je suis devenue paranoïaque », a-t-elle dit.

Des années plus tard, elle reçoit toujours les mêmes échos de la part des personnes vivant avec le VIH, même à Jakarta, la capitale, et elle s’estime chanceuse d’avoir les moyens de se faire envoyer ses médicaments directement depuis l’étranger. « Le gouvernement devrait vraiment organiser le système [de distribution d’ARV] de même que le système de santé », a-t-elle dit.

Une fois que le patient a commencé à prendre son traitement, il est vital qu’il ne l’interrompe pas, sous peine de mettre sa vie en danger ou de développer des résistances aux médicaments qui l’obligeront à se procurer des médicaments de deuxième ligne, plus récents et donc plus chers.

Un peu plus de 8 000 personnes, sur une population totale de 223 millions d’habitants, sont actuellement sous traitement en Indonésie, selon les statistiques les plus récentes. Le gouvernement fournit des médicaments de première ligne gratuitement, -Névirapine, Stavudine, Lamivudine, Zidovudine et Efavirenz- qui sont produits sous licence par la compagnie pharmaceutique publique nationale, Kimia Farma.

Un financement du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme couvre les frais d’importation de médicaments de deuxième ligne.

Bloqués par la bureaucratie

Les problèmes d’approvisionnement ou de distribution des ARV ont empoisonné le programme national gratuit d’ARV depuis son lancement en 2004. Tous les trois mois ou presque, le plus important réseau internet VIH/SIDA, AIDS-Ina, est submergé de plaintes concernant des pénuries, et la situation semble s’aggraver.

L’approvisionnement en Efavirenz s’est récemment interrompu, entraînant des manifestations de quelque 50 personnes vivant avec le VIH devant le bureau de la sous-direction sida du ministère de la Santé. Près de 60 pour cent des personnes sous traitement en Indonésie utilisent ce médicament, selon les estimations.

Dyah Erti Mustikawati, qui dirige la sous-direction sida, a expliqué que la complexité des procédures douanières et les exigences en matière d’importation étaient responsables de l’immobilisation des médicaments de deuxième ligne à l’aéroport. D’autre part, Kimia Farma importe les intrants chimiques nécessaires à la production des ARV de première ligne, qui peuvent aussi être bloqués par la bureaucratie.

Au-delà des questions de paperasserie intervient aussi le problème du financement. « Comme la situation financière du pays s’aggrave, il y a eu des coupes budgétaires pour les ARV. Sur les 75 milliards de Rupiahs [environ 8,2 millions de dollars] prévus dans le budget national de cette année, seuls 38 milliards [4,3 millions de dollars] ont été déboursés », a dit M. Mustikawati.

Un activiste de la lutte contre le sida, qui n’a pas souhaité être cité, a estimé que le principal problème de la distribution des ARV était les dysfonctionnements dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement, depuis la planification nationale et l’achat des médicaments jusqu’à la fiabilité des données concernant les inventaires des pharmacies hospitalières.

« Des responsables du ministère de la Santé travaillent dur, en fait, pour résoudre ces problèmes, mais le ministère est débordé par d’autres problèmes, tels que la grippe aviaire, la fièvre hémorragique dengue, la tuberculose et le paludisme », a-t-il dit. « Personne ne porte assez d’attention au problème des ARV, et personne ne daigne en parler à un niveau ministériel ».

Il y a eu des tentatives de réformes, telles que l’installation de lignes de téléphone ou fax dédiées aux commandes des hôpitaux, mais le problème de la gestion des stocks demeure.

« J’ai entendu dire que les hôpitaux soumettaient souvent tardivement leurs rapports au ministère, ce qui rend le ministère incapable d’évaluer les besoins réels en ARV chaque mois », a dit C. Supriyadi, un activiste anti-sida, qui a participé à la manifestation devant les locaux du ministère. « La distribution peut aussi être bloquée dans de nombreux endroits, tels que le ministère lui-même, ou les entrepôts de la Kimia Farma ».

L’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, affiche un taux de prévalence du VIH de 0,16 pour cent, soit environ 250 000 personnes. L’épidémie est concentrée au sein des groupes à haut risque, comme les utilisateurs de drogues injectables, les travailleurs du sexe et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, mais les conditions sont réunies pour que l’infection se propage au reste de la société.

Les activistes de la lutte contre le sida ont exhorté le gouvernement à travailler plus étroitement avec la Commission nationale de lutte contre le sida, les agences des Nations Unies et les principaux bailleurs de fonds pour fournir des ARV moins chers –les médicaments de Kimia Farma, par exemple, coûtant plus du double de ceux fournis par la Fondation Clinton- et pour améliorer l’approvisionnement en ARV.

M. Mustikawati a dit que le ministère travaillait à l’élaboration d’une proposition pour garantir des financements supplémentaires destinés à l’achat de médicaments et à la décentralisation de la distribution. « Dans un futur proche, nous réduirons aussi le poids du gouvernement central, et les bureaux du ministère de la Santé dans les régions auront des responsabilités, particulièrement en ce qui concerne les stocks afin que les hôpitaux aient un accès plus aisé et plus rapide aux médicaments ».

hd/oa/he/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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