Le gouvernement kényan vient de lancer un programme national ambitieux visant à élargir la pratique de la circoncision masculine, dans le but de contribuer à la lutte contre la propagation de l'épidémie de VIH qui touche 6,1 pour cent des quelque 34 millions d'habitants.
Selon les résultats de trois essais cliniques randomisés, menés en Afrique du Sud, au Kenya et en Ouganda en 2005 et 2006, la circoncision réduirait de plus de 50 pour cent le risque d’infection à VIH chez l’homme dans le cadre de relations hétérosexuelles.
D’après le document définissant la nouvelle politique kényane en la matière, le programme s’adressera à tous les hommes, toutes tranches d’âge confondues, et l’ablation du prépuce sera pratiquée dans le respect des cultures et conformément aux normes sanitaires.
Le programme impliquera le renforcement des infrastructures sanitaires, mais selon Peter Mutie, responsable des communications au Conseil national de lutte contre le sida (NACC en anglais), les centres de santé existants sont suffisamment équipés pour commencer à mettre en oeuvre le programme.
« Nous tentons d’accélérer l’élaboration du programme afin de pouvoir le lancer d’ici la mi-2008 », a déclaré M. Mutie.
Bien qu’au Kenya, quelques communautés, dont les Luo, les Suba et les Teso, dans l’ouest du pays et les Tukana, dans le nord-est, ne pratiquent traditionnellement pas la circoncision, M. Mutie a précisé que le programme du gouvernement s’adresserait à l’ensemble du pays.
« Pour la plupart de nos tribus, la circoncision est un rite initiatique, mais bon nombre d’entre elles la pratiquent selon des règles traditionnelles, en utilisant la même lame pour différentes ablations, une habitude que nous souhaiterions éradiquer. A l’instar des médecins, certaines communautés n’enlèvent pas le prépuce dans sa totalité, elles n’en enlèvent qu’une partie », a-t-il expliqué.
Afin de limiter l’opposition du public à l’égard du programme, des exercices de mobilisation sociale précèderont la mise en œuvre du programme, a-t-il poursuivi. Ainsi, des membres des communautés seront formés afin de sensibiliser leurs pairs aux avantages que peut représenter la circoncision.
« Il s’agit d’un programme qui nécessite une mise en œuvre très méticuleuse. La sensibilisation est primordiale. Par exemple, il faut que la population sache que la circoncision ne constitue en aucun cas une garantie de protection contre le VIH », a-t-il rappelé.
M. Mutie a souligné que les circonciseurs traditionnels auraient un rôle clé à jouer dans l’éducation de leur communauté.
« Nous ne pouvons pas les priver de leur rôle. Ce sont des conseillers utiles vers lesquels les populations se tournent. En conséquence, nous pouvons les inciter à conseiller les jeunes à avoir des pratiques sexuelles à moindre risque et à adopter des comportements sains », a-t-il déclaré.
L’annonce de la mise en place du programme est une bonne nouvelle pour bon nombre d’ONG et de médecins qui attendent toujours de recevoir des conseils en matière de circoncision masculine.
Parmi ces ONG figure Marie Stopes Kenya, qui a lancé l’année dernière un projet pilote dans l’ouest du pays, en se fondant des les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé. Marie Stopes Kenya fait partie du groupe de travail national sur la circoncision masculine.
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| Dans certaines communautés, la circoncision n'est pas traditionnelle |
« Notre projet pilote est un programme de sensibilisation gratuit mené par une équipe ambulante composée de cinq personnes – un médecin, un responsable sanitaire, un assistant sanitaire, une infirmière et un chauffeur. L’équipe se rend dans diverses communautés, s’installe dans une salle d’un centre médical local, ou sous un tente, et elle invite les communautés à venir ou à amener les enfants se faire circoncire », a expliqué George Obhai, chargé du suivi et de l’évaluation à Marie Stopes Kenya.
Avant l’arrivée de l’équipe ambulante, l’ONG prend contact avec la clinique ou l’hôpital local et lui demande de mobiliser les communautés. Le jour de la circoncision et avant que la procédure ne débute, chaque homme reçoit des conseils de la part d’un membre du personnel dûment formé.
« Etonnamment, la plupart des idées que se font les gens sur la circoncision jouent en notre faveur, et ce même chez les Luo. Par exemple, les gens pensent que la circoncision améliore la vie sexuelle et que les femmes préfèrent les hommes circoncis », a-t-il déclaré.
M. Obhai a expliqué que les bienfaits de la circoncision masculine n’avaient pas été difficiles à faire valoir auprès des communautés de l’ouest du Kenya, car les Luo, les Teso et les Suba étaient entourés de communautés pratiquant la circoncision et qu’ils connaissaient des personnes circoncises. En outre, le fait que la circoncision puisse contribuer à réduire le risque de propagation du VIH rend la pratique populaire dans la région.
Depuis avril 2007, dans quatre districts de la province de Nyanza, plus de 2 700 hommes se sont portés volontaires et ont subi une ablation du prépuce par Marie Stopes Kenya. De plus, ce chiffre ne cesse de croître chaque mois ; 80 pour cent des hommes et des garçons circoncis appartiennent à des communautés qui ne pratiquent pas traditionnellement la circoncision.
Cependant, le succès est inégal. En effet, parmi les Turkana, une société isolée et très traditionnelle du nord-ouest du Kenya, il a été plus difficile de faire de la circoncision une priorité.
« L’an dernier, notre équipe mobile s’est rendue auprès de la communauté Turkana. En une journée de sensibilisation, nous avons reçu deux personnes, puis trois, le jour suivant », a mentionné M. Obhai.
« Nous avons dû partir car nous n’avions tout simplement pas les ressources financières pour justifier notre présence à l’époque. Mais dès que nous pourrons mettre en place des équipes ambulantes supplémentaires, nous retournerons dans la région », a-t-il dit.
Marie Stopes Kenya fait également appel aux membres des communautés qui jouent le rôle de pairs éducateurs. L’ONG souhaite faire participer les circonciseurs traditionnels à ses programmes.
« Dans le passé, ils [les circonciseurs traditionnels] ont fait preuve de résistance, car ils pensaient que nous voulions leur retirer leur source de revenus et leur rôle social », a-t-il précisé.
« Par exemple, dans de nombreuses régions, le mois d’août prochain sera une période de circoncision. Ainsi, nous aimerions les encourager à conserver leur rôle de conseillers et même leur verser une indemnité pour cette activité, afin qu’ils envoient les garçons à la clinique se faire circoncire », a-t-il ajouté.
Le programme pilote a été particulièrement efficace pour atteindre les communautés rurales et à la population carcérale, deux groupes qui ont peu accès aux infrastructures sanitaires modernes.
La mobilisation sociale a aussi servi de point d’entrée à la sensibilisation à la stratégie de prévention traditionnelle ABC qui prône l’abstinence, la fidélité et l’utilisation du préservatif, ainsi que de moyen de promotion des services de conseil et de dépistage volontaire.
Le programme de Marie Stopes Kenya a rencontré cinq cas de complications médicales au cours de l’année de sa mise en oeuvre : deux mauvaises réactions à l’anesthésiant et trois infections post-opératoires.
Suite au succès enregistré dans la province de Nyanza, l’ONG compte étendre son programme de sensibilisation à l’ensemble du pays.
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