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A vos bicyclettes !

Salome Vendura, une soignante à domicile, sait d’expérience que dans les vastes régions rurales de Namibie, l’un des éléments clés de l’observance au traitement contre le VIH est l’accès à un système de transport fiable et abordable.

Dans la communauté de Mme Vendura, à Kehemu, dans le nord de la Namibie, l’hôpital le plus proche est situé à cinq kilomètres – une distance que ne peuvent parcourir à pied les plus faibles de ses patients.

« Auparavant, nous mettions les patients dans des taxis privés et nous disions aux chauffeurs que nous étions sans le sou », a raconté Mme Vendura, une jeune femme de 27 ans. « Les chauffeurs refusaient de nous prendre à cause de la stigmatisation et de la discrimination liées au VIH/SIDA ».

La Namibie est un pays étendu, dont 19,9 pour cent de la population adulte est infectée au VIH, selon les estimations. Compte tenu de l’absence de système de transport abordable, de nombreuses communautés sont isolées et n’ont pas accès aux soins de santé, à l’emploi ou aux campagnes de prévention contre l’épidémie.

C’est dans un tel contexte que Bicycling Empowerment Network Namibia (BEN Namibia), une jeune organisation non gouvernementale (ONG) basée à Windhoek, la capitale, a vu le jour.

Depuis 2005, BEN Namibia a distribué plus de 4 000 bicyclettes aux Namibiens les plus démunis, ainsi qu’aux organisations communautaires qui prodiguent des soins à domicile aux personnes vivant avec le VIH/SIDA et à celles qui portent assistance aux orphelins et enfants vulnérables.

Bien qu’il soit difficile de pédaler en Namibie, compte tenu du sable, du vent et des épines, selon l’ONG, la bicyclette est la meilleure solution qui puisse être proposée aux personnes indigentes dans le pays.

« En Namibie, des gens meurent, car ils n’ont pas accès à un moyen de transport », a rappelé Michael Linke, directeur de BEN Namibia.

L’idée est de responsabiliser les personnes infectées et affectées par le VIH en leur donnant accès à un moyen de transport peu onéreux et fiable.

« Il s’agit d’une question d’accès aux soins de santé, à l’éducation et aux possibilités économiques », a expliqué M. Linke. « En Namibie, il existe une grande dichotomie au sein du système de transport. Le système de transport public est inefficace et les taxis privés sont chers ».

Aller plus loin

Selon les résultats d’une étude menée conjointement par BEN Namibia, la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/SIDA, et l’Unité juridique pour le sida du Centre d’assistance juridique à Windhoek, la capitale, les personnes vivant avec le VIH/SIDA, et notamment les femmes, consacrent mensuellement, entre 20 et 40 nad (2,50 et cinq dollars), à la collecte de leur traitement.

''...En règle générale, les soignants parcourent de longues distances afin de rendre visite à leurs patients. Grâce aux bicyclettes, ils peuvent voir plus de patients, se rendre davantage dans la brousse et passer plus de temps auprès des malades...''

Cependant, en Namibie, près de 35 pour cent de la population vit avec moins d’un dollar par jour. En conséquence, de nombreux malades se privent de leurs médicaments, ou n’observent leur traitement que sporadiquement. Les soignants à domicile, quant à eux, doivent effectuer tous les déplacements à pied.

A ce jour, BEN Namibia a distribué au total huit conteneurs en acier, renfermant quelque 300 bicyclettes, à des organisations communautaires. Il s’agit souvent de bicyclettes usagées, trouvées dans de vieux garages ou dans des magasins de seconde main de pays développés.

Ces organisations distribuent à leur tour certaines bicyclettes aux soignants, afin de leur permettre de voir un plus grand nombre de patients par jour.

« En règle générale, les soignants parcourent de longues distances afin de rendre visite à leurs patients », a souligné M. Linke. « Grâce aux bicyclettes, ils peuvent voir plus de patients, se rendre davantage dans la brousse et passer plus de temps auprès des malades ».

La bicyclette-ambulance

Peu après avoir distribué les bicyclettes aux soignants à domicile, BEN Namibia a remarqué que ceux-ci transportaient jusqu’à l’hôpital ou la clinique, sur leurs porte-bagages, des patients parfois très malades.

