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Une recette de PTME au Botswana peu suivie dans la région

Enfin une bonne nouvelle : au Botswana, les programmes de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME) ont permis de faire baisser le taux d’infection des bébés en dessous de la barre des quatre pour cent, soit un taux proche de ceux enregistrés dans les pays développés, où la menace du sida chez les enfants a presque été éliminée.

En Europe et aux Etats-Unis, deux pour cent des nouveaux-nés dont la mère est séropositive naissent avec le VIH. Selon les spécialistes de la santé, sans intervention médicale, le risque de transmission du virus de la mère à l’enfant oscille entre 30 et 35 pour cent.

Le Lesotho affiche un taux de transmission du virus de la mère à l’enfant très élevé, de l’ordre de 37 pour cent. Chaque jour, au Zimbabwe, on déplore la contamination au VIH d’une centaine de bébés.

Comment le Botswana a-t-il donc réussi à faire chuter le taux de transmission du virus? En 2002, le Botswana a été l’un des premiers pays d’Afrique à avoir mis en oeuvre un programme national de distribution de traitements antirétroviraux (ARV).

En outre, avec une population de plus de 1,7 million d’habitants, une utilisation efficace des ressources disponibles et une infrastructure sanitaire relativement développée, le Botswana a toujours eu plus de facilités à obtenir de bons résultats dans la lutte contre l’épidémie que les pays voisins.

Selon le docteur William Jimbo, conseiller principal en matière de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant auprès de BOTUSA, un partenariat de recherche médicale établi entre le Botswana et les Etats-Unis, le faible taux de transmission enregistré au Botswana est le résultat d’un mélange efficace d’engagement politique et de décisions stratégiques audacieuses.

En effet, il y a plus de trois ans, le gouvernement a instauré une politique de dépistage systématique du VIH, dans le cadre de sa stratégie visant à encourager un plus grand nombre de personnes à se faire dépister et à suivre un traitement.

Désormais, au Botswana, les femmes enceintes reçues dans les centres de soins se voient proposer de manière systématique un test de dépistage du VIH, qu’elles peuvent refuser.

Les patientes dont les résultats du test sont positifs reçoivent immédiatement des conseils. Puis, à partir de la 28e semaine de grossesse, elles débutent un long traitement à base de zidovudine, un médicament également connu sous le nom d’AZT, et enfin, au moment de l’accouchement, on leur administre une seule dose de névirapine.

On prescrit au nouveau-né de l’AZT pendant quatre semaines ainsi qu’une seule dose de névirapine.

« La plupart des pays de la région n’en sont qu’à la phase pilote de leur programme », a expliqué docteur William Jimbo.

Les lignes directrices en matière de PTME de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandent la prescription d’une bithérapie dans la mesure du possible, mais les pays d’Afrique australe tardent à cesser de prescrire une monothérapie. Ainsi, dans ces pays, la mère et le nouveau-né reçoivent chacun une seule dose de névirapine.


Photo: Tiggy Ridley/IRIN
Au Malawi, l'UNICEF estime que 30 pour cent des femmes enceintes séropositives transmettent le virus à leur enfant

Des polythérapies rares

En effet, cela ne fait pas très longtemps que les gouvernements de la région ont commencé à prescrire aux patientes une polythérapie plus récente et plus efficace qui permet de faire chuter le taux de transmission à cinq pour cent.

Par exemple, en Zambie, les bithérapies pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant ne sont disponibles que dans les zones urbaines. Les régions rurales continuent, quant à elles, de prescrire des monothérapies.

Le docteur Max Bweupe, coordonnateur national du programme gouvernemental de PTME, a indiqué que les nouveaux médicaments étaient distribués progressivement en Zambie, car les travailleurs sanitaires devaient suivre des formations sur les nouveaux dosages.

Le Malawi commencera à prescrire des trithérapies en octobre 2007. L’Afrique du Sud, quant à elle, n’a toujours pas indiqué la date à laquelle elle prévoit d’utiliser des polythérapies afin de lutter contre la transmission du virus.

Toujours selon le docteur William Jimbo, si le Botswana est parvenu à lutter aussi efficacement contre la transmission du virus de la mère à l’enfant, c’est grâce à l’adoption d’une nouvelle démarche qui consiste à prélever et à analyser des échantillons de sang du nouveau-né, dès la sixième semaine qui suit la naissance.

Le test de dépistage du VIH le plus couramment utilisé – le test rapide – ne parvient pas à distinguer les anticorps de la mère de ceux de l’enfant chez le nouveau-né, car les anticorps VIH de la mère peuvent traverser le placenta et rester dans le sang de l’enfant pendant 18 mois.

Pour connaître le statut sérologique d’un nouveau-né, il faut lui faire subir un test de dépistage par réaction en chaîne rapide par polymérase, qui permet de détecter de petites quantités de protéine virale dans le sang.

Bien que le Botswana dispose des technologies nécessaires à l’exécution des tests de réaction en chaîne par polymérase depuis 2002, ces tests ne sont proposés que dans deux hôpitaux, où des médecins ont été spécialement formés et peuvent pratiquer une phlébotomie (incision d'une veine pour prélever du sang) sur des nouveaux-nés.

