De très nombreuses femmes ont été victimes de violences sexuelles de la part des rebelles et des forces gouvernementales en Côte d’Ivoire, après la tentative de coup d’Etat en 2002, selon les organisations de défense des droits humains. Estelle Kouakou, 21 ans, en fait partie.
L’insurrection armée lancée en septembre 2002 a coupé la Côte d’Ivoire en deux, la partie nord du pays tombant entre les mains de la rébellion des Forces nouvelles, tandis que la moitié sud restait sous contrôle gouvernemental.
Les violences sexuelles perpétrées par les deux camps contre les femmes et les filles ont été dénoncées à de nombreuses reprises par de nombreuses organisations, tandis que les acteurs de la lutte contre le sida s’interrogeaient sur l’impact de ces violences sur la propagation de l’épidémie de VIH.
Estelle Kouakou, l’une des victimes de ces violences, aujourd’hui séropositive, a accepté de raconter son histoire à IRIN/PlusNews.
« Quand la guerre a commencé, je vivais avec ma grand-mère dans le village d’Afoumossou [dans le centre du pays], mais elle m’a dit qu’il serait préférable que j’aille rejoindre mes frères à Abidjan [la capitale économique, dans le sud du pays].
Pour m’y rendre, j’ai dû prendre le train à Bamoro. A la gare, des hommes se sont approchés de moi. Ils avaient des armes et portaient une tenue militaire, même si je ne pourrais pas dire de quel camp ils étaient.
L’un d’eux m’a attrapée par le cou et m’a jetée au sol. Ils se sont mis à me battre puis, l’un après l’autre, ils m’ont violée.
C’était violent.
Depuis, je me sens mal. Je suis anxieuse. Je n’arrête pas de penser à ce qui s’est passé. Je ne suis plus la même personne.
J’ai par la suite été dépistée positive au VIH.
A Abidjan, mes amis et ma famille m’ont rejetée. Plus personne ne veut manger dans le même plat que moi. Ils pensent même qu’ils peuvent attraper le virus en me parlant.
J’ai l’impression d’avoir tout perdu. Si je n’avais pas été violée, jamais je n’aurais contracté le virus.
Au début, je voulais me venger. Maintenant, je veux juste des soins pour vivre le mieux possible. Je veux retrouver ma vie d’avant ».
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