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Routiers et vendeuses de thé découvrent le VIH/SIDA

Pas moins de 36 heures sont nécessaires à un camion lourdement chargé pour rejoindre Khartoum, la capitale soudanaise, depuis Port-Soudan, une ville située sur la côte de la mer Rouge, dans l’est du pays, plaque tournante des transports.

Les baraques délabrées qui se sont implantées du jour au lendemain le long de la route poussiéreuse et jonchée d’ordures accueillent les chauffeurs désirant dormir quelques heures ou acheter de la nourriture et du thé auprès des habitants locaux.

Les routiers achètent souvent plus que du thé aux vendeuses, mais jusqu’à récemment, il s’agissait d’un fait peu connu et peu abordé.

« Il est certain qu’ils ont souvent ‘des amies’ dans les baraques », a déclaré Manal Mahgoub, responsable des programmes VIH/SIDA d’ACORD, une organisation humanitaire internationale qui dispose d’un bureau à Port-Soudan.

« La majorité des professionnelles du sexe sont des vendeuses de thé », a-t-il ajouté.
Le risque encouru par les chauffeurs qui parcourent de longues distances, et par les professionnelles du sexe, de propager le VIH est connu dans les autres pays de la région.

Cependant, la sensibilisation au VIH/SIDA est si récente au Soudan qu’aucune société de transport ne dispose d’une politique visant à sensibiliser les employés aux risques de contamination. Ainsi, ce sont les organisations non gouvernementales, telles qu’ACORD, de concert avec le Programme national de lutte contre le sida (SNAP, en anglais), un organe gouvernemental, qui se chargent d’accomplir cette tâche.

ACORD organise régulièrement des séances de sensibilisation destinées aux chauffeurs, financées par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. La plupart des chauffeurs sont illettrés, en conséquence, l’organisation a enregistré et distribué 12 000 cassettes sur le VIH/SIDA que les chauffeurs peuvent écouter au volant de leur véhicule.

En outre, les employés de trois centres sanitaires situés à proximité des baraques de Port-Soudan ont suivi une formation afin de pouvoir proposer des conseils et des tests de dépistage volontaire du VIH.

Safiedinn Ahmed, un homme de 40 ans originaire de l’Etat du Kordofan méridional, dans le centre-sud du Soudan, compte parmi les 24 hommes travaillant dans l’industrie du transport à avoir été recrutés par ACORD afin de sensibiliser leurs pairs au VIH.

Bien qu’il ne soit pas lui-même chauffeur, M. Ahmed, parle souvent de manière informelle aux chauffeurs de sa société, pendant les heures de repas.

« Ils ne cachent pas avoir une ‘amie’ à tel endroit et une autre ‘amie’ à tel autre endroit », a-t-il expliqué à IRIN/PlusNews. « Je leur parle de la culture musulmane, mais s’ils veulent [avoir des rapports sexuels], je leur dis qu’ils doivent se protéger ».

M. Ahmed n’est pas en mesure de proposer des moyens de prévention aux chauffeurs; seuls les responsables du SNAP et les cliniques offrant des services de planning familial et traitant les patients atteints d’infections sexuellement transmissibles sont autorisés à distribuer gratuitement des préservatifs.

Des endroits discrets pour les préservatifs

Alors qu’il se détendait dans son camion, stationné devant une des baraques situées à l’extérieur de Port-Soudan, Mohammed Ibrahim, chauffeur depuis 27 ans, a expliqué que la plupart des hommes refusaient de se rendre dans des centres de santé pour se procurer des préservatifs, car ils étaient embarrassés.

« Il devrait exister une zone privée, comme par exemple les toilettes des hommes, où les chauffeurs peuvent obtenir des préservatifs », a-t-il estimé.

Aucun des chauffeurs présents pendant que M. Ibrahim exprimait son point de vue n’a assisté à l’une des séances de sensibilisation. Ils ont déclaré connaître les préservatifs, mais n’en avoir jamais utilisés.