Cependant, avec l’introduction de la méthode des « taches de sang séché », tous les centres de santé disposent d’agents sanitaires dûment formés et habilités à prélever du sang chez les nourrissons, en procédant à une simple piqûre au niveau du talon, de l’orteil ou du doigt.

La méthode des « taches de sang séché » est un processus plus rapide, meilleur marché et qui requiert moins de compétences qu’un test de dépistage par réaction en chaîne rapide par polymérase. Une fois qu’un enfant a été diagnostiqué séropositif, son état de santé peut être mieux pris en charge.

« [Cette méthode] ne nécessite aucune réfrigération et on n’a pas besoin de parcourir de longues distances avec des fioles d’échantillons de sang. Les échantillons peuvent être collectés dans un centre sanitaire, n’importe où dans le pays, puis transportés immédiatement vers des laboratoires, plus éloignés », a précisé le docteur Jimbo.

Le docteur Mollu Smit, conseiller en matière de PTME auprès de BOTUSA, à Francistown, une ville du nord du Botswana, a précisé qu’« au cours des deux dernières années, nous avons travaillé sur le diagnostic du nourrisson. Nous avons équipé l’ensemble des districts ruraux du pays, afin que même les dispensaires les plus reculés puissent prélever des échantillons de sang. Ces échantillons sont par la suite envoyés à un laboratoire central, chargé d’effectuer les tests de dépistage ».

La semaine dernière, la ministre de la Santé Sheila Tlou a souligné qu’à ce rythme, le programme de PTME pourrait faire chuter le taux de transmission du virus en dessous de la barre d’un pour cent.

« Les autres pays du continent africain continuent à éprouver des difficultés. Dans certains pays, seules 30 pour cent des femmes enceintes ont accès aux programmes de PTME et ils se demandent souvent comment nous sommes arrivés à de si bons résultats », a-t-elle dit.

La situation dans le reste de la région

'' Les autres pays du continent africain continuent à éprouver des difficultés. Dans certains pays, seules 30 pour cent des femmes enceintes ont accès aux programmes de PTME et ils se demandent souvent comment nous sommes arrivés à de si bons résultats''

De l’autre côté de la frontière, en Afrique du Sud, la situation n’est pas aussi réjouissante. Par exemple, dans la province du KwaZulu-Natal, chaque année, on estime à 30 000 le nombre de nourrissons contaminés au VIH par leur mère. En outre, le taux de transmission du VIH demeure exceptionnellement haut dans les autres régions du pays.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF, sur près de 1,2 million de femmes reçues dans les centres de soins prénatals en 2006, 708 000 ont subi un test de dépistage du VIH, 27 pour cent d’entre elles étaient séropositives et seulement 59 pour cent de ces patientes ont reçu un traitement afin de lutter contre la transmission du virus.

Pour Nathan Geffen, porte-parole du groupe de lutte contre le VIH/SIDA, Treatment Action Campaign, ces chiffres sont « absolument pathétiques ».

« Les programmes de PTME sont mis en œuvre de manière inadaptée dans de nombreuses régions du pays, le gouvernement continue de prescrire des monothérapies à l’efficacité limitée et ces programmes s’adressent à trop peu de patientes. Alors qu’il existe des moyens de traiter les patientes porteuses du virus, ces moyens sont utilisés de manière insuffisante », a-t-il déploré.

La population sud-africaine déplore le retard du gouvernement à prescrire des polythérapies. En effet, seule la province du Cap occidental propose des polythérapies à ses patientes depuis plusieurs années, dans le reste du pays, les programmes de PTME continuent de reposer sur la prescription d’une seule dose de névirapine.

« La bonne nouvelle est que des lignes directrices ont été récemment élaborées et si ces dernières sont adoptées, alors une politique sera instaurée et la situation pourra alors s’améliorer », a souligné Nathan Geffen.

Toutefois, le manque d’engagement politique constitue un obstacle de taille. « Si le ministère de la Santé fait preuve d’incompétence, c’est parce que les changements politiques ont été sans cesse retardés », a-t-il poursuivi.

Le Malawi est lui aussi face à une situation difficile. En effet, 28 pour cent seulement des 544 centres de soins prénatals du pays proposent des services de PTME. Miriam Chipimo, responsable de la santé de la reproduction et du VIH/SIDA à l’UNICEF, a indiqué que le gouvernement espérait pouvoir étendre ces services à l’ensemble des centres de soins d’ici la fin de l’année 2008.

Le programme s’est également heurté à des contraintes budgétaires, liées à une réduction des financements de la part des bailleurs de fonds ainsi qu’à d’importantes pénuries de personnel qui ont mis à mal le secteur de la santé.

Cependant, Miriam Chipimo fait preuve d’optimisme et croit en une réduction du taux de transmission du virus de la mère à l’enfant.

« La volonté politique est immense au Malawi… Le pays doit poursuivre sur cette lancée, il reçoit beaucoup de soutien de la part des partenaires et des bailleurs », a-t-elle conclu.

ss/kn/he/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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