Les régions rurales de Côte d'Ivoire semblent avoir été rayées de la carte des opérations de prévention du VIH/SIDA, et bien que les taux de prévalence du VIH soient toujours inférieurs à ceux enregistrés dans les villes, les experts craignent qu’ils n’augmentent.
« Nous avons observé un déséquilibre entre les régions rurales et urbaines, en matière de méthodes de lutte contre le sida », a expliqué à IRIN/PlusNews le professeur Bassirou Bonfoh du Centre suisse de recherche scientifique (CSRS).
« Les régions urbaines concentrent un peu trop l’attention, tandis que les zones rurales restent un réservoir de cette maladie », a expliqué le professeur Bonfoh ; celui-ci s’exprimera à l’occasion d’une conférence internationale sur la santé dans les zones urbaines pauvres, qui doit avoir lieu le mois prochain à Abidjan, la capitale commerciale.
A en croire le professeur, si mesure n’est prise en vue de résoudre ces inégalités, l’épidémie de VIH/SIDA qui sévit dans le pays risque de s’aggraver. « Malgré la lutte acharnée, menée contre le sida dans les zones urbaines, nous ne pourrons pas obtenir les résultats que nous visons si [cette] maladie se propage, à terme, des zones rurales aux régions urbaines ».
En septembre 2002, une tentative avortée de coup d’Etat avait déclenché une guerre civile de plusieurs mois en Côte d'Ivoire, divisant finalement le pays en une région nord, contrôlée par la rébellion, et une région sud, sous l’autorité du gouvernement.
La crise militaro-politique ivoirienne s’était soldée par des déplacements de population massifs, avait perturbé les services sociaux et sanitaires, et notamment les services de santé dispensés dans les zones de guerre, et avait ralenti les programmes de prévention et de contrôle.
En conséquence de cette crise, il existe aujourd’hui des disparités à la fois en matière d’infrastructures et de couverture sanitaire. Selon le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), en 2005, le taux de séroprévalence du pays s’élevait à sept pour cent, un des taux les plus élevés en Afrique de l’Ouest.
« L’extrême pauvreté » des populations rurales n’a rien arrangé : les villageois, ayant du mal à joindre les deux bouts, ont en effet commencé à converger en grand nombre vers les villes.
« A ce niveau, si les migrations ne sont pas contrôlées, [elles] aggravent la situation, vu l’ignorance [des populations] concernant la pandémie », selon M. Bonfoh.
L’épidémie a également une dimension régionale. Au Mali voisin, notamment, le VIH/SIDA porte désormais le nom de « maladie d’Abidjan » ; les populations pensent en effet que le virus s’est propagé à partir de la ville portuaire jadis prospère, où les migrants affluaient pour des raisons économiques. De nombreux Maliens locaux ne pensent pas courir de risques, a expliqué le professeur.
Mais des efforts sont actuellement déployés pour cibler la campagne, jusqu’ici négligée. Selon M. Bonfoh, une des solutions mises en place consiste à offrir aux jeunes des zones rurales les outils nécessaires à la production agricole. « Les revenus qu’ils peuvent percevoir leur permettront de prendre leur vie en main, et ils seront ainsi moins susceptibles de migrer vers la ville », a-t-il estimé.
Les taux d’alphabétisation ayant été ébranlés par la pauvreté et la guerre, il serait également nécessaire de repenser les campagnes d’information conformistes [lancées dans le cadre de la lutte]. « Les campagnes de communication actuelles passent à côté d’une grande partie de la région rurale », a expliqué Nathalie Konan, coordinatrice nationale de l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), un programme financé par le Plan d’urgence du président des Etats-Unis pour la lutte contre le sida (PEPFAR).
L’un des objectifs du programme de l’ANADER est de sensibiliser 300 000 personnes au virus qui provoque le sida. Plus de 700 villageois sont actuellement formés aux techniques de prévention et un comité de lutte contre le sida doit être créé dans chacun des 12 000 villages ivoiriens ciblés. Le programme espère également diffuser plus de 300 programmes radio et 4 500 spots d’information en huit langues différentes.
« Nous allons persévérer tant que nous pourrons transmettre des messages de prévention, d’abstinence et de fidélité à la population », a déclaré Mme Konan à IRIN/PlusNews.
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