« L’un des problèmes que nous rencontrons lorsque nous organisons des formations destinées aux chauffeurs est la nature de leur travail », a déploré M. Ahmed. « Il y a toujours de nouveaux chauffeurs, mais ils ne restent pas plus d’un ou deux jours ici. »

Si travailler avec les chauffeurs se révèle être difficile, s’adresser aux professionnelles du sexe l’est encore plus.

Certaines de ces femmes sont des réfugiées, provenant de l’Ethiopie et de l’Erythrée, deux pays qui affichent des taux de prévalence du VIH deux ou trois fois supérieurs à celui du Soudan, qui s’établit à 1,6 pour cent.

D’autres ont regagné Port-Soudan après avoir quitté diverses régions du pays, après avoir divorcé, perdu leur mari ou avoir été rejetées par leur famille pour avoir eu un enfant hors mariage.

Sans l’aide de leur mari ou de leurs parents et compte tenu des rares opportunités d’emploi dans la région, certaines de ces femmes vendent leur corps.

« Un grand nombre d’entre elles vendent du thé afin de cacher leur véritable travail », a expliqué Atif Mohammed Al Hassan, qui travaillait autrefois pour un programme destiné aux professionnelles du sexe de Port-Soudan, géré par Ockenden International, une organisation non gouvernementale qui s’intéresse aux communautés de déplacés et de réfugiés.

Depuis, Ockenden International a quitté l’est du Soudan et son programme est désormais mené par Sudanese Family Planning Association (Association soudanaise de planning familial).

Vendeuses de thé... et plus

Afin de différencier les véritables vendeuses de thé des professionnelles du sexe, Ockenden International a débuté ses programmes en recrutant des femmes comme Zainab Osman, qui est arrivée à Port-Soudan avec ses deux enfants, il y a 15 ans, après avoir quitté son mari vivant dans l’Etat du Kordofan septentrional, dans le centre du Soudan.

Mme Osman a débuté comme vendeuse de thé, puis a fait du porte à porte pour vendre des vêtements et du parfum, et a fait connaissance de plusieurs femmes étant dans la même situation qu’elle.

« Je savais quelles femmes vendaient seulement du thé et lesquelles vendaient également leur corps », a-t-elle indiqué à IRIN/PlusNews. « J’avais obtenu beaucoup de renseignements auprès d’Ockenden que j’ai ensuite transmis à ces femmes. Quand j’ai parlé d’elles à Ockenden, ils m’ont demandé de leur en présenter quelques-unes afin de leur proposer une formation ».

Parmi ces femmes figurait Amira Habib, qui elle aussi est arrivée à Port-Soudan après s’être séparée de son mari. Bien qu’étant une infirmière qualifiée, Amira Habib n’a pas trouvé un emploi suffisamment lucratif pour faire vivre ses trois enfants. Ainsi, elle a commencé à vendre du thé, puis à se prostituer, dans une des baraques pour chauffeurs.

Au début, les affaires allaient bon train, et elle gagnait entre 30 et 50 livres soudanaises par jour (entre 15 et 24 dollars). Mais après une longue période de convalescence, elle a perdu la plupart de ses clients et n’avait plus les moyens de continuer à envoyer sa fille à l’école.

Tout en reconnaissant avoir suivi la formation pour obtenir, dans un premier temps, la prime de participation, Mme Habib avoue « avoir été choquée et effrayée » par ce qu’elle a appris. Bien qu’elle soit une infirmière, elle ne savait pas comment le virus se transmettait.

« Ils nous ont expliqué comment nous protéger et comment transmettre les informations à nos collègues », a-t-elle dit.

Au début, Ockenden International distribuait des préservatifs aux femmes, mais par la suite, l’ONG a été informée que seuls les responsables du SNAP étaient en mesure d’accomplir cette tâche.

Selon Mme Osman, les femmes ayant suivi la formation se procurent des préservatifs auprès des pharmacies.

« Dans le passé, certaines d’entre elles n’osaient pas acheter [des préservatifs], mais de nos jours, de nombreuses professionnelles du sexe ont leurs sacs remplis de préservatifs », a-t-elle conclu.

ks/he/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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