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Des imams invitent à changer de regard sur le sida

Vêtue d’un vêtement orange vif, Riana Jacobs, une Sud-africaine de 31 ans, se distingue de la foule assemblée dernièrement à l’occasion de la Consultation internationale sur l’Islam et le VIH/SIDA, organisée par le Secours islamique (IRW), une association caritative, à Johannesbourg, en Afrique du Sud.

Cela fait 10 ans que Riana Jacobs vit avec le VIH. Elle n’est pas intimidée par le public composé de chefs religieux et d’universitaires musulmans, des hommes pour la plupart. Lorsqu’en 2004, elle a annoncé sa séropositivité, les chefs religieux ont tardé à lui faire part de leur compassion.

« Les gens l’acceptent quand cela ne les concerne pas », a-t-elle confié. « Mais les leaders ne veulent pas admettre que le taux de prévalence du VIH augmente parmi les Musulmans ».

Toutefois, les personnes abandonnent progressivement ces comportements intolérants à mesure que des initiatives visant à sensibiliser les imams au VIH/SIDA se multiplient à travers le monde. Ces initiatives ont pour objectif de permettre aux chefs religieux musulmans d’éduquer à leur tour leurs congrégations.

« Les imams sont plus efficaces que la télévision ou la radio dans certaines régions, car ils ont de l’autorité et de l’influence. Imaginez les conséquences si tous les imams prenaient le temps dans leurs sermons de parler du VIH », a souligné le docteur Hany El Bana, président d’IRW, lors de la rencontre qui s’est tenue fin novembre.

Selon le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, bien que le taux de prévalence du VIH enregistré au sein des communautés islamiques demeure relativement bas, il augmente dans certains pays, comme l’Algérie, l’Iran, la Libye et le Maroc.

Par exemple, au Mozambique, où un quart de la population est musulmane, 19,8 pour cent des adultes vivent avec le virus. En Guinée, un pays de 1,4 million d’habitants, 40 pour cent des habitants sont musulmans et le taux de prévalence s’élève à 3,8 pour cent.

Les données recueillies par la Commission nationale de lutte contre le sida en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé au monde, avec 225 millions d’habitants, indiquent que des cas de VIH ont été signalés dans la quasi totalité des 33 provinces de l’Etat. En outre, les consommateurs de drogues injectables constituent la population la plus exposée au fléau.

Selon Allah Yar Qadri, un ancien imam qui travaille désormais comme consultant en développement communautaire, VIH/SIDA et questions islamiques au Malawi, les imams ne peuvent se permettre d’occulter le problème.

« Si les imams demeurent silencieux, d’autres prendront les devants et s’adresseront aux collectivités, sans pour autant respecter les principes islamiques », a-t-il averti.

Les préservatifs féminins existent-ils ?

Les communautés musulmanes associent le VIH à l’infidélité ou à la promiscuité sexuelle. En conséquence, nombreux sont ceux qui considèrent l’infection comme un châtiment divin, bien mérité. Toutefois, ce point de vue laisse place lentement à une attitude plus tolérante.


Photo: Lilian Liang/PlusNews
Sheikh Mohamed Bashir Joaque participe à l’initiative des Campagnes de lutte contre le VIH/SIDA des communautés musulmanes d’Afrique
Un profond changement de mentalité nécessitera non seulement une sensibilisation à l’épidémie, mais également davantage d’informations sur les rapports sexuels et les comportements à risque – des connaissances dont ne disposent pas toujours les érudits.

« Veuillez m’excuser, mais les préservatifs féminins existent-ils ? », a demandé Amna Nosseir, un spécialiste de la philosophie islamique, qui anime une émission télévisée en Egypte.

Dans une certaine mesure, le manque de connaissances peut être imputé aux madrassas (écoles coraniques), qui répugnent à aborder davantage les questions d’actualité.

« Le programme enseigné dans les madrassas doit être révisé », a estimé M. Qadri. « L’islam est une religion en évolution. Ainsi, il est nécessaire d’intégrer des notions d’actualité au programme. Et la sexualité est un important chapitre du Coran ».

Les facteurs économiques jouent également un rôle important. Par exemple, au Malawi, de nombreux imams sont sous contrat avec des comités d’hommes d’affaires de la communauté. Ainsi, ces imams ne sont pas toujours en mesure d’aborder dans leurs sermons les questions qu’ils considèrent comme étant les plus importantes.

« Si un imam parle du VIH/SIDA sans l’autorisation du comité, il peut perdre son travail du jour au lendemain », a expliqué M. Qadri.

Retour sur les bancs d’école

Certains pays musulmans ont résolu le problème en sensibilisant les imams au VIH/SIDA.

Par exemple, Sheikh Mohamed Bashir Joaque, un Sierra Léonais qui vit au Royaume-Uni, participe à l’initiative des Campagnes de lutte contre le VIH/SIDA des communautés musulmanes d’Afrique. Le succès croissant remporté par les cours qu’il enseigne à Londres a résulté en la conception d’un manuel sur le VIH/SIDA destiné aux leaders religieux.

D’après lui, le succès repose sur le transfert progressif de l’information, selon une perspective islamique.

« Nous devons nous adapter. Nous n’abordons pas la question du préservatif dès le début. Nous insistons sur le fait que l’abstinence est la meilleure méthode à adopter avant le mariage et nous prônons la fidélité pendant le mariage », a-t-il souligné.

« Toutefois, nous indiquons aussi que nous sommes tous des êtres humains et qu’aucun d’entre nous n’est à l’abri d’une faiblesse morale. Dans le cas échéant, nous encourageons l’utilisation du préservatif. Si nos propos sont trop directs, ils [les imams] ne restent pas », a-t-il conclu.

ll/jh/kn/he/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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