1. Accueil
  2. Afrique
  3. Afrique de l'Est
  4. Kenya

Des leaders musulmans déclarent la guerre aux préservatifs

Des leaders musulmans de la Province nord-orientale, dans le nord-est du Kenya, ont décidé de faire campagne contre la promotion du préservatif comme outil de prévention de l’infection au VIH.

Cette décision a été prise à l’issue d’une rencontre organisée récemment sur le thème « Islam et santé », à laquelle ont participé plus de 60 étudiants et enseignants musulmans à Garissa, la capitale provinciale.

« Beaucoup d’argent a été gaspillé pour empoisonner notre communauté... De grosses sommes d’argent sont dépensées pour acheter des préservatifs, pour acheter l’immoralité », a dit à IRIN/PlusNews Sheikh Mohamud Ali, du district de Garissa.

Les leaders se sont mis d’accord pour prêcher activement contre l’utilisation et la promotion publique des préservatifs comme stratégie destinée à contenir la pandémie et empêcher les grossesses. Ils ont aussi convenu de s’opposer à la distribution des préservatifs dans les villages et dans les institutions d’enseignement de la province.

« Nous ne sommes pas opposés aux campagnes de lutte contre le sida du ministère de la Santé, mais nous sommes inquiets qu’elles soient utilisées dans le mauvais sens, ce qui n’est pas acceptable dans nos traditions et notre culture », a dit M. Ali. « Nous ne pouvons pas utiliser les mêmes moyens pour combattre ces problèmes dans tout le pays, nous devons être impliqués dans les campagnes et nos suggestions doivent être acceptées ».

Les religieux ont aussi réclamé la fermeture des bars dans le nord-est et demandé au gouvernement de suspendre l’octroi de toute nouvelle licence à des débits de boissons.

Selon eux, les bars locaux et les clubs vidéo diffusent des films pornographiques qui contribuent à la propagation des infections sexuellement transmissibles. L’abus de drogue largement répandu est un autre facteur : un stimulant cultivé localement, le khat, est populaire dans la région.

Les leaders ont exposé leur point de vue, qui est que le meilleur moyen pour se protéger du VIH est d’observer les enseignements de l’Islam, tels que le jeûne, la prière régulière et le refus des relations extra conjugales. Ils ont recommandé aux hommes d’éviter de regarder les femmes, invitées à porter des vêtements convenables.

De nombreuses idées fausses

Abdi Welli, un chauffeur de taxi de Garissa, a dit à IRIN/PlusNews qu’il était d’accord avec les religieux sur le fait que les préservatifs devraient être interdits. Il a dit croire au mythe largement répandu selon lequel les préservatifs et les contraceptifs étaient imprégnés de virus.

« Nous savons que les préservatifs ne sont pas sûrs... si tu veux contracter le VIH qui cause le sida, alors utilise [des préservatifs] », a-t-il dit. « Après tout, nous avons déjà entendu par le passé que le monde occidental utilisait le préservatif pour éliminer les Africains, et les musulmans en particulier ».

Parler de questions liées à la sexualité est traditionnellement tabou, ce qui a pour conséquence une large ignorance sur le VIH et le sida dans le nord-est.

Bien que le taux de prévalence de l’épidémie soit parmi les plus bas du pays -1,4 pour cent comparé à une moyenne nationale de 5,1 pour cent, selon le Conseil national de lutte contre le sida- la région a aussi le plus faible taux d’utilisation du préservatif, et les travailleurs sanitaires estiment que cela contribue à la propagation de l’épidémie.

De nombreux commerçants refusent de stocker des préservatifs arguant qu’ils feraient la promotion de l’immoralité, donc leur disponibilité est limitée.

Les travailleurs sanitaires se sont dits inquiets que la décision des leaders religieux porte préjudice aux efforts de lutte contre le sida dans la région. Le docteur Osman Warfa, responsable médical de la province, qui a participé à la rencontre, a estimé que les préservatifs étaient cruciaux pour combattre l’épidémie.

« Cela donnera certainement une excuse à des jeunes pour ne pas utiliser de préservatif, et cela va mettre beaucoup d’entre eux en danger », a-t-il dit à IRIN/PlusNews.

Des préservatifs gratuits resteront à la disposition des populations dans les centres de santé publics de la région.

na/kr/ks/he/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article
Participez à la discussion

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join