1. Accueil
  2. West Africa
  3. Chad
  • News

Un décollage chaotique

Pas facile d’organiser la lutte contre le sida dans un pays confronté à une instabilité politique permanente, une pénurie chronique de personnels de santé et des financements aléatoires, mais le gouvernement tchadien a réalisé qu’il n’avait pas d’autre choix que de s’y atteler, rapidement.

Le Tchad, pays de près de 1,3 million de kilomètres carrés peuplé de moins de 10 millions d’habitants, affichait en 2005 un taux de prévalence du VIH de 3,3 pour cent, selon les autorités, avec des pics de 8,3 pour cent à N’Djamena, la capitale, et jusqu’à 9,8 pour cent dans le Logone occidental, dans le sud du pays, à la frontière avec la République centrafricaine (RCA), région qui accueille la majorité des quelque 50 000 réfugiés centrafricains venus du pays le plus infecté par l’épidémie en Afrique centrale.

L’est et le nord du Tchad, non loin de la frontière soudanaise, sont les moins touchés par le VIH/SIDA, selon les chiffres officiels, mais sont aussi les plus éloignés des activités de sensibilisation sur l’épidémie et les plus exposés à l’insécurité, avec plus de 240 000 réfugiés de la province soudanaise du Darfour et 180 000 déplacés tchadiens.

Officiellement, la lutte contre le sida au Tchad a commencé dès la fin des années 80, avec la découverte des premiers cas de la maladie. Mais en réalité, le Tchad, préoccupé par une insécurité qui a marqué les quatre dernières décennies de son histoire, n’a réellement commencé à lancer des programmes à grande échelle qu’avec l’arrivée de bailleurs de fonds internationaux, principalement la Banque mondiale et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, en 2002 et 2004.

Le gouvernement tchadien a fait un effort financier important ces dernières années en débloquant une ligne budgétaire pour l’achat des antirétroviraux (ARV) : il y a consacré 1,47 milliard de francs CFA (3,32 millions de dollars) en 2007 et compte porter son effort à deux milliards (4,52 millions de dollars) en 2008, dans un pays où 64 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté -en dépit d'une importante production pétrolière.

« Des priorités [sanitaires], il y en a beaucoup, la majorité des gens au Tchad meurent de maladies évitables, comme les diarrhées, les infections respiratoires ou le paludisme. A cela s’ajoutent les maladies émergentes, comme le diabète, les problèmes cardio-vasculaires et le VIH/SIDA », a dit à IRIN/PlusNews Avocksouma Djona Atchénémou, ministre tchadien de la Santé. « Mais le sida a ceci de particulier qu’il touche à l’essence même de la vie. Ce n’est pas tant à cause des dégâts en termes de mortalité que parce que c’est une maladie qui s’attaque même aux enfants ».

Des financements mal gérés

L’arrivée des financements internationaux a permis au Tchad d’instaurer peu à peu la gratuité de la prise en charge du VIH –dépistage, traitements ARV et examens biologiques- et de commencer à proposer des services VIH/SIDA dans les régions.


Photo: Anne Isabelle Leclercq/IRIN
Dans le sud du Tchad
Mais suite à des problèmes de transparence dans la gestion des financements, la Banque mondiale a suspendu son financement VIH/SIDA en janvier 2006, avant de le rétablir en juin de la même année, après avoir obtenu des engagements. Ce financement, qui a pris fin en janvier 2008, n’est toujours pas assuré d’être renouvelé.

Même difficultés pour la subvention VIH/SIDA du Fonds mondial, suspendue en août 2006. Un long processus de négociations a permis de reprendre ce financement fin 2007.

Les programmes de prévention du VIH/SIDA ont souffert de ces suspensions, de même que l’expansion des services dans les provinces où les acteurs de la lutte contre le sida rencontrent en outre d’autres obstacles, notamment l’ignorance, voire le déni, d’une grande partie de la population face à l’épidémie, et la pénurie chronique de personnels de santé, qui touche tout le pays mais particulièrement les régions isolées ou situées dans des zones instables.

