La communauté internationale doit prendre des mesures d’urgence pour mettre fin à la généralisation des violences sexuelles dans la région orientale de la République démocratique du Congo (RDC) déchirée par la guerre, a prévenu Stephen Lewis, ancien envoyé spécial des Nations Unies pour le VIH/SIDA en Afrique.
« La multiplication des agressions sexuelles sur le continent africain donne froid dans le dos, et nulle part ailleurs la situation n’est aussi grave que dans l’est de la RDC », a déploré M. Lewis lors d’une conférence de presse tenue le 13 septembre à Nairobi, la capitale kényane. « Malgré la gravité de la situation, la communauté internationale ne semble pas très disposée à agir ».
Alors que le monde s’intéresse –à juste titre– à la crise du Darfour, la région occidentale du Soudan, la situation dans l’est de la RDC – où les 10 années de conflit ont fait 10 à 20 fois plus de victimes qu’au Darfour - n’est plus considérée comme une urgence, a souligné M. Lewis.
« Nulle part ailleurs sur cette planète les femmes et les jeunes filles ne sont confrontées à de telles horreurs », a expliqué M. Lewis.
Au mois de juillet, Yakin Erturk, rapporteuse spéciale du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la violence à l’égard des femmes, a indiqué que près de 4 500 cas de viols avaient été enregistrés dans la province du Sud-Kivu, dans l’est du pays, rien que pendant les six premiers mois de l’année 2007, et que bien d’autres viols n’avaient pas été rapportés.
Mme Erturk a également souligné que les violences sexuelles étaient considérées comme des actes « banals » par les communautés locales.
Quant à M. Lewis, très critique à l’égard du gouvernement de Kinshasa du président Joseph Kabila, il a noté l’« incapacité et le manque de détermination » des autorités congolaises à combattre les violences sexuelles dans l’est.
« Le gouvernement de Kinshasa a très peu d’influence sur les bandes de pillards qui sévissent dans l’est », a-t-il expliqué. « Malheureusement, les auteurs de ces violences sont souvent des hommes en uniforme ».
Face à l’ampleur de la brutalité en RDC, les mesures « préventives » telles que l’augmentation des effectifs militaires et l’implication de la Cour pénale internationale ont montré leur limite, s’est désolé M. Lewis.
Pour attaquer de front ce phénomène, a-t-il ajouté, il convient d’adopter des « mesures radicalement » différentes de celles mises en œuvre habituellement.
« Tout conflit impliquant des violences à l’égard des femmes ne disparaît pas simplement s’il est ignoré. Il finit par exploser », a-t-il affirmé. « Le [VIH/SIDA] se propage rapidement pendant un conflit armé. De même, les violences sexuelles sont fréquentes pendant un conflit armé. »
« Si nous ne faisons rien, ce sont le VIH/SIDA et les violences à l’égard des femmes qui l’emporteront », a-t-il ajouté.
La RDC a un taux de séroprévalence de 3,2 pour cent, et les actions en faveur de la prévention et du traitement du VIH ont été gravement entravées par le conflit dans l’est.
Pour lutter efficacement contre ce phénomène, M. Lewis suggère la création d’une agence internationale des femmes au sein du système des Nations Unies.
« Avec une telle organisation, dirigée par un adjoint au Secrétaire général des Nations Unies, les problèmes des femmes ne risquent pas d’être ignorés », a-t-il affirmé.
« Nous invitons également les femmes spécialistes des questions liées au viol à présenter des recommandations sur la situation des femmes dans l’est de la RDC, car la communauté internationale ne semble pas en mesure de trouver des solutions pour faire face à cette situation », a-t-il conclu.
Le conflit en RDC a éclaté en 1998, et bien que le pays ait organisé avec succès des élections nationales en 2006, de nombreuses milices continuent de terroriser les populations civiles dans plusieurs régions de l’est.
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