« Lorsque vous êtes presque dans le coma, très malade ou très affaibli par la malnutrition, la dernière chose que vous souhaitez faire est de vous asseoir à l’arrière d’une bicyclette. C’est la raison pour laquelle nous avons créé la bicyclette-ambulance », a expliqué M. Linke.

« L’ambulance » en question est une civière sur roulettes pouvant être attachée à l’arrière d’une bicyclette. Le modèle conçu par BEN Namibia peut s’incliner de différentes façons et possède un auvent afin de protéger les patients du soleil ou de la pluie.

A ce jour, l’ONG a créé et distribué 54 bicyclettes-ambulances aux groupes communautaires. En outre, elle prévoit d’en proposer 33 autres d’ici juin 2008.

Selon BEN Namibia, si un hôpital ou une clinique est situé à 10 kilomètres d’un patient, les soignants utiliseront l’ambulance.

« Cette ambulance aide beaucoup de personnes, notamment celles qui n’ont pas les moyens de prendre un taxi pour aller chercher leur traitement », a dit Mme Vendura, qui transporte une dizaine de personnes par jour, du lundi au samedi, jusqu’à la clinique locale (trois kilomètres) ou l’hôpital public (cinq kilomètres).


Photo: Gretchen Wilson/IRIN
L'une des "bicyclettes-ambulances" conçues par BEN Namibia. Jusqu'à présent, 54 bicyclettes de ce type ont été distribuées à des organisations communautaires d'aide aux personnes vivant avec le VIH un peu partout dans le pays

Des ateliers et des emplois

En outre, certaines bicyclettes que BEN Namibia offre aux organisations communautaires ne sont pas distribuées aux soignants. Elles sont vendues à la population locale par le biais de centres d’activités génératrices de revenus - Bicycle Empowerment Centres (BECs) – des ateliers de fortune qui créent des emplois pour les habitants.

BEN Namibia se procure ces bicyclettes auprès de donateurs étrangers, dont des organisations partenaires, telles que l’organisation canadienne Bicycles for Humanity.

En règle générale, les organisations partenaires amassent quelque 300 bicyclettes neuves et usagées, des pièces détachées, des outils et des accessoires. Le tout est entreposé dans des containers en acier, puis envoyé au port de Walvis Bay.

Ensuite, BEN Namibia se charge de transporter les containers à Windhoek, où les bicyclettes sont réparées et les containers transformés en ateliers portables, puis elle les distribuent à une organisation communautaire qui travaille avec des personnes vivant avec le VIH/SIDA, des orphelins ou enfants vulnérables.

L’ONG forme des membres de la population locale à la mécanique de bicyclette et à la gestion de projet. Les recettes des ventes et des réparations de bicyclettes enregistrées par l’atelier servent à soutenir les opérations du groupe communautaire.

Abigail Bachopi, responsable de Family Hope Services (FHS), à Hakahana, dans l’extrême nord-est de la capitale, qui distribue des repas aux orphelins et aux enfants vulnérables, et les aide après l’école, approuve l’initiative.

« Nous soutenons 450 enfants dans cette communauté, et nous avions atteint un point où nous avions besoin de collecter des fonds. Et c’est ainsi que nous avons décidé de créer l’atelier de bicyclettes afin de lever des fonds », a expliqué M. Bachopi, depuis l’atelier basé à l’extérieur de la capitale.

« Pour nous, cela représente un signe de viabilité du programme, car les fonds des donateurs ne sont présents que pour l’instant, alors que l’atelier, lui, implique la communauté et sera ici pour longtemps », a-t-il ajouté.

Depuis l’ouverture des ateliers, il y a deux mois, FHS a vendu 11 de ses 300 bicyclettes et a amassé quelque 3 500 nad (450 dollars) pour ses employés et pour financer son programme de distribution de vivres.

Chaque atelier procure un emploi à temps complet à cinq personnes – aux mécaniciens et aux administrateurs dernièrement formés. A ce jour, BEN Namibia a fondé huit de ces centres et prévoit d’en ouvrir au moins 12 autres, au cours de l’année prochaine.

gw/oa/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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