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Quand le lait maternisé tue au lieu de sauver

Des nourrissons souffrent de diarrhées graves et en meurent parfois après avoir été nourris au lait maternisé distribué en situation de crise, selon un collectif d’organisations humanitaires internationales et d’organismes publics, qui appelle à promouvoir l’allaitement au sein.

« L’utilisation incorrecte, en situation de crise, des substituts du lait maternel, souvent reçus sous forme de dons non sollicités, met en danger la vie des nourrissons et des jeunes enfants », pouvait-on lire dans un communiqué publié à l’issue d’une conférence qui s’est tenue en mars, à Bali (Indonésie).

Le collectif comprend le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Save the Children (Royaume-Uni), le Mercy Corps, Care, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), HOPE, Médecins sans frontières et les autorités sanitaires d’Afghanistan, du Bangladesh, du Cambodge, de l’Indonésie, de la Thaïlande et du Sri Lanka.

Il invite toutes les agences des Nations Unies, les organisations humanitaires et les gouvernements à faire en sorte que le lait maternisé ne soit pas systématiquement distribué aux femmes pendant les situations de crise, et encourage ces dernières à privilégier l’allaitement au sein.

« Bien des fois, ces dons partent d’une bonne intention. Les gens s’imaginent que pendant les situations de crise, certaines mères qui allaitent n’ont pas de lait », a expliqué à IRIN Kirsty McIvor, porte-parole de l’UNICEF en Indonésie. Le stress peut provoquer cet arrêt momentané de la montée de lait, mais il revient par la suite.

Le recours au lait maternisé dans les situations de crise est même plus dangereux qu’en temps normal, a-elle affirmé, parce que les rescapés n’ont souvent pas accès à l’eau potable ou n’ont pas le matériel nécessaire pour faire bouillir l’eau correctement. L’utilisation d’une eau souillée dans le mélange du lait maternisé peut s’avérer mortelle, provoquer des diarrhées débilitantes, principale cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans.


Photo: Marianne Kearney/IRIN
William, dix-huit mois, et sa mère à Jakarta. Seuls 14 pour cent des bébés indonésiens sont exclusivement nourris au sein

Des risques pour la santé

D’après une étude réalisée conjointement par l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et l’université de Gadja Mada, en Indonésie, à la suite du tremblement de terre de 2006 à Yogyakarta, dans la province du centre de Java, le nombre de cas de diarrhée chez les enfants de moins de deux ans a été multiplié par six car de nombreux enfants ont été nourris au lait maternisé pendant cette période.

L’autre préoccupation du collectif est qu’après avoir reçu du lait maternisé pour nourrir leurs bébés pendant une situation de crise, les mères continuent de l’utiliser même en temps normal. Dans la région de Yogyakarta, frappée par le séisme, environ 70 pour cent des ménages ayant des enfants avaient reçu du lait maternisé et d’après l’étude, la consommation du lait maternisé y était deux fois supérieure à celle des autres régions, épargnées par le tremblement de terre.

Dans la province du centre de Java, les statistiques les plus récentes montrent que moins de cinq pour cent des enfants âgés de cinq mois sont encore nourris exclusivement au sein et que cette pratique tend à baisser. Ces chiffres sont bien inférieurs aux 14 pour cent représentant le pourcentage national de nourrissons de quatre à cinq mois nourris exclusivement au sein.

Aceh inondé de lait maternisé

Aceh, la province la plus touchée par le tsunami de l’Océan indien de 2004, a été inondé de lait maternisé dans les semaines qui ont suivi la catastrophe, selon Robin Lim, sage-femme à Bumi Sehat, une organisation non-gouvernementale (ONG) locale.

Selon elle, des travailleurs humanitaires font fréquemment état de cas de bébés malnutris qui ne parviennent pas à prendre du poids ou encore de cas de décès d’enfants, dont le lait maternisé avait été mélangé à de l’eau non-potable. En outre, a-t-elle indiqué, le lait maternisé est généralement distribué sans aucune instruction sur la stérilisation des biberons, le dosage de la poudre par rapport au volume d’eau et la nécessité de faire bouillir l’eau.

L’allaitement maternel, la meilleure solution

Officiellement, le ministère indonésien de la Santé, en collaboration avec l’UNICEF et l’OMS, recommande l’allaitement maternel au sein, mais seuls 14 pour cent des bébés indonésiens sont exclusivement nourris au sein et uniquement pendant les cinq premiers mois.

Selon les explications fournies à IRIN par l’UNICEF, le problème est en partie dû à la publicité agressive faite autour du lait maternalisé et au fait que certains fabricants font circuler des informations erronées selon lesquelles le lait maternisé serait meilleur que le lait maternel pour le développement du cerveau de l’enfant. En réaction, le ministère indonésien met actuellement en place une réglementation pour contrôler la publicité sur les substituts du lait maternel.

Le directeur général de la santé publique a ordonné aux districts sanitaires de ne distribuer les dons de lait maternisé pendant les situations de crise qu’aux personnes qui n’ont pas d’autre choix : les orphelins, les enfants ne pouvant être nourris par leurs mères, souffrant de stress ou de blessures, ou les enfants qui étaient déjà nourris au lait maternisé avant la catastrophe.

Le ministère de la Santé a également indiqué qu’avec l’aide de l’UNICEF, il formerait des conseillers pour promouvoir l’allaitement au sein dans les zones sinistrées.

mk/bj/mw/ads/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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