Aucune affiche n’annonce l’existence d’un service de conseil et dépistage volontaires du VIH (CDV) au Centre de planification familiale de la ville de Port Soudan, une plate-forme de transport animée de l’Etat soudanais de la Mer rouge. Le Centre est l’une des trois seules structures de la ville à offrir ces services, pourtant la salle d’attente est vide.
Le CDV n’a été mis en place à Port Soudan qu’en 2006 et, selon Ahmed Moussa, coordinateur local du Programme national soudanais de contrôle du sida (SNAP), il est long à démarrer. Sur les 181 personnes soumises à un dépistage ici même en 2007, seules 18 avaient poussé la porte du centre de leur propre initiative ; les autres, « cas suspects » de VIH, y avaient été envoyées par leur médecin, et plus de la moitié ont été déclarées séropositives.
Les dépistages volontaires étant encore si rares et la dernière étude de prévalence du VIH à l’échelle nationale ayant été menée il y a plus de cinq ans, les experts ne peuvent que spéculer sur l’ampleur actuelle du VIH dans le plus grand pays d’Afrique.
L’étude réalisée en 2002 faisait état d’un taux national d’infection d’environ 1,6 pour cent, mais l’étude ne contenait pas de données réparties par Etat.
La nouvelle enquête sur la prévalence du VIH et l’évolution des comportements, qui doit être menée dans le courant de cette année à la fois dans le nord et dans le sud du Soudan, contiendra des données réparties par Etat, mais ses résultats risquent de ne pas être rendus avant 2009. « C’est une entreprise colossale », a estimé Séverine Leonardi, responsable VIH/SIDA au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), qui soutient l’enquête du SNAP, tout comme plusieurs autres bailleurs.
Les experts s’accordent à dire que de nombreux facteurs, qui contribuent à la propagation rapide du VIH, sont réunis dans l’est du Soudan, qui regroupe l’Etat de la Mer rouge, ainsi que les Etats de Kassala et de Gedaref, au sud. Pour l’instant, les statistiques des centres de CDV figurent parmi les rares indicateurs disponibles.
Au principal centre de CDV de Kassala, porté à la connaissance d’un plus grand nombre d’habitants que ceux de Port Soudan, près de la moitié des 411 personnes soumises à des tests de dépistage en 2007 s’étaient présentées volontairement, une hausse importante par rapport aux précédentes années.
Pourtant Ishraga Eleman, coordinatrice du SNAP dans l’Etat de Kassala, a prévenu que sur les 129 personnes déclarées séropositives, bon nombre avaient été orientées vers le centre et ne représentaient donc pas la population dans son ensemble. La prévalence du VIH, a-t-elle indiqué, repose encore « uniquement sur les estimations ».
L’Est Soudan, une région vulnérable
Parmi les facteurs qui rendent l’est du Soudan vulnérable au VIH, M. Eleman a cité ses frontières ouvertes avec l’Ethiopie et l’Erythrée, où le taux d’infection au VIH serait environ deux fois plus élevé qu’au Soudan, ainsi que l’afflux de réfugiés et de déplacés qui se sont installés dans la région après avoir fui pour échapper au conflit dans le sud et l’ouest du Soudan.
Kassala et Port Soudan sont aussi des étapes sur la route très fréquentée qui relie le littoral de la mer Rouge à Khartoum. Les camionneurs au long cours, dont bon nombre fréquentent des travailleuses du sexe, s’y mêlent à la population locale.
La sensibilisation au VIH est elle aussi faible, selon le docteur Mohammed Soghaier, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui exerce à Port Soudan. Dans les régions rurales, surtout, le conservatisme et les faibles taux d’alphabétisation ont entravé les efforts déployés en vue d’enseigner aux populations comment se protéger contre le virus.
Seuls 50 pour cent des enfants environ fréquentent l’école primaire à Kassala, et 17 pour cent poursuivent leur cursus jusqu’à l’école secondaire. « Nous devons augmenter le niveau d’éducation et traiter ce problème d’analphabétisme avant de pouvoir nous pencher sur les questions sanitaires telles que la tuberculose, la malnutrition ou le VIH », a expliqué le docteur Soghaier à IRIN/PlusNews.
En 2006, une étude nationale sur la santé des ménages a été menée conjointement par les gouvernements du nord et du sud du Soudan, avec le soutien technique de plusieurs agences des Nations Unies ; au cours de cette étude, si quelque 70 pour cent des Soudanaises adultes avaient entendu parler du VIH, seules quatre pour cent d’entre elles, environ, savaient comment s’en prémunir. Dans les Etats de la Mer rouge et de Gedaref, ce taux s’élevait à peine à 2,6 pour cent.
Selon Intisar Mohammed, responsable de programme du Comité national soudanais sur les pratiques traditionnelles, une organisation non-gouvernementale (ONG) qui travaille aux côtés du SNAP à sensibiliser les populations rurales au VIH, l’utilisation d’instruments non-stérilisés pour réaliser des scarifications tribales ou des tatouages, ou exciser des fillettes, pourrait également contribuer aux infections par le VIH.
Bien que le gouvernement décourage officiellement les mutilations génitales féminines (MGF), cette pratique est encore observée chez quelque 70 pour cent des femmes soudanaises, selon l’enquête sur la santé des ménages. Dans le nord, le taux est même bien plus élevé.
Ce sont généralement des sages-femmes traditionnelles ou des parentes plus âgées à peine formées qui pratiquent cette intervention. « Elles le font sur plusieurs fillettes en même temps, avec le même instrument », a révélé M. Mohammed. « J’ai constaté de nombreux cas d’infections graves [dans ces conditions] ».
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