Les régulières explosions de violences constituent un obstacle de taille à la mise en place effective des services sur l’ensemble du territoire, particulièrement dans l’est, le long de la frontière avec le Soudan, où l’insécurité est la plus préoccupante, et où les acteurs de la lutte contre le sida peinent à mettre en place ces services.

Dans la zone sud du pays, traversée par ce que les Tchadiens surnomment « l’axe de la mort » -la principale route reliant la RCA voisine au Tchad, et par laquelle transitent tous les commerçants et voyageurs venus de RCA et d’autres pays comme la République démocratique du Congo-, l’activité économique rend l’absence de services VIH/SIDA encore plus inquiétante.

« Ces zones d’activité économique sont des zones à haut risque [VIH/SIDA], de même que la zone pétrole [également dans le sud], mais les efforts liés à la réduction des comportements à risque n’avaient pas assez été mis en oeuvre dans ces régions », a noté Claire Mulanga, coordinatrice pays du Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA. « Il y a maintenant une intensification des activités [VIH/SIDA] dans ces zones, même si on n’en voit peut-être pas encore les effets ».

Des obstacles à surmonter

La pénurie chronique de personnels de santé constitue un obstacle majeur, y compris à N’Djamena où exercent pourtant la grande majorité des professionnels sanitaires. En dépit d’efforts fournis ces dernières années par les autorités, avec le soutien des bailleurs, pour former des personnels à la prise en charge du VIH, la situation reste précaire : certains centres de distribution ARV ne disposent que d’un seul praticien formé à la prescription.

Sur la lutte contre le sida au Tchad,
lire aussi
 Insécurité et VIH, la lutte sur deux fronts
 Des jeunes en quête désespérée d'informations sur la sexualité
 Des réfugiés en attente de services VIH/SIDA
 Autres articles sur l'épidémie de sida au Tchad
De leur côté, les organisations de personnes vivant avec le VIH peinent également à s’organiser et à se faire entendre.

« Il y a des conflits d’intérêts, parce que les [membres] ne sont pas bien formés sur le rôle que doit avoir une association », a noté Rachel Koudjal, présidente de l’Association des soeurs positives, AS+, à N’Djamena, la capitale tchadienne. « Les [membres] pensent que si ils [adhèrent à] une association, on va leur donner tout dès le premier jour, mais ils ne comprennent pas qu’il faut d’abord lutter pour l’intérêt commun, c’est une lutte communautaire pour un objectif déterminé ».

Malgré tout, les choses avancent, ont noté de nombreux acteurs de la lutte. Le gouvernement a promulgué une loi en novembre 2007 pour mieux protéger les droits des personnes vivant avec le VIH.

Dans un souci de mieux coordonner les efforts, le gouvernement a également créé le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS). Toutefois, ce dernier, placé sous la responsabilité de la Primature, n’est pas encore opérationnel.

Le nombre de site de prescription d’ARV, même s’il est encore loin d’être suffisant, est passé de trois en 2003 à 22 en 2006, et devrait dépasser la cinquantaine en 2008. Les services de dépistage volontaire et de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant commencent également à s’étendre.

Mais il reste toujours à lutter contre l’ignorance et les barrières culturelles qui empêchent la mise en place de services de prévention efficaces.

Il faut aussi mieux documenter la lutte, qui souffre cruellement d’un manque de données permettant de mieux cibler les actions, tant sur le plan géographique qu’en direction des groupes à risque, tels que les militaires, routiers ou encore travailleuses du sexe.

Les rares études disponibles montrent pourtant que ces efforts ne seraient pas superflus : une enquête des autorités menée fin 2003 a montré que le taux de prévalence du VIH au sein des forces armées et de sécurité était de 5,3 pour cent, avec un pic à 11,3 pour cent pour les femmes en uniforme.

ail/


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article

Our ability to deliver compelling, field-based reporting on humanitarian crises rests on a few key principles: deep expertise, an unwavering commitment to amplifying affected voices, and a belief in the power of independent journalism to drive real change.

We need your help to sustain and expand our work. Your donation will support our unique approach to journalism, helping fund everything from field-based investigations to the innovative storytelling that ensures marginalised voices are heard.

Please consider joining our membership programme. Together, we can continue to make a meaningful impact on how the world responds to crises.

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join