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Rodolphe, à peine 10 ans et déjà en lutte contre le sida

Alors que l’une des activités principales des camarades de Rodolphe, 10 ans, est de jouer, celle de cet élève de l’école primaire publique de Adjagbo, une localité rurale située à 35 km de Cotonou, la principale ville portuaire du Bénin, est de faire tout ce qu’il peut pour aider son entourage à se protéger du sida.

Le regard vif et l’allure frêle, Rodolphe fait l’inventaire de son cartable d’écolier : outre ses affaires scolaires, son sac de jute contient les outils de sensibilisation sur le VIH/SIDA qu’il a lui-même réunis : des prospectus, photos, livres et autres documents.

Dès que l’occasion se présente, Rodolphe aborde le sujet du VIH avec ses camarades.

« Je le fais aux heures de récréation et de jeux, quand aucun de mes amis n’est préoccupé par les cours, là je m’assure qu’ils m’écoutent », a expliqué Rodolphe à IRIN/PlusNews. « Si j’en parle à mes camarades, ils pourront à leur tour en parler à leurs parents à la maison, et plusieurs personnes seront à la fois sensibilisées ».

Cette volonté d’aider les jeunes de son âge à se protéger du VIH lui est venue après avoir vu un documentaire sur les malades et orphelins du sida dans un pays d’Afrique, a-t-il expliqué. Ce documentaire, qui soulignait le rôle que les enfants pouvaient jouer dans la lutte, l’a convaincu qu’il devait agir.

« Même si nous sommes encore jeunes pour parler du sexe, c’est déjà maintenant qu’on doit connaître les bonnes pratiques vis-à-vis de la maladie, voilà pourquoi en rencontrant mes amis, je leur parle aussi du port du préservatif », a dit ce jeune garçon dynamique.

Une initiative qu’il a prise seul, sans l’influence de ses parents, même si ces derniers le soutiennent et que c’est dans les affaires de sa mère, elle-même institutrice, que Rodolphe trouve la plupart des documents de sensibilisation au VIH/SIDA qu’il utilise.

« J’ai été vraiment surprise de le voir s’adonner à cette tâche de sensibilisation, [mais comme j’ai] constaté que ce qu’il faisait était utile pour la communauté, je me suis alors mise à l’aider à réussir cet objectif », a confié la mère de Rodolphe, Henriette Abimbola.

Rodolphe complète sa documentation à chaque fois qu’il a l’occasion de se rendre à Cotonou ou à Abomey Calavi, une ville limitrophe, en allant au cybercafé chercher des documents sur internet.

« Je leur [mes amis] montre les photos pour leur faire savoir que la maladie existe. Il arrive que beaucoup d’entre eux photocopient ces photos. Très souvent ce sont les photos qui ont des influences sur mes amis », a dit Rodolphe.

Des jeunes à l'écoute

Cela fait aujourd’hui un an qu’il s’est lancé dans l’aventure, et ses efforts semblent commencer à porter leurs fruits. Plusieurs de ses camarades ont affirmé vouloir être eux-mêmes des relais de l’information sur l’épidémie auprès de leur communauté.

« J’ai parlé plusieurs fois du sida à mon entourage, à ma mère et à mon père qui sont des paysans », a expliqué Jean Eudes, également élève à l’école primaire publique de Adjagbo. « Ils en ont entendu parlé [plusieurs fois], mais ils ne savaient pas [vraiment] de quoi il était question et comment [la maladie] se manifestait. Aujourd’hui, ils savent que contre la maladie, il y a des précautions à prendre. Je leur ai parlé du préservatif et du dépistage ».

S’il trouve une oreille de plus en plus attentive auprès des jeunes de son âge, convaincre les adultes s’avère en revanche plus difficile, a reconnu Rodolphe.

« Les grandes personnes ne me prennent pas au sérieux, parfois quand je les approche elles me chassent et menacent de déchirer mes documents », a-t-il dit.

Une fois, a raconté Rodolphe, il a été publiquement malmené par une vendeuse de nourriture dans son établissement.

« Elle m’a jeté de l’eau à la figure et m’a dit qu’elle n’avait pas mon temps. Elle a aussi dit qu’au lieu de m’occuper de mes cours et de l’examen que je devais passer, je consacrais le plus clair de mon temps à des inutilités », s’est-il souvenu. « J’ai eu honte, car la scène se passait devant mes camarades qui se sont alors mis à rire et à se moquer de moi ».

Mais d’autres se montrent plus à l’écoute et sensibles à ses efforts.

« Moi je pense que c’est quelque chose qu’on doit absolument encourager, car si tous les enfants font le même travail que Rodolphe, l’impact sera évident », a témoigné Damienne, vendeuse de riz à l’école d’Adjagbo. « Grâce à ce qu’il fait, moi j’ai compris beaucoup de choses... car il y a des choses que nous n’avons pas la chance de voir très souvent concernant cette maladie. Mais lui, il sert en quelque sorte de facilitateur, c’est important ».

Lorsqu’on lui demande son plus grand projet, Rodolphe répond sans hésiter que le tout premier est de réussir son examen du certificat d’études primaires qu’il passera bientôt, au mois de juin. « Mais je veux également devenir incontournable dans la lutte contre le sida au Bénin », s’empresse-t-il d’ajouter.

gc/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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