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Des jeunes en quête désespérée d’informations sur la sexualité

Le Centre d’information et d’orientation des jeunes (CIOJ) sur la santé de la reproduction à N’Djamena le constate tous les jours : l’absence de dialogue entre parents et enfants sur la sexualité est telle que les jeunes arrivent au centre, porteurs d’infections sexuellement transmissibles (IST) ou de grossesses non désirées, parfois sans comprendre comment ils en sont arrivés là.

Mis en place par l’Association tchadienne pour le bien-être familial (ASTBEF), une organisation non-gouvernementale locale, avec le soutien de partenaires comme la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF), dont elle est membre, et des agences des Nations Unies, le CIOJ a pour objectif d’offrir aux jeunes des services conviviaux en matière de planification familiale, d’IST et de VIH.

Bien qu’il soit en principe destiné aux jeunes âgés entre 15 et 24 ans, le centre accueille aussi des garçons et filles âgés d’à peine une dizaine d’années qui viennent frapper à sa porte, en quête d’informations mais aussi de soins pour les infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH, ou les consultations prénatales.

« A neuf ou 10 ans, certains de ces jeunes ont déjà eu des relations sexuelles, surtout des filles. Les cas de grossesses parmi elles sont rares mais chez les filles de 14-15 ans, il y a de jeunes mamans », a constaté Hassane Haoua, chargée de projet jeunes, genre et VIH/SIDA à l’ASTBEF.

Au cours du premier semestre 2007, le CIOJ de N’Djamena, situé dans un quartier populaire de la capitale tchadienne, a reçu plus de 3 000 jeunes -en très grande majorité des filles- venus chercher des conseils et des soins en matière de planning familial.

Sur l’ensemble de l’année 2007, le centre a aussi reçu 88 jeunes –dont 65 filles- âgés entre 10 et 14 ans pour des conseils en matière de planification familiale et d’IST, ou des problèmes de maladies liées à la santé de la reproduction.

Et le constat est presque toujours le même : les connaissances de ces jeunes en matière de sexualité et de risques liés à sa pratique sont très faibles.

« Ils savent souvent comment se protéger du VIH et quels sont les comportements à risque, mais certains n’ont jamais entendu parler de la contraception », a noté Dada Nandeh, l’assistante sociale du centre. « Ils ne savent pas identifier les signes d’une IST et les filles ne savent pas comment maîtriser leur cycle menstruel ».

Des tabous lourds de conséquences

Une ignorance qui tourne au drame lorsque la grossesse précoce et non désirée survient. L’avortement est illégal au Tchad, celles qui le pratiquent sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et d’une forte amende. Désespérées, certaines filles sont prêtes à tout pour cacher leur état à leurs parents.

« Des filles vont se faire libérer [avorter] dans la clandestinité, la conséquence c’est qu’elles meurent d’hémorragies », a regretté Célestine Dagaïe, la sage-femme du centre.

Le sujet de la sexualité est tellement tabou au Tchad que souvent, les questions les plus élémentaires ne sont même pas évoquées au sein de la famille. Ndari Gebbe, qui a commencé à fréquenter le centre en 2003 et y est aujourd’hui pair-éducatrice, a elle-même connu cette absence de dialogue avec ses parents.

« Ca a même été difficile de dire à ma mère que j’avais eu mes premières règles », a raconté cette jeune fille, aujourd’hui âgée de 22 ans et présidente du Mouvement d’action des jeunes (MAJ), le volet jeune de l’IPPF. « Quand je les ai eues, je savais ce que c’était, parce que j’avais déjà lu des informations dans les magazines féminins, mais ce n’est qu’au bout de deux ans que j’ai réussi à le dire à ma mère ».

Au CIOJ, les jeunes se sentent bien et en confiance pour parler, a dit Ndari, se souvenant de sa propre expérience. « Je suis venue parce que j’étais isolée, je n’avais pas d’informations sur les IST et le VIH, je n’en parlais pas, même à l’école. Ici, même les plus petits parlent, ils n’ont pas peur ».

''...Si les parents ne disent pas à leurs enfants ce qui les guette, ils sont [en danger]. Les jeunes ont des problèmes, il faut qu’ils puissent dire ce qu’ils ont sur le coeur, il faut un cadre pour ça...''

Et ce que les autres lui racontent est parfois difficile. « J’ai entendu des filles traumatisées, qui avaient eu des rapports sexuels à neuf ans, parfois des cas de viol », a-t-elle raconté. « Les filles nous font des confidences, mais quand ça nous dépasse, on les emmène chez l’assistance sociale ».

Des situations que Ndari met sur le compte de l’absence de dialogues parents-enfants. « Si les parents ne disent pas à leurs enfants ce qui les guette, ils sont [en danger] », a-t-elle estimé. « Les jeunes ont des problèmes, il faut qu’ils puissent dire ce qu’ils ont sur le coeur, il faut un cadre pour ça ».

De nombreux parents sont « démissionnaires », a regretté Mme Nandeh. « Puisque les centres existent, il faut au moins qu’ils y orientent leurs enfants s’ils ne veulent pas parler [de sexualité] avec eux ».

Pourtant, « certains parents interdisent même à leurs enfants de venir », a dit Mme Haoua.

Un service attendu depuis longtemps

Avant l’ouverture de la clinique des jeunes au CIOJ, en 2006, les jeunes en attente de soins étaient référés à la clinique-mère de l’ASTBEF, située dans un autre quartier de N’Djamena, non loin du grand marché. Mais ils n’y allaient pas.

« Les jeunes avaient peur de se retrouver nez-à-nez avec leurs parents, surtout quand les temps d’attente à la clinique étaient longs », a raconté Mme Nandeh. « Ils avaient peur aussi de rencontrer de l’hostilité, surtout les filles, parce que les garçons peuvent s’exprimer facilement. Ici, ils peuvent venir aux heures creuses, entre les cours, ils viennent souvent avec des amis ».

Les jeunes qui viennent consulter pour des IST se voient proposer le test de dépistage du VIH. En cas d’infection, ils sont pris en charge au niveau de l’ASTBEF pour le soutien psychologique et le traitement des infections opportunistes liées au VIH/SIDA, et sont référés à un centre de traitement pour les antirétroviraux (ARV).

Au cours du premier semestre 2007, 136 jeunes sont venus demander le test de dépistage du VIH, et 39 d’entre eux ont été dépistés positifs.

L’une des grandes inquiétudes du personnel du centre, outre la sexualité très précoce et la multiplicité des partenaires sexuels, est la résurgence de certaines maladies. « On se retrouve avec des IST qui avaient disparu [à N’Djamena] et qui réapparaissent chez les jeunes », a dit Mme Nandeh.

Malgré tout cela, pour le personnel du centre, l’espoir est permis pour l’avenir. La fréquentation du centre est en constante augmentation, preuve que les jeunes s’informent de plus en plus sur les questions liées à la santé de la reproduction.

« Beaucoup de jeunes se sont constitués en associations contre le sida, ils sensibilisent les autres », a noté Mme Nandeh. « Certains n’appliquent pas ce qu’ils conseillent [aux autres], mais s’ils font ce qu’ils disent, on aura gagné le combat ».

ail/